Sourds aveux - 19 (*)

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Lili s’apprêtait à siroter sa tisane au miel avant d’entamer sa lecture du soir. À peine installée confortablement dans son lit, elle venait de retrouver sa page lorsque son portable sonna.

C’était sa mère. Elle l’appelait, dévastée, pour lui apprendre une terrible nouvelle : Liesl, son amie d’enfance, n’était plus de ce monde.

La jeune violoncelliste la laissa narrer un étrange déroulé de faits, qui ne collait pas avec la confession de Franz. Elle lui parlait d’un kidnapping, d’un accident de la route et d’un cadavre calciné retrouvé dans le coffre d’une voiture brûlée, au fond d’un ravin. De son amie d’enfance, il ne restait plus rien.

La voix de sa mère dégageait de l’angoisse, à juste titre. La pire crainte pour un parent n’était pas celle qui frappait sa progéniture ? Elle l’avait connue depuis toujours, cette petite. En pleurs, Madame Bylen sommait sa fille de faire très attention.

Lili raccrocha, ébahie. Elle ne savait plus que penser. Comment la confession de Franz, son histoire de la chaudière et de la déchetterie s’imbriquaient avec cet accident ? Peu importait. Elle n’avait qu’une seule certitude : son amie était morte et elle connaissait l’identité de son meurtrier. Le deuil serait difficile.

Ses sentiments étaient contrastés. Elle se haïssait avant d’éprouver de la colère contre Franz. C’était sa faute à elle, à elle seule. Si elle n’avait pas ressassé, si elle ne s’était pas sentie stupide au point de vouloir quitter l’orchestre, Liesl n’aurait jamais approché son assassin pour la venger. Finalement, en lui racontant ses malheurs, elle avait conduit son amie dans la gueule du loup.

Franz avait raison. Ne l’avait-il pas incriminée ? C’était bien sa faute à elle. Maintenant elle comprenait la colère de ces mots, lorsqu’il l’avait retrouvée une seconde fois dans le dépôt.

Anéantie par la culpabilité, elle pleura de toutes ses larmes. Avant cet appel elle gardait un mince espoir que Franz lui ait raconté un mensonge cruel. Tant que sa dépouille n’était pas retrouvée… il y avait toujours de l’espoir. Malgré sa confession.

Lili reprit son téléphone portable et glissa son index sur l’écran. Les visages de ses contacts défilèrent jusqu’à ce qu’elle s’arrête sur celui de Liesl. Sa photo la présentait rieuse, grimace et pouces en l’air. Elle était une femme forte, protectrice, la grande sœur qu’elle aurait aimé avoir.

Elle essuya une larme avant de cliquer sur « supprimer contact ». La rouquine disparut, pour toujours. L’instant d’après, comme si le destin l’avait invoquée, une autre amie la contacta : Andréa.

Elles avaient grandi ensemble à Sankt Pölten. Liesl, la fille de la maison voisine, avait toujours été sa complice, son amie, sa sœur. Elles partageaient l’absence d’un père, mais c’était la musique qui les avait rapprochées. La musique leur avait fait connaître Andréa, fille des musiciens, leur aînée. La jeune fille gagnait de l’argent de poche en donnant des cours de soutien. Elle leur donna plus : elle leur avait transmis sa passion pour la musique, ainsi que des leçons de vie. Comme vivre chaque jour comme si c’était le dernier, vivre libres, suivre leur volonté. Surtout, ne jamais se limiter à leur condition de femme.

En pensant à cette dernière phrase, Lili éprouva un rire amer : voilà où ces leçons l’avaient conduite. Puis, sa petite voix de la conscience se fit entendre. Liesl n’avait pas à se reprocher plus qu’elle-même. N’avait-elle pas collectionné les relations malsaines ? Sans le soutien de son amie, elle serait perdue, elle le savait. Finalement, Lili réalisait que Liesl avait bien compris ces leçons de vie et pas elle. Andréa leur répétait « soyez libres, mais pas stupides ». Or, sa situation actuelle reflétait l’inverse.

Le tintouin du téléphone la sortit provisoirement de sa rêverie. Les SMS d’Andréa s’étaient cumulées. Elle pensa à la dernière fois qu’elles avaient convenu de se voir toutes les trois. Le temps les avait distanciées. En dépit de sa carrière fulgurante, Andréa gardait toujours contact et retrouvait ses anciennes « disciples » si son agenda serré le permettait.

Le jour du malaise de Franz, Andréa leur avait fait une visite surprise, mais de toute évidence elle avait changé d’avis dès qu’elle avait mis l’œil sur le violoniste. Au souvenir de ce jour-là, Lili éprouva un frisson qui la fit sentir encore plus mal. Elle s’en voulait de penser à ces instants où elle avait admiré le beau visage du violoniste, évanoui dans ses bras. Ce sentiment, cette sensation qu’elle ne savait pas nommer, accentuait son sentiment de culpabilité. Il l’avait envoûtée, à jamais.

Le lendemain, Lili se rendit au Conservatoire. Elle avait promis d’accompagner la famille de Liesl pour toutes les douloureuses démarches, la première étant celle d’annoncer le décès de la jeune femme à la Direction. Andréa, de passage, avait promis de leur apporter du soutien moral également. En attendant l’arrivée de la violoniste, Lili préféra attendre en bas du grand escalier hélicoïdal. Appuyée sur le balustre, elle consultait son téléphone portable lorsqu’elle fut bousculée par un jeune Tzigane qui dévalait précipitamment les marches. En une fraction de seconde tous deux se regardèrent dans les yeux. Le fuyard sursauta, surpris, puis fila. Secouée, Lili avait songé à un voleur.

Andréa ne tarda pas à apparaître. Elles échangèrent quelques mots quand, soudain, un vacarme éclata dans un étage supérieur. Elles tournèrent leur tête et aperçurent les proches de la défunte, à mi chemin du dernier palier de l’escalier, intriguées, elles regardaient dans la même direction : le bureau de Shahn.

Des hurlements de folie retentirent avec des propos insupportables. D’autres curieux s’approchèrent du hall. En bas de l’escalier, Lili dévisagea Andréa, soucieuse, les yeux écarquillées. Comme si elle se trouvait seule, s’exclama :

— C’est Franz !

Sans un mot ni explication, Andréa s’excusa et grimpa en vitesse, tandis que Lili, partagée entre l’incrédulité et jalousie, la suivait des yeux monter les marches.

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Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
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Jean Marchal

le neuf du 27 novembre 2017 est déjà périmé le 28 novembre, car le monde ne s'arrête pas de tourner. Emmanuel Macron est à Ouagadougou, et il est certain que Monsieur et Madame Zongo vont analyser et réanalyser tout ce que le président Français va rendre public. Mais c'est surtout en tant que membre du collectif de direction de l'Europe unie et désunie partiellement que ce que pense et communique Emmanuel Macron va être important. Je ne prends pas la place et je ne mobilise pas l'attention d'un lecteur sur le positionnement de l'ensemble de l'Afrique dans le monde, car tout cela est parfaitement indiqué et actualisé sur le site worldbank.org par des économistes du monde entier. Que chacun se pose cette question : Pourquoi le Nigeria est un pays si en avance sur ce qui est déjà en avance ? Pourquoi cela va si vite dans le domaine des cryptomonnaies en Afrique, dans un pays bien spécifique, le Nigeria ? Pour ma part, je n'ai pas la véritable réponse. Durant cette nuit où les personnes ont dormi en Europe, des fortunes ses sont amenuisées et d'autres ont augmenté encore. Des enfants ont perdu leurs maigres économies ou bien de l'argent qu'ils ont détourné de la carte de crédit de leur mère, ou de leur père. Et cela, partout où il y a des cartyes de crédits et des parents aimants et confiants. Spéculer avec de l'argent volé à ses parents, ce serait donc mal ? Ou ce serait bien? Je ne connais pas la réponse. Perdre 10 fois sa mise dans la cour de l'école, à 7 ans ou 8 ans, avec des billes, des voitures miniatures ou tout objet de valeur, est-ce bien ou est-ce mal ? Laissons à de savants moralistes de tout poil et qui ont le temps de s'étriper sur les réseaux sociaux reservés à l'univers de pédagogues ce soin. Je m'amuse à penser qu'un préadolescent Lituanien dépasse un jeune Estonien plus âgé que lui vers une conquête et une possession d'objets virtuels, que ces deux gaillards sont en compétition avec un jeune sénégalais dans un cybercafé de Dakar, et qu'ils n'émergent pas de quelques dizaines de milliers de leurs compatriotes englués en apparence, alors que la bonne question à se poser, seul un parmi 1000 se la pose, et que, de nouveau, à l'intérieur de cette population sélectionnée par l'usage qu'elle va faire de l'outil, seul de 1 pour 100 à 1 pour 1000 va s'en sortir. Cela n'est pas la compétition des Miss, mais cela y ressemble furieusement ! Et c'est bien amusant à voir. Je comprends bien sûr par ailleurs que les malheureux "laiderons" ou liassés pour compte de cette compétition bascuelent dans une forme de jalousie qui a ses raisons. Heureusement, nous progressons sur la voie d'un revenu universel, et il y a quelques débuts timides. L'essentiel reste bien de définir la meilleure façon d'affecter nos ressources humaines à la création de valeurs effectives, comme la durée de vie en bonne santé, le nombre raisonnable d'enfants pour optimiser cet objectif, et la diminution des souffrances humaines, inégalement réparties à la surface du globe. Omar Sy a-t-il la réponse tout seul ? Non, bien sûr, mais il mène son action et il est encouragé par son épouse...C'est déjà pas si mal de rendre son conjoint fier des actions communes et où le couple exprime sa solidarité.
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