Lili - 15 (**)

4 minutes de lecture

Une fois chez elle, Lili chargea son téléphone et passa un coup de fil rapide à sa mère, morte d’inquiétude. Elle la rassura, omettant les détails de son angoissante journée. Après avoir raccroché, elle vérifia à nouveau ses notifications, avec le mince espoir de découvrir un mot de Liesl.

Cette histoire de pendentif l’inquiétait. Comme si elle enterrait tout espoir de retrouver son amie vivante. Son portable n’affichait aucun autre message ni appel, uniquement les nombreuses tentatives de sa mère pour la localiser. Dépitée, elle faillit l’éteindre lorsqu’elle se souvint d’Albert. Il fallait le prévenir. Franz n’avait personne d’autre, à part lui ou Shahn. Elle ne put s’empêcher de sentir de la compassion pour lui. Pour elle, la famille était sacrée, et lui, il n’avait personne pour le soutenir ?

Ses certitudes se trouvèrent ébranlées. Elle ne voyait plus le séducteur pernicieux qui l’avait humiliée, aussi beau que maléfique. Non, Franz lui faisait penser à une créature vulnérable, désemparée, qu’elle se devait de protéger.

De plus, il s’était excusé, se rassura-t-elle, convaincue qu’elle avait connu pire, comme enfoiré. Et elle s’en était sortie. Avant sa malheureuse soirée avec Franz, elle venait juste de se remettre d’une liaison houleuse avec un lunatique, un pervers narcissique qu’elle avait cru pouvoir redresser, l’aider à vaincre ses démons, à tort. En comparaison, le violoniste lui paraissait un ange.

Elle tapota un bref SMS, puis l’effaça et reformula une vingtaine de fois jusqu’à renoncer, terrassée par la fatigue.

Les heures défilèrent sans lui permettre de sombrer dans un sommeil réparateur. Les photos du bijou virevoltaient dans ses pensées. La conversation avec l’inspecteur Neumann l’avait sonnée.

Le lendemain, elle se rendit de bonne heure à l’hôpital. Sur le chemin, elle acheta quelques douceurs, un bon café à emporter et quelques exemplaires des journaux.



Dans son lit, Franz comptait les gouttes de sa perfusion, les yeux rivés sur la pochette, scrutant la petite perle en train de tomber et parcourir le tuyau jusqu’à son bras. Dans ce précieux liquide il devait couler un produit qui lui permettait d’oublier l’horreur qu’il avait vécue. L’angoisse s’était atténuée, mais pas le désespoir de se trouver là. Il languissait, pressé de quitter les lieux, agacé par sa situation, par les gens, les odeurs et le manque d’intimité.

Lorsque l’infirmière pénétra dans le box, accompagnée de Lili, il ressentit soudainement une chaleur rassurante. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle revienne. Par son sourire étonné, il supputa son apparence meilleure que la veille. À sa demande, l’infirmière approcha un miroir. Il eut du mal à se reconnaître dans ce visage tuméfié et ses yeux cerclés de noir, comme un panda.

L’infirmière termina son inspection et s’éclipsa. Arborant un grand sourire bienveillant, Lili le salua et lui tendit le café latte et un cinnamon roll.

Il les accepta, ravi. La nourriture de l’hôpital lui paraissait infecte, au point qu’il se laisserait mourir de faim, malgré les cris de son estomac creux.

Franz se sentait relativement mieux. Le docteur lui avait donné le feu vert pour sortir, à condition qu’on vienne le chercher. La visite de Lili représentait son ticket. Son violon lui manquait déjà. Il avait hâte de vérifier si la douleur aux côtes l’empêcherait de jouer.

Entre temps, grâce aux anxiolytiques, il avait arrêté de ressasser les mauvais souvenirs de la veille. L’esprit calme, il put réfléchir en silence. Quelles options s’ouvraient à lui ? S’il quittait Vienne pour revenir à sa vie de soliste, serait-il en sécurité ? À l’étranger, en exil, pourrait-il se soustraire à sa dette ?

Ses pensées furent interrompues par Lili :

— J’ai discuté hier soir avec l’inspecteur Neumann. Il ne l’a ni confirmé ni infirmé, mais je crois que Liesl a été trouvée… du moins ses affaires. Il m’a montré des photos d’un pendentif, peut-être le sien.

Le violoniste la regardait attentivement, silencieux, l’air grave. Elle poursuivit :

— Il pense que tu ne dis pas tout…

Avant de l’avoir digéré, il sentit le goût du cinnamon roll lui provoquer une brûlure d’estomac. Non pas pour les suppositions du policier, mais par les circonstances entourant la découverte du corps. Elle poursuivit :

— Il a aussi affirmé que tu ne porterais pas plainte pour ton agression…

— Porter plainte contre qui ?

Lili haussa les épaules.

— Écoute, franchement je me fous de savoir ce qui t’est réellement arrivé. C’est ton problème, pas le mien. Tu comprends que ce n’est pas ordinaire de te retrouver dans cet état ? Tu as été battu et drogué ! Ton appartement ne comportait aucune trace d’effraction, j’ignore s’il est sous scellés ! Ça ne te fait rien ? Parfait ! Tiens, je t’ai apporté des journaux, lança-t-elle en déposant le paquet au pied de son lit. Qui sait ? Tu pourrais figurer dans les faits divers ?

Elle l’avait dit avec un air décontractée. Il prit un quotidien et le feuilleta dédaigneusement. Elle en fit de même. Franz ne cherchait pas à trouver sa propre agression, il s’en fichait, néanmoins, il imaginait pouvoir dénicher des informations concernant le pendentif.

Si le bijou avait été découvert, un corps avait dû se retrouver à proximité. Les journaux l’évoquaient-ils ? Désabusé, il parcourut brièvement le journal. Que des actes de barbarie envers des femmes. Sans y figurer, il avait contribué. Cette idée le dégoûta de lui-même.

— Il n’y a rien ! marmonna-t-il, en le balançant.

Le journal tomba par terre, ses feuilles s’éparpillèrent. Lili se leva pour les ramasser. Franz regretta son geste. Il baissa le regard et ses yeux se posèrent sur une page illustrée d’une carcasse carbonisée. Ébahi, dès qu’elle l’eût ramassé, il le lui arracha des mains.

L’article mentionnait une collision spectaculaire dans laquelle une voiture avait fini sa course au fond d’un ravin. L’accident était survenu deux jours plus tôt. Il impliquait un certain Wenzel Krotz, un candidat d’opposition très populaire, qui en était sorti indemne. Franz s’intéressa à l’autre véhicule, retrouvé calciné. Quelle meilleure façon de se débarrasser d’un corps déjà brûlé ?

Il se souvint des bijoux de Liesl. Ce foutu pendentif et ses quatre bagues volumineuses. Il avait stupidement tout laissé dans la chaudière.

Pendant un instant, il éprouva de la reconnaissance pour Karl.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 17 versions.

Recommandations

Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
1
2
1
2
Jean Marchal

le neuf du 27 novembre 2017 est déjà périmé le 28 novembre, car le monde ne s'arrête pas de tourner. Emmanuel Macron est à Ouagadougou, et il est certain que Monsieur et Madame Zongo vont analyser et réanalyser tout ce que le président Français va rendre public. Mais c'est surtout en tant que membre du collectif de direction de l'Europe unie et désunie partiellement que ce que pense et communique Emmanuel Macron va être important. Je ne prends pas la place et je ne mobilise pas l'attention d'un lecteur sur le positionnement de l'ensemble de l'Afrique dans le monde, car tout cela est parfaitement indiqué et actualisé sur le site worldbank.org par des économistes du monde entier. Que chacun se pose cette question : Pourquoi le Nigeria est un pays si en avance sur ce qui est déjà en avance ? Pourquoi cela va si vite dans le domaine des cryptomonnaies en Afrique, dans un pays bien spécifique, le Nigeria ? Pour ma part, je n'ai pas la véritable réponse. Durant cette nuit où les personnes ont dormi en Europe, des fortunes ses sont amenuisées et d'autres ont augmenté encore. Des enfants ont perdu leurs maigres économies ou bien de l'argent qu'ils ont détourné de la carte de crédit de leur mère, ou de leur père. Et cela, partout où il y a des cartyes de crédits et des parents aimants et confiants. Spéculer avec de l'argent volé à ses parents, ce serait donc mal ? Ou ce serait bien? Je ne connais pas la réponse. Perdre 10 fois sa mise dans la cour de l'école, à 7 ans ou 8 ans, avec des billes, des voitures miniatures ou tout objet de valeur, est-ce bien ou est-ce mal ? Laissons à de savants moralistes de tout poil et qui ont le temps de s'étriper sur les réseaux sociaux reservés à l'univers de pédagogues ce soin. Je m'amuse à penser qu'un préadolescent Lituanien dépasse un jeune Estonien plus âgé que lui vers une conquête et une possession d'objets virtuels, que ces deux gaillards sont en compétition avec un jeune sénégalais dans un cybercafé de Dakar, et qu'ils n'émergent pas de quelques dizaines de milliers de leurs compatriotes englués en apparence, alors que la bonne question à se poser, seul un parmi 1000 se la pose, et que, de nouveau, à l'intérieur de cette population sélectionnée par l'usage qu'elle va faire de l'outil, seul de 1 pour 100 à 1 pour 1000 va s'en sortir. Cela n'est pas la compétition des Miss, mais cela y ressemble furieusement ! Et c'est bien amusant à voir. Je comprends bien sûr par ailleurs que les malheureux "laiderons" ou liassés pour compte de cette compétition bascuelent dans une forme de jalousie qui a ses raisons. Heureusement, nous progressons sur la voie d'un revenu universel, et il y a quelques débuts timides. L'essentiel reste bien de définir la meilleure façon d'affecter nos ressources humaines à la création de valeurs effectives, comme la durée de vie en bonne santé, le nombre raisonnable d'enfants pour optimiser cet objectif, et la diminution des souffrances humaines, inégalement réparties à la surface du globe. Omar Sy a-t-il la réponse tout seul ? Non, bien sûr, mais il mène son action et il est encouragé par son épouse...C'est déjà pas si mal de rendre son conjoint fier des actions communes et où le couple exprime sa solidarité.
0
1
0
2
Serizawa Tamao
Premier jet, écriture d'une transcription presque instinctive d'images sombres inspirée par un avenir stérile.
0
2
0
1

Vous aimez lire Gigi Fro ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0