Lili - 15 (***)

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Ce bref séjour à l’hôpital fut vécu comme un pause salutaire pour le violoniste. Il avait l’impression de vivre un cauchemar depuis sa soirée avec Émilie. Un horreur auquel Lili en avait mis fin. Grâce à elle, aucun danger ne l’atteignait plus. Maintenant, qu’il devait quitter sa bulle, il appréhendait le retour chez lui.

Comment se croire en sécurité ? Il se sentait complètement dépossédé de son appartement. Il l’avait abandonné à un criminel et à un cadavre. Puis, comme par magie, après sa virée à la déchetterie, lui-même y était réapparu. Comment ne pas envisager un complot impliquant Karl, le nouveau gardien, le type aux Dr. Martens et l’autre individu à la tête de crapaud. Ses craintes le poussaient à vouloir quitter Vienne, l’Autriche, l’Europe. Partir ailleurs, loin, très loin.

Le trouvant encore sous le choc, le médecin lui avait prescrit un stock conséquent en anxiolytiques, même si Franz considérait d’emblée qu’il n’en aurait pas assez. Il se demandait si un jour retrouverait-il sa sérénité d’avant ?

S’il avait rencontré Andréa plus tôt ! Pourquoi aucune autre femme avant elle n’avait réussi à le séduire ? Elle lui avait fourni des plaisirs comparables aux vibrations des cordes de son violon.

Il se surprit à penser à sa consœur aussitôt remis sur pied ; malgré la présence de Lili, un agréable soutien moral. Andréa. Pourquoi s’empêcherait-il de fantasmer sur sa prochaine rencontre avec celle qui lui avait offert des jouissances inconnues jusque-là ?

À l’instant, un pincement sur son flanc raviva sa douleur aux côtes. La gymnastique amoureuse attendrait. D’ailleurs, que dirait-elle de son apparence actuelle ? Voudrait-elle de lui ? Il avait vaguement aperçu son reflet et se demanda combien de temps il garderait les traces de ses blessures.

Il remarqua enfin Lili, venue le chercher pour quitter l’hôpital. Sans elle, il ne serait plus là, il en était convaincu. Sa présence le réconfortait tout autant qu’elle lui brisait le cœur. Elle était si noble, son ange gardien. Pourquoi l’avait-il humiliée ? se demanda-t-il, perdu dans ses réflexions.

Elle s’était occupée de toute la paperasse de sortie et l’avait encouragé à se rendre au commissariat. Sur place, il ne déclara que la perte de ses documents. Face à ce visage amoché, l’agent dut insister pour confirmer qu’il ne s’agissait pas d’un délit.

Franz remarqua que Lili l’observait, silencieuse. Elle lui avait parlé de sa rencontre avec Neumann. Lui avait-il fait part de ses suppositions concernant l’agression ? Il préféra ne pas chercher à en savoir plus. Il avait encore besoin d’elle, lui, qui redoutait de rentrer seul chez lui.

Arrivé à son immeuble, Franz se présenta dans la loge du concierge. Le jeune remplaçant le reçut avec un mouvement de recul. De toute évidence, il paraissait encore impressionné par le remue-ménage provoqué par l’incident. Il s’enquit de sa santé, par politesse, tandis qu’il scrutait indélicatement le visage du violoniste. Clés en main, Franz se demanda s’il n’avait pas été un poil paranoïaque. Ce garçon n’était qu’un simple intérimaire.

Lili l’attendait dans le hall, adossée à la porte du sous-sol, comme si son intuition féminine avait deviné que Liesl était passée par là. Il la rejoignit et la scruta attentivement. Il trouva qu’elle dégageait soudain moins d’assurance, sans imaginer les mauvais souvenirs que ces lieux lui inspiraient.

Ils grimpèrent dans l’ascenseur. Les étages défilèrent devant eux. En silence, chacun revivait un instant douloureux : pour elle, l’excitation à l’idée de passer un bon moment avec ce bel homme, avant de subir la douche froide. Pour lui, le souvenir d’une jeune femme, morte, tête penchée sur la paroi de la cabine. Lili avait adoptée la même pose.

Au fur et à mesure, il réalisait qu’elle lui produisait un drôle d’effet. Pourquoi s’était-il évertué à la rendre coupable de ses propres actes alors qu’elle avait été sa victime ? En la ramenant chez lui, il la mettait en danger.

La liste des noms de Karl émergea dans son esprit. À présent elle y figurait.

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