La confession - 17 (**)

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« La vie est si imprévisible ! » déplorait le Chef d’orchestre. Depuis cette terrible annonce, il comptait les heures ni les minutes pour finir ses obligations et accourir auprès de son ami. Accablé, il culpabilisait d’avoir douté de Franz. Comment aurait-il pu imaginer qu’il serait victime d’une agression ?

Avant de lui rendre visite, il s’enquit sur l’état de Franz auprès de Jakob Shahn. Ce dernier, en déplacement, s’étonna. Selon ses dires, Franz l’avait prévenu d’un petit accident. Un contretemps nécessitant du repos chez lui pendant quelques jours.

Sur son chemin, Albert ressassait les mots de Neumann : une agression et une fiancée à son chevet. Pouvait-il s’agir de Teresa ? Pourtant, il l’avait vue radieuse. Serait-elle ravie d’avoir pu l’aider ? D’avoir partagé des moments de confiance… d’intimité ?

Il chassa enfin ces idées et préféra penser à Franz plutôt qu’au sourire de Teresa. Après une brève halte au supermarché pour acheter quelques victuailles destinées à son ami, il l’appela à nouveau. Sans réponse.

Enfin arrivé au cinquième étage du n°17 de la rue Feilergasse, il sonna et appela en même temps. Cette double sollicitation porta ses fruits, puisqu’au bout de la cinquième sonnerie de téléphone, la porte s’ouvrit.

— Qu’est-ce que tu veux ? demanda un Franz las, la voix marquée par une pointe d’agacement.

L’Anglais n’aurait jamais imaginé découvrir quelqu’un d’aussi soigné que Franz dans un pareil état. D’ailleurs, il eut un peu de difficulté à le reconnaître. Pas pour son allure débraillée – vêtu d’un jogging, d’un simple t-shirt et un plaid en polaire sur les épaules, décoiffé et mal rasé –, mais à cause de ce visage meurtri, ce regard vitreux, perdu. Le gris de ses yeux lui paraissait quasi-transparent, creux, sans âme.

— Tu vas arrêter ça ? demanda-t-il, désignant le portable qu’il tenait.

Le violoniste aperçut les sacs de courses aux pieds de son ami, fit demi-tour laissant la porte ouverte, et retourna s’allonger sur le canapé. Albert s’empressa de déballer les courses dans la cuisine, où il remarqua plusieurs boîtes de médicaments vides.

L’Anglais parcourut des yeux le reste du salon, étonné par le désordre qui y régnait. Que faisait ce violon de laiton, si cher à Franz, par terre, tout cabossé ? Le Chef d’orchestre se rappelait de son émotion lorsqu’il évoquait l’acquisition de ce bibelot, acheté à brocanteur à Paris. Autour du canapé, c’était le désastre : la table basse en verre était toute craquelée. Au-dessus gisait un violon. Cinq cadavres d’archets brisés ou déméchés se trouvaient éparpillés au sol.

— J’avais pourtant dit à Jakob que je n’avais besoin de rien ni de personne…

Allongé sur le sofa, emmitouflé dans son plaid, Franz lui parlait doucement, sans paraître énervé.

Albert fixait le pansement sur son front, le tissu de gaze commençait à se décoller. Il examina le reste des blessures sur son visage : son teint livide rehaussait de manière grotesque les contusions et les yeux au beurre noir. Il aurait même pu dire que son nez avait changé de forme. Voilà qui confirmait qu’il avait bel et bien été tabassé.

— Que t’est-il arrivé ?

— Je suis tombé dans l’escalier.

Le Chef d’orchestre le contempla, incrédule. Un léger sourire au coin de la bouche lui signifia qu’il ne goberait pas ce mensonge.

— Franz, j’ai su par l’inspecteur Neumann que tu avais été agressé. Tu aurais dû m’appeler, moi ou Shahn…

— J’avais mon ange gardien ! coupa-t-il.

Le violoniste balança la couverture par terre et se tapota le front, à l’endroit ou le pansement se décollait. Il tira d’un geste net, laissant à découvert la marque de sa blessure, quelques points de suture.

— Ça c’était la dernière marche, ajouta-t-il, toujours dans son mensonge. Tu crois que ça va disparaître ?

— Tu m’as entendu ? Pourquoi tu ne nous as pas appelés ?

Son ami ne dit rien, mais fixa le plafond, sourire aux lèvres, et murmura comme si Albert n’était pas présent :

— J’avais mon ange gardien… mais je l’ai laissée partir. Je lui ai demandé de ne plus jamais revenir…

Albert évita de s’enquérir sur cet ange gardien et son attention dévia vers les archets brisés en deux.

— C’est quoi ce bordel ?

— Je n’arrive pas à jouer, j’ai mal. Ça m’énerve…

D’un rapide coup d’œil en direction de la cuisine, Albert remarqua toutes les boîtes de médicaments, blister vidés.

— Tu n’as pas pris que des antalgiques… As-tu respecté les doses ?

— Je veux dormir, je n’ai rien d’autre à faire. Personne ne meurt d’une surdose de Xanax. Tu viens pour te plaindre de mes absences ? Je suis en arrêt. Tiens, un justificatif ! lança-t-il en signalant la paperasse sur le plan de travail.

— Non, je suis venu parce qu’un ami a besoin de moi. Je pense que tu n’as rien mangé de la journée, je vais te réchauffer un plat et après tu me raconteras.

Devant tant de sollicitude, Franz n’eut pas le courage de le mettre dehors. Après tout, Albert avait raison : à cet instant, seule la présence d’un ami lui était nécessaire.

Depuis que Lili était partie, il avait tenté, sans succès, malgré les calmants avalés comme des bonbons, de se réfugier dans la musique. S’il avait pu !

Elle lui avait proposé de revenir tout de même, mais il avait refusé, à contrecœur. Elle en avait tant fait, alors qu’il ne le méritait pas. Tout comme il ne méritait pas la sympathie et l’aide sincères d’Albert.

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Défi
Tifenn Mha
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