La confession - 17 (*)

4 minutes de lecture

Ce lundi matin, un Albert anxieux se rendait au Conservatoire, après avoir survécu à un sombre week-end, où une seule image l’avait hanté : Teresa et Franz. Son pire cauchemar devenu réalité. Pourtant, il devait s’y attendre. Il avait toujours su qu’un jour où l’autre, cela arriverait. Or, son angoisse s’était intensifiée, car l’absence et le silence de Liesl commençaient à le troubler.

Pour compliquer sa situation, il ne pouvait pas s’empêcher de leur en vouloir, Liesl et Franz. Tous deux l’avaient trahi. Pourquoi Liesl aurait-elle eu cet intérêt soudain pour Franz ? Pourquoi lui, l’aurait-il accostée, alors qu’il connaissait leur relation ? Il se haïssait de soupçonner son ami, pourtant, il était persuadé qu’il lui cachait la vérité.

Puis, Albert considéra sa situation à froid, et comprit qu’il n’était que le seul à blâmer. Il jugeait Franz, mais lui aussi, il avait joué avec les sentiments de Liesl. S’il avait eu le courage d’approcher Teresa, celle qui l’avait envoûté, il ne se serait pas rabattu vers la violoncelliste en guise de lot de consolation. Elle n’avait représenté qu’un refuge. Maintenant, son absence soudaine lui rappelait combien il tenait à elle.

Il se souvenait encore de leur dernière discussion, peu avant sa disparition. Elle commençait à se lasser de leur liaison purement charnelle. Et si Franz disait vrai quand il affirmait qu’elle l’avait approché ? Pourquoi lui en vouloir, alors qu’il avait avoué à maintes reprises que cette relation ne signifiait rien pour lui ?

Cela n’enlevait rien à l’amertume ressentie à les voir partir ensemble. Si, depuis tout ce temps, l’Anglais n’avait pas fait le premier pas envers Teresa, celle qui l’intéressait vraiment, il tenait aussi le violoniste comme responsable. Franz, celui qu’il considérait comme un coq dans un poulailler. Si sûr de lui, capable de mettre n’importe quelle femme à ses pieds. Même Teresa. Surtout Teresa. Jaloux, il avait remarqué les œillades qu’elle lui lançait, fascinée. Le type de regard qu’il aurait espéré susciter en elle.

Pour calmer le feu de sa passion, il s’était rabattu sur Liesl. Une amie devenue son amante, ou l’inverse. Il n’arrivait toujours pas à mettre des mots dans leur relation : de l’amitié ? Certainement. De l’affection ? Peut-être. De l’amour ? Il l’ignorait.

Néanmoins, l’attraction pour Teresa l’emportait toujours.

Il respira mieux dès que la belle rousse apparut. Elle venait d’arriver aux répétitions, rayonnante, comme éclairée par des projecteurs, telle la star qu’elle était à ses yeux. Soudain, le doute l’envahit : à qui devait-elle ce sourire radieux ? À Franz ?

À l’instant, son portable vibra. L’inspecteur Neumann lui proposait de le retrouver à midi dans une brasserie non loin du Conservatoire.

Sa journée commençait bien. Teresa et la perspective de nouvelles fraîches sur Liesl diminuèrent son inquiétude de l’absence de Franz, après tout, il en avait l’habitude.

À midi, il se précipita sur le lieu de rendez-vous, où le policier dégustait déjà un sandwich avocat-crevettes. Albert s’installa en face de lui et commanda la même chose.

— Avez-vous des informations sur Liesl ?

Neumann finit sa bouchée, passa la serviette sur sa moustache, saisit une chemise jaune d’une vieille sacoche en cuir et la lui tendit. Tandis qu’Albert en sortait des photos sans comprendre, son interlocuteur tira de sa veste calepin et stylo.

— Il me semble que votre description de Mademoiselle Kruse le jour de sa disparition était quelque peu incomplète. J’ai commis une faute de débutant, pour ainsi dire, car je n’ai pas insisté sur les accessoires. Heureusement, votre ami violoniste n’a pas oublié ces détails, fit-il en ponctuant cette dernière phrase.

— Que voulez-vous dire ?

— Des bijoux. Portait-elle des bijoux ?

— Oui. Toujours. Mais elle avait l’habitude de les changer régulièrement. Je crois que ce jour-là elle avait une petite chaîne en or avec un gros pendentif d’un joli dessin inspiré d’Alphonse Mucha, genre Art nouveau ? C’est moi qui le lui avais offert… Avez-vous une piste concrète ?

— Quelle couleur ?

— Ben, plein. Connaissez-vous l’œuvre de Mucha ?

— Non. Rouge ?

— Plutôt bleu et doré. Pourquoi ?

Albert commençait à craindre la tournure de l’enquête et n’osait pas demander le rapport avec le pendentif. Avait-elle été retrouvée ? Dans quelles circonstances ?

— Des expertises sont en cours, c’est tout ce que je peux vous dire pour le moment. La famille a reconnu ce pendentif, mais ils n’ont pas vu Mademoiselle Kruse le jour de sa disparition, n’est-ce pas ? Et votre ami violoniste ne m’avait pas fait la même description.

— Et alors ? Allez lui poser la question directement ! répondit Albert, sans dissimuler son agacement.

Cette histoire commençait à lui faire craindre le pire.

— Où était-ce pendentif ? interrogea le Chef d’orchestre, s’attendant à une issue tragique.

— Je n’en sais pas plus que vous pour l’instant, croyez-moi. Quant à Monsieur Schligg, je n’ai pas voulu le déranger à l’hôpital…

Albert parut consterné par ce dernier mot.

— Oh, vous n’êtes pas au courant pour Monsieur Schligg ? poursuivit l’inspecteur, satisfait d’avoir obtenu l’effet recherché chez son interlocuteur. Il a été victime d’une agression samedi dernier. Mais ne vous inquiétez pas, il a quitté l’hôpital et sa fiancée s’occupe très bien de lui.

Neumann avait insisté sur le mot « fiancée ». Mais Albert ne le remarqua pas, assommé par la nouvelle. Il laissa tomber son déjeuner. Invoquant une excuse banale, se leva et abandonna Neumann savourer seul son délicieux sandwich.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 19 versions.

Recommandations

Défi
Quelqu'un DeMystérieux
Réponse à "Les Nouvelles, le retour !", les pensées d'un soldat.
2
3
9
1
Jaquie
Au commencement il n'était rien, si ce n'est le ciel et la terre. Un jour que la terre s'ennuyait, elle se fit féconde et devint mère de toute choses. Alors le ciel narcissique créa les océans pour y voir refléter son image. Et le vent me diras tu?
3
3
12
2

Vous aimez lire Gigi Fro ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0