La dette - 11 (**)

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La ville se réveillait. Au loin, le bruit du train brisait le silence matinal. Dans le barrage, on entendait les voix des employés municipaux qui démarraient leur labeur. Les premières lueurs du jour se fondaient avec l’éclairage mourant.

Toujours sur son banc, Franz réalisa qu’il était temps de partir. Où ? Il n’avait pas d’idée. Alors qu’il rangeait le briquet dans la poche de son manteau, il retrouva les clés d’Andréa.

Naïvement, la violoniste les lui avait confiées sans imaginer qu’elle avait mis un meurtrier dans son lit.

Tandis qu’il pensait à elle, il comprit qu’il voulait sentir la chaleur de son souffle, les émotions révélées par ses caresses. Monter sur le nuage de plaisir où elle seule pouvait le conduire. Pourtant, il n’éprouvait pas de sentiments pour elle. Pas d’amour. Autrement, il aurait tout quitté pour la rejoindre. Mais non. Cette idée ne le tentait même pas. Il préférait l’attendre sagement.

Il avait une dette, il n’oubliait pas.

Pourrait-il tuer sur commande ? Qui serait sa prochaine victime ? se demandait-il. Le visage d’Andréa revenait sans cesse dans son imaginaire. Serait-ce une étouffante amante ou une encombrante épouse ? Une femme, en tout cas. Ou deux. En fait, il ne savait pas à combien de meurtres s’élevait.

Ses divagations ne faisaient qu’embrouiller d’autant plus son esprit confus. Il avait besoin de repos, il le trouverait chez Andréa.

Il se leva et déambula jusqu’à la première bouche de métro pour attendre le premier train. Quelques stations plus tard, il descendit à Stadtpark, près du lieu où la lune l’avait vu marcher aux côtés de Teresa.

Sur le plan, il réussit à identifier la rue Grimmelshausen. Puis, il chemina jusqu’à une placette face à l’immeuble d’Andréa. À l’intérieur de son appartement, un chat ambré en manque de câlins le reçut en grande pompe. Il miaulait en se tortillant autour de ses jambes, son corps frémissant de ronronnements.

— Comment a-t-on pu te laisser seul ?

Il prit le chat dans ses bras. L’animal ne paraissait pas souffrir, Franz avait compris que la gardienne lui donnait à manger et changeait la litière, mais le matou semblait friand d’attention et de caresses. Au son de ses miaulements, un peu de nourriture lui conviendrait aussi, pensa-t-il.

Affamé lui aussi, le violoniste chercha de quoi remplir leurs deux estomacs. Il fut désorienté, la plupart des produits lui étaient inconnus : konjac, shirataki, kishimen, quinoa…

Enfin, il mit la main sur ce qui ressemblait à des biscuits au sésame, qu’il croqua avant de s’occuper du matou. Il ramassa son bol et y versa du lait. Le félin s’en approcha, le renifla et s’éloigna avec dédain, miaulant toujours. Il réclamait quelque chose de mieux, comme les croquettes que Franz venait de trouver.

« Les chats ne boivent pas de lait ? », se demanda-t-il en reprenant le récipient pour le rincer et le remplir d’eau. Sur le bol était marqué en belles lettres écrites à la main « Brullen ».

— Brullen, c’est comme ça que tu t’appelles ? Brubru ?

Il versa une poignée de croquettes dans un petit plat que le félin dévora goulûment. Franz s’assit sur le plancher et l’observa, apaisé. Quelque chose l’empêchait de profiter de la scène. Des larmes coulèrent le long de ses joues, et il ne put réprimer quelques sanglots. Laissant le chat dans la cuisine, il s’affala dans un fauteuil du salon. Rassasié, le minet sauta sur ses genoux.

Le violoniste caressa la longue et soyeuse fourrure de Brullen, se demandant pourquoi il n’avait jamais pensé à avoir un animal de compagnie. Cela aurait fait une nette différence dans sa vie. Rien de tout ce cauchemar ne serait jamais arrivé.

Le chat se pelotonna et se mit à ronronner. Ce petit bourdonnement rassurant fut le meilleur remède contre l’ouragan de sensations vécues dans la soirée.

Quelques secondes suffirent pour qu’il s’endorme, convaincu qu’avec un matou à ses côtés toutes les nuits, il n’aurait jamais eu besoin des femmes ni pour le meilleur ni pour le pire.

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