Une nuit inoubliable - 9 (*****)

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Ils quittèrent le bar en direction de Feilergasse, n° 17. Dans le hall d’entrée, les yeux de la jeune femme pétillaient d’impatience pendant qu’ils attendaient l’ascenseur. Franz ne put s’empêcher de fixer la porte métallique du sous-sol. Sans frissons, cette fois. D’une part, il semblait exaspéré par cette fille trop entreprenante à son goût. D’autre part, il voulait à tout prix savoir si cette étrange et sordide pulsion réapparaîtrait. Et surtout s’il serait capable de l’apprivoiser.

Il se laissa porter par les avances d’Émilie comme il l’avait déjà fait avec Andréa. Cette dernière l’avait aidé efficacement à vaincre sa peur des femmes. Du moins, il le croyait. Dès qu’ils franchirent le seuil de la porte, il commença à ressentir une appréhension. Cette fille ne l’inspirait pas. Certes, elle était jolie, surtout maintenant qu’elle venait d’enlever quelques habits. Cependant, il sentait un frein, une sorte de barrière invisible infranchissable.

Elle avait retiré tout le superflu, pour ne garder qu’un soutien-gorge à paillettes, sa mini-jupe moulante et ses bottes diablement sexy. Elle le plaqua, le dos à la porte et lui sauta au cou. Ses jambes l’entouraient autour de la taille, tandis qu’elle écrasait ses seins contre sa poitrine et guidait ses mains jusqu’aux fesses.

Sauvagement, elle déboutonna sa chemise et effleura, presque en le griffant, son torse nu. Elle reposa les pieds au sol, sans le quitter des yeux, lui lança un regard lascif, tourné vers le bas. Ensuite, elle déboucla hâtivement sa ceinture.

Lui, emporté par la fougue de la jeune femme, aima se laisser faire. Elle sortit de son sac un préservatif et le dissimula dans son soutien gorge, puis s’agenouilla devant lui et embrassa son sexe, le couvrant de caresses réveillant des sensations enfouies. Il réprima un cri de plaisir et s’agrippa aux cheveux frisés de celle qui poursuivait voluptueusement.

Un courant d’air frais le ramena sur terre. Instinctivement il regarda en direction de la porte du balcon, mais son attention fut attirée par un objet brillant sous le canapé. L’archet en laiton. Persuadé de s’en être débarrassé, il fut étonné. Comment avait-il pu l’oublier ? Elle termina sa petite gâterie et lui sauta au cou, serrant à nouveau sa taille entre ses jambes.

— Dans le canapé, lui souffla Franz.

Elle était accrochée à lui quand il la déposa. Il esquiva sa bouche lorsqu’elle voulut l’embrasser. Sur elle, il plongea son nez dans ses cheveux crépus, les huma et mordilla légèrement le lobe de son oreille. En même temps, son bras attrapa l’archet. Au moment où il le saisit, il se rendit compte qu’il n’en avait pas besoin.

Elle continuait ses caresses, le plaisir l’envahissait. Une volupté différente, pas aussi intense qu’avec Andréa, mais tellement réjouissante. Émilie s’appuya sur ses puissantes jambes pour l’inviter à inverser la position. Elle monta sur lui, prit le préservatif et le glissa avec dextérité. Enfin, elle le chevaucha avec engouement et frénésie. Tous deux tombèrent du canapé. Le rire se mêla au plaisir.

Le va-et-vient se poursuivit au sol, enflammant Franz. Ses mains parcoururent la taille de la jeune femme, remontèrent ses côtes jusqu’aux seins dont il se régala, puis caressèrent son cou. Loin, si loin que ses doigts ne firent que le frôler.

Aucune pulsion. Il était sain d’esprit ! Guéri. Enfin il pouvait se lâcher et se délecter de cette rencontre.

En plein orgasme, les lèvres d’Émilie se rapprochèrent et il s’amusa à les esquiver. Elle insista, attrapa sa tête par les cheveux et introduisit suavement sa langue dans sa bouche. Ce geste fit exploser tous les sens du virtuose qui, par un acte irréfléchi, entoura sa gorge de ses doigts et serra.

D’abord excitée par le jeu, elle jouit jusqu’à ce que l’étreinte ne devienne trop forte. Elle se débattit, tentant vainement de hurler en même temps qu’elle le repoussait. Franz étira son bras à la recherche de l’archet qui traînait quelque part au sol. Dès qu’il l’eût trouvé, il l’enfonça dans le cou de sa victime.

Elle lâcha un cri muet, qu’il n’entendit pas. Une sorte d’acouphène insupportable perçait de l’intérieur son cerveau, comme s’il venait de perdre son âme, sa lucidité, sa raison. Sa victime grimaça de douleur, se releva et vacilla, l’archet à demi planté dans le cou. L’horreur et l’incompréhension se lisaient dans ses yeux terrorisés. Subitement, comme frappée par la foudre, elle recula et tomba en arrière, fracassant la table basse.

Le violoniste la découvrit, ébaubi, terrifié, comme s’il venait de se réveiller, conscient d’avoir dépassé les limites. Son corps fut saisi de tremblements, la chaleur de la concupiscence fut soudain emportée par une vague de froid. Comment avait-il été capable de ce geste ? Il se releva et accourut vers elle, tandis qu’il priait pour qu’elle soit encore vivante, que ce coup d’archet ne fut pas réel.

Le corps de la Française s’étalait grotesquement entre les restes de la table basse et le sol. Ses jambes fuselées, toujours chaussées avec les bottes, reposaient sur la table en verre craquelé, son torse formait un angle bizarre. Par terre, son visage était couvert par des cheveux ébouriffés. Sur sa gorge se trouvait l’archet en laiton, à moitié tordu.

Il lui parla. Une mare de sang se dessinait tout autour de sa tête, tel un halo macabre. Il se pencha sur elle, releva quelques mèches et découvrit un trou au milieu du front.

Le courant d’air froid l’entoura à nouveau. Un individu pas si étranger que ça se trouvait dans son balcon. Il l’avait déjà aperçu : au parc, quelques heures auparavant ; au Conservatoire, la veille ; à la déchetterie, quelques jours plus tôt. Il l’avait vu assassiner un homme.

Ce type était bien réel et se trouvait chez lui, un pistolet muni d’un canon silencieux à la main.

— Bravo ! acclama l’intrus simulant des applaudissements.

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