La confession - 18 (**)

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L’intrus respirait bruyamment, le souffle entrecoupé ; des gouttes de sueur perlaient sur son front tandis qu’il le fixait d’un air inquiétant. Pétrifié, Franz revivait les moments de frisson passés à la déchetterie, il lâcha le violon.

— Monsieur Schligg ? Franz Schligg ? s’enquit le jeune Tzigane, les yeux exorbités de curiosité, comme s’il venait de rencontrer son idole.

Le virtuose n’émit aucun son, une main invisible le serrait à la gorge. Il l’observait, croyant reconnaître, avec difficulté, l’un de ses agresseurs à la déchetterie. Celui-ci se rapprocha. Sans moyen de reculer, le musicien examina la pièce autour de lui, à la recherche de quelque chose, d’un objet pour se défendre. Empoignant l’archet, il réalisa qu’il serait moins utile que celui en laiton. Dépité, il lorgna le violon au sol, puis il leva la tête en direction du gamin.

— Vous m’reconnaissez ? l’interpella-t-il.

Le violoniste ne répondit rien. D’un geste de la main, le jeune homme exigea l’instrument et l’archet. Le virtuose les lui tendit sans état d’âme. Arborant un sourire enjoué, l’intrus improvisa une mélodie rythmée que Franz aurait appréciée dans d’autres circonstances.

— Moi aussi, chuis violoniste ! ajouta-t-il, empli de fierté, comme un enfant à qui on demande ses aspirations.

— C’est toi Tchavo ? cracha enfin Franz, d’une voix étranglée par la peur.

Difficile de faire le lien entre ce gamin squelettique et la machine à coups qui l’avait passé à tabac.

— Chuis désolé ! lança-t-il.

Le jeune Tzigane prit son sac à dos et y rangea délicatement violon et archet, dans le même geste, il fouilla pour en tirer un petit paquet qu’il tendit au musicien.

— Tenez, vos affaires. La Rolex et le briquet sont gravés, j’vous l’rends. Par contre, désolé, l’argent n’est plus dans votr’porte-feuille…

Devant l’absurdité de la situation, Franz, la peur encore au ventre, ne put réprimer un rire nerveux qui le fit se tordre de douleur. Il souffrait encore des coups. S’il avait su que le voleur allait se présenter à lui pour lui rendre ses papiers, il aurait évité toutes les tracasseries administratives du matin.

— Comment vous m’connaissez ? questionna le jeune.

— Ce jour-là, l’intendant avait mentionné votre nom, avant d’être tué…

— Je croyais que vous étiez avec eux. Je bossais à la déchetterie, y avait des trucs intéressants à récupérer. Wundt, le gardien, m’avait dit de faire attention parce qu’il faisait affaire avec des gens louches. Vous aussi, vous êtes louche ?

— Oui…, répondit-il après une grande pause.

En effet, il n’était pas plus innocent que Karl et ses acolytes.

— Ah ouais ? Et pourquoi vous me cherchez ? lança-t-il, méfiant.

— Je ne sais pas !

Franz fut incapable d’avouer à cet enfant qu’il aurait voulu solliciter son aide, croyant qu’il était aussi sous la menace de Karl. L’idée en soi lui paraissait débile, mais surtout, il ne voyait pas quel secours ce garçon lui apporterait.

— Franchement, ils savaient pas que j’existais. Vous m’avez balancé, Wundt, puis vous ! Mais moi, y m’trouveront pas.

Les yeux écarquillés, le violoniste tentait de comprendre, avec difficulté, de quoi il parlait.

— Vous êtes suivi, faites gaffe, conclut le Tzigane.

— Laisse-moi sortir, s’il te plaît.

Franz trouvait cette rencontre tellement surréaliste, qu’il n’écouta pas sa dernière phrase.

Avec une prudence féline, le jeune homme ouvrit la porte et vérifia le couloir, avant de se faufiler dehors. Il pointa du doigt le violon caché dans son sac, puis esquissa un grand sourire de remerciement et s’enfuit.

Franz resta planté là, abasourdi, frappé par cet étrange entretien. La surprise retombée, il se rappela ce qui l’avait conduit au dépôt ; il prit le premier archet qu’il avait à la main et quitta la pièce. Il descendit le grand escalier en traînant des pieds .

De retour au bureau de Shahn, il subit une étrange hallucination : Liesl était apparue. Une Liesl vivante, fraîche et bien plus belle que celle qu’il avait jetée dans la chaudière. La vision se transforma soudain en une Liesl plus âgée, sobre et digne. L’allure qu’elle aurait pu porter dans quelques années s’il ne lui avait pas ôté la vie. Ces deux apparitions présentaient une triste mine. Déçues de ne plus être ni jeune ni vieille. Elles ne trahissaient aucune trace de haine dans le regard. Il aurait voulu qu’elles le toisent avec dégoût, lui crachant au visage la vérité : assassin.

« Je t’ai tuée », s’entendit murmurer Franz alors que la vision s’éloignait.

La mère et la sœur de Liesl venaient de quitter le Directeur et Albert. Ce dernier accueillit le violoniste, l’air grave. Il ne put se retenir de prendre appui sur ses épaules, soulagé de voir un ami avec qui partager sa peine.

— Franz, Liesl est morte ! se plaignit-il, la voix étranglée par un sanglot.

Mais le violoniste était déjà bien loin.

— Je l’ai tuée.

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