Andréa - 4 (**)

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La jeune femme sortit du bureau. Enfin seuls, Franz remarqua la mine grave de son ami. Son visage semblait porter les stigmates de moments difficiles.

— Franz, que s’est-il passé avec Liesl ?

Albert posa son regard sombre dans les insondables yeux bleus gris de son interlocuteur. Celui-ci ne répondit rien. Il enfouissait ses sentiments jusqu’au plus profond de son être.

— Que veux-tu dire ?

— Où est-elle ? aboya l’Anglais, en levant les bras en l’air. Qu’as-tu fait avec elle ? Depuis jeudi vous êtes introuvables ! Tous les deux !

L’irritation exprimée par le Chef d’orchestre eut un effet apaisant, malgré l’accusation très directe. Il eut envie de lui avouer qu’effectivement Liesl ne viendrait plus, qu’il l’avait tuée et s’était débarrassé de son corps dans une chaudière. Mais il ne le lui dirait pas.

— Albert, j’aimerais que tu ne te mêles pas de ma vie privée. Je suis adulte et elle aussi.

— Tu sais bien de quoi je parle, Franz. Je ne t’ai jamais questionné pour les autres filles. Après tout, cela ne me regarde pas. J’ai même fermé les yeux concernant leur départ soudain du Conservatoire ! Mais Liesl n’est pas comme elles. Je ne comprends pas comment elle a pu sortir avec toi !

Le violoniste faisait semblant de ne pas l’écouter, il lui fallait garder sa contenance. Il pensait à la chaudière. Avec un peu de chance, le corps finirait par se consumer. À défaut, il pourrait toujours invoquer la folie.

— Franz, Liesl avait un entretien très important vendredi matin pour préparer un concours. Elle m’en avait parlé jeudi même ! Elle ne s’est pas présentée et je n’ai pas réussi à la contacter ! Il n’y a pas de raison. Je ne comprends pas !

Quand le Chef d’orchestre eût lâché tout ce qu’il avait sur le cœur, il s’affala sur son fauteuil. Une expression d’angoisse se dessinait sur son visage et son front perlait. Son regard n’accusait plus son ami ; au contraire, il lui demandait un réconfort que le violoniste était incapable de lui offrir.

— Que veux-tu que je fasse ? Bordel ! répondit Franz, creusant le fossé entre eux.

— Que s’est-il passé jeudi soir ? À quelle heure vous êtes-vous quittés ?

Franz demeura silencieux, le lorgnant avec mépris. Il lui paraissait si pitoyable.

— Je te préviens, si elle ne réapparaît pas, je… je vais appeler la police ! bredouilla l’Anglais, dépité.

— Albert, arrête ! Tu es ridicule !

Le Chef d’orchestre se souvint de sa visite chez Franz. Ils avaient convenu de se voir ce matin-là. Il avait cru le reconnaître, mais pas la fille. Afin de ne pas les interrompre, il avait monté jusqu’à l’étage, croyant que Franz reviendrait.

Soudain, un doute l’assaillit. Pouvait-elle s’agir de Liesl ?

— Je vous ai vus ! asséna-t-il lorsque le violoniste s’apprêtait à tourner la poignée de la porte, prêt à sortir. Je t’ai vu avec elle samedi, chez toi ! Je sais que c’était elle, la fille que tu embrassais dans le hall.

Le virtuose reçut cette information comme un coup de massue. S’il s’était retourné, son ami se serait aperçu de sa culpabilité, affichée sur ce visage devenu soudain translucide.

Pourquoi diable avait-il dû tomber sur Albert ? Parmi tous ceux qui auraient pu l’apercevoir ce jour-là, à cet instant précis ? Il dut s’armer de toutes ses forces, du peu qui lui restaient après cette épreuve, pour ne rien laisser transparaître.

Subitement, Liesl, son meurtre, la déchetterie vinrent heurter son esprit. Le souvenir affreux de cet instant où il s’était obligé à goûter ses lèvres mortes provoqua un soulèvement de cœur.

Sans répondre, il sortit du bureau, bien décidé à claquer la porte, mais la présence d’Andréa l’en retint.

Comme un phare en pleine tempête, Andréa illumina son chemin. Il ne put s’empêcher de rougir en la découvrant. Compte tenu de la pâleur précédente, la jeune femme ne put ignorer son emprise.

Elle l’attendait accoudée à la balustrade, souriante et intrigante. Elle pouvait être le meilleur remède au malaise que Franz commençait à ressentir. Sa tête continuait de tourner, mais d’une manière particulièrement plaisante.

— Que fait une grande violoniste comme vous ici ?

— C’est vous, le grand violoniste, Monsieur Schligg.

— Que font deux grands virtuoses ici, alors ?

Elle rit. Cette soudaine gaieté supprima une barrière invisible. Touché par son sourire si lumineux, il ne put s’empêcher de lui proposer de boire un verre plus tard, sans autre intention que de se perdre dans ses yeux envoûtants couleur miel.

Elle accepta, conquise, et il sentit revivre en lui les premiers émois de son adolescence… avant que Shahn ne vienne tout gâcher en contrôlant sa vie.

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