Sourds aveux - 20 (*)

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Au volant de sa Porsche Cayenne, Andréa profita d’une halte pour tenter d’admirer ce qui restait du beau visage de son amant.

— On ne t’a pas loupé ! s’exclama-t-elle pour briser le silence, accompagné d’un rire espiègle quelque peu forcé.

Voilà qu’elle le retrouvait à nouveau dans un moment de faiblesse, soumis. Elle aurait pu s’en vouloir d’avoir délaissé la famille de Liesl au profit de son amant, mais elle savait qu’il avait besoin de son aide. Il allait mal. La preuve ? Ses cris, ses mots. Et ces marques sur son visage, que lui était-il arrivé ?

Elle poursuivait sa route, détournant furtivement les yeux de la route pour le dévisager.

— Tu crois que tu vas garder les cicatrices ? Interrogea-t-elle.

Au bout de deux heures, le véhicule s’arrêta sur un chemin de terre, devant les eaux calmes et cristallines du lac Traunsee, entouré des montagnes enneigées. Garés entre deux manoirs surplombant les berges, un petit sentier invitait à découvrir, au loin, une minuscule cabane en bois sur pilotis.

— C’est ici.

Sourire aux lèvres, Andréa déboucla sa ceinture de sécurité et se tourna vers Franz. Sans prévenir, elle tira sur le levier pour allonger le siège passager en même temps qu’elle grimpait sur lui, le regard lascif.

— Tu l’as déjà fait dans une voiture ?

Elle pouvait le transformer en coton, la douleur physique de ses côtes se trouvait dans un autre plan astral. Il brûlait de désir d’être pris dans ses bras, que ses mains expertes lui fassent voir monts et merveilles. À présent, il appartenait à cette femme transpirant la volupté.

Son regard trahissait ses envies. Malgré sa position horizontale, il tenta de l’approcher, de l’embrasser, de la déguster. Sourire malicieux, elle reculait, excitée par le désir dégagé par les yeux du violoniste.

Franz se leva doucement afin de sceller ses lèvres à celles d’Andréa et voyager par-delà sa bouche. Ses mains parcouraient ses formes, la serrant contre lui jusqu’à ce que le pincement sur les côtes l’oblige à reprendre pied dans la réalité. Dans son atterrissage, il remarqua par la vitre la tourelle du manoir les surplombant.

— Et si on nous voit ?

Laissant planer le mystère sur ses intentions, elle demeura silencieuse, puis continua de l’embrasser avec ardeur. Ses doigts s’empressèrent de déboucler sa ceinture, déboutonner son pantalon et poursuivre ses caresses.

Le va-et-vient de son amante lui rappelait par intermittence une lointaine gêne au torse, facile à supporter. Andréa avait le talent de l’inviter à tout oublier : la douleur, les fantômes qui le hantaient, ses pulsions atroces. Tout était loin, derrière les vagues des limbes où elle le menait. Elle lui donnait la sensation de faire l’amour en apnée, saisi d’une impression d’ivresse décuplant son plaisir.

À la vue de la tourelle, son esprit divagua, comme si dans un rêve, il se trouvait à l’intérieur. Dans son imagination, il vit un lit à baldaquin drapé de soie ; au milieu, une femme alanguie s’offrait à lui. Lorsqu’il s’en approcha et effleura ce corps, il ne put percevoir son visage. Comme si un linceul couvrait sa propre figure, nouant sa gorge, l’enveloppant tout entier, l’immobilisant jusqu’à l’asphyxie. En même temps qu’une chaleur brûlante le consommait, tous ses sens explosèrent, le menant plus loin encore. Un lieu où Andréa caressait ses cheveux d’un geste maternel. Elle posa un tendre baiser sur sa cicatrice au front.

— On y va ?

Ils sortirent du véhicule et suivirent un sentier jusqu’à une petite cabane sur pilotis. L’intérieur était très austère : un salon encombré d’un poêle à bois, un canapé et une petite table donnant sur une lumineuse véranda avec vue sur le lac.

Prenant appui sur une chaise, se tenant les côtes, Franz chercha partout où se trouvait le lit dans cette maison de poupée. Il ne tarda pas à le trouver, après avoir monté un petit escalier menant à une mezzanine.

— Ça te plaît ? Tu veux te reposer ? demanda-t-elle en allumant le chauffage.

Rien de tout cela ne l’intéressait, il voulait qu’elle l’enflamme avec ses caresses. Mais, exténué, il ne se fit pas prier pour se jeter dans les draps blancs et moelleux du futon. Elle vint le rejoindre. Malgré sa fatigue, il ne put que se plier aux désirs de son amante, occupé à ne pas penser à sa douleur. Ainsi qu’à se forger une barrière mentale contre toute idée morbide pouvant surgir de son esprit.



Les douces plaintes de la musique d’un violon accompagnèrent son réveil. Seul. Endolori comme s’il avait mené une bataille. À la recherche de son hôtesse, il se releva et se pencha sur la rambarde. Il l’aperçut sur la terrasse, à travers la verrière, un violon en main. Soudain, son bien-être se transforma en un léger dégoût.

Il se rhabilla et descendit, son regard attiré par les calmes eaux du lac, illuminées par les rayons du soleil matinal. Elle arrêta de jouer, s’essuya quelques larmes du dos de la main, puis, le remarquant, rentra.

— Ah, voilà mon bel au bois dormant !

Elle l’embrassa, puis caressa son torse découvert par une chemise négligemment déboutonnée, s’attardant sur une grosse tache bleutée.

— C’est moi qui t’ai fait ça ? minauda-t-elle.

La tristesse n’était plus apparente son visage. Elle était redevenue soudain la maîtresse ardente.

— J’ai envie de toi.

Incapable de se refuser à elle, il céda à ses avances. Andréa n’exagérait pas lorsqu’elle lui avait décrit son chalet comme « l’endroit idéal pour faire l’amour ».

Après la bataille, il se retrouva une nouvelle fois dans le futon, avec Andréa à ses côtés. Elle dessinait des cercles sur son torse. Dans ses bras, il avait perdu tout repère temporel. Les moments d’extase se multipliaient et il craignait de revenir sur terre affronter ses démons.

— Tu es beau quand tu dors, murmura-t-elle.

— Quelle heure est-il ?

— Tu parles quand tu dors.

Elle se leva et se couvrit avec la chemise de son amant pour descendre préparer le petit déjeuner. Inquiet, il se demanda ce qu’il avait bien pu dire pendant son sommeil.

— Je ne savais pas que tu connaissais Liesl Kruse, envoya-t-elle, depuis la cuisine.

À l’évocation de ce nom, le violoniste sortit de son enchantement. Pourquoi la mentionnait-elle ? Il descendit en vitesse et la jeune femme releva sur son visage le changement d’attitude.

— Mais ne fais pas cette tête ! Je ne suis pas jalouse !

Elle s’était exprimée avec un sourire rassurant, comme celle qui cherche à éviter une scène à tout prix. Nostalgique, elle poursuivit :

— Nous nous connaissions de longue date. On a grandi ensemble à Sankt Pölten avec Lili Bylen, une violoncelliste de l’orchestre…

Lorsqu’il entendit ce prénom, Franz sentit son estomac se nouer, trouvant instantanément son interlocutrice moins séduisante et autrement plus ordinaire.

— C’est vraiment horrible ce qui lui est arrivé…

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Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
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Jean Marchal

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