Lili - 15 (*)

5 minutes de lecture

Confuse à la suite de son incroyable discussion avec le violoniste, Lili sortit de la salle des soins. À l’extérieur, dans le couloir, l’inspecteur Neumann l’interpella. Distraite, elle passa devant lui sans s’arrêter, mais au second rappel, elle se retourna, surprise.

Quelques secondes lui suffirent pour se souvenir de l’individu, grand et costaud, aux épaules larges comme une armoire, venu enquêter sur Liesl. Elle le salua courtoisement, en espérant que sa présence n’était qu’une pure coïncidence.

— Bonsoir, Mademoiselle Bylen. Quelle joie de rencontrer la future Madame Schligg ! Dites-moi, vous vous êtes fiancés avant ou après qu’il sorte avec votre amie ?

Jugeant cette approche pernicieuse, elle préféra le silence. Sa conscience lui criait « Bien fait pour toi ! » Pourquoi avait-elle inventé ce mensonge ? Était-ce dû au choc, au stress, ou à l’envie de le protéger ? Ces trois raisons l’avaient conduite à l’imposture.

— Pardonnez mon manque de tact. Je le perçois dans vos yeux. Avouez qu’à ma place vous trouveriez cela curieux.

— Vous venez voir Franz ? L’heure des visites est terminée.

— Oh, j’aurais pu, oui, en effet. Mais je n’ai pas souhaité vous interrompre. J’en aurai l’occasion ultérieurement. Puis-je vous raccompagner ?

Comment refuser ? Après toutes les émotions de la journée, elle n’avait aucune intention de prendre les transports en commun. Le confort d’une voiture la tenta et elle accepta de bonne grâce, même si elle s’attendait à en payer le prix. Il chercherait à lui soutirer des informations, elle en avait la certitude.

— Pourquoi êtes-vous là ? s’enquit la jeune femme.

— Par hasard. J’étais d’astreinte et je m’ennuyais. Entre jouer au solitaire et faire semblant de travailler, j’ai choisi la seconde option. J’ai su pour votre ami. Excusez-moi, je veux dire votre fiancé. Pour une fois que toute cette modernité informatique sert à quelque chose…

— Avez-vous des nouvelles de Liesl ?

— Oh oui ! Un indice, venez.

Intriguée, elle le suivit dans le parking. Elle se demanda si Franz n’avait pas menti en lui avouant la vérité sur son amie. Morte ! Et si c’était vrai ? Comment le savait-il ? Une seule hypothèse, la pire de toutes, obsédait son esprit. L’avait-il tuée ? Certes, elle le soupçonnait d’être lunatique et imprévisible, mais de là à commettre un crime, il y avait un fossé.

Ils arrivèrent devant une Volkswagen Passat. L’inspecteur ouvrit la portière passager, retira une chemise cartonnée pour lui permettre de s’asseoir, fit le tour du véhicule, dossier à la main, s’installa et le lui tendit en rallumant le plafonnier. Lili hésita à jeter un coup d’œil, puis découvrit à l’intérieur deux photographies en noir et blanc.

Elle reconnut les bijoux de Liesl et se demanda ce qu’elle devait en conclure.

— Parfois, les photographes de la police se prennent pour des artistes ! ironisa-t-il, en démarrant le véhicule. Qu’est-ce qu’on en a à foutre des images en noir et blanc ?

Elle ne répondit rien.

— Ça vous dit quelque chose, ce pendentif ? Votre fiancé – il prononça ce mot avec une pointe de malice – a été le seul à l’avoir vu rouge. Je ne pensais pas qu’il était daltonien.

Effectivement, Lili gardait en tête ce magnifique bijou en émail et en or. Les couleurs s’inspiraient du style bigarré d’Alphonse Mucha. Quant au rouge, il brillait par son absence. Elle se remémora le jour où son amie, heureuse, l’avait affiché ; fière de cette parure, cadeau d’Albert.

— Un autre détail curieux : notre enquête avance, et le dernier à l’avoir vue a subi une étrange agression. Je parle de votre promis. Vous ne trouvez pas cela bizarre ? De toute évidence, il a été attaqué ailleurs, drogué et ramené chez lui. Qui a fait ça ? Il n’y a pas de trace d’effraction dans son appartement ni de bagarre. Au contraire, tout a l’air très propre. Incroyable pour un célibataire ! Au fait, où est-ce que je vous dépose ?

Elle l’écoutait, abasourdie, ne sachant que répondre. Dans quelle sale affaire venait-elle de se mettre ?

— Leopoldstadt. Rapprochez-moi de la station de métro de Vorgartenstrasse.

— Ah ! Vous ne vivez pas ensemble ? Quoi de plus normal de nos jours ? Chacun chez soi. Comme ça, il poursuit sa petite vie. Je parie qu’il ne déposera pas plainte et exigera l’arrêt de toute investigation. Cela arrive dans les cas d’extorsion…

La jeune femme commençait à regretter d’avoir accepté sa proposition. Elle comprenait les piques, lancées pour l’amener à réagir. Certaine qu’il savait qu’elle mentait pour protéger Franz, elle tenta de détourner la conversation. Elle l’observa, remarquant une alliance à sa main gauche. Son aspect débraillé ne correspondait pas à un homme marié. Elle imagina le flic qui ne vivait que pour son travail. Sa femme l’avait-elle quitté ? Perdue dans ses conjectures, elle ne put s’empêcher de ressentir un peu de pitié pour lui.

De son côté, Neumann poursuivait son soliloque.

— Voyons où ça nous mène, je parle du GPS, bien sûr ! Vous aviez évoqué cette relation entre Mademoiselle Kruse et cet Anglais, Monsieur Carring. Il semble extrêmement inquiet, mais il demeure plutôt discret sur leur affaire. Vous qui le connaissez, vous ne trouvez pas qu’il jalouse un peu votre fiancé ? Je vous le dis parce que…

« Vous êtes arrivé. »

La voix salvatrice du GPS, interrompit l’élan du flic.

— Ben voyons ! Ils sont bien ces appareils ! Au début, je n’y croyais pas, mais une directive nous exhortait à…

— Pourquoi dites-vous cela ? demanda-t-elle, enfin intéressée.

— Pour le GPS ? Ah, pour votre ami. Eh ben, à cause de ce que m’a dit Monsieur Carring à son sujet. Sur ses habitudes avec les femmes, notamment. Comme s’il lui en voulait. Au fait, ça ne vous dérange pas, cette étiquette de coureur de jupons collée à votre fiancé ?

Elle sentit de la commisération dans la voix de l’inspecteur. Elle décida de revenir au fameux indice.

— La photo que vous m’avez montrée, le pendentif. Qu’est-ce que cela signifie vraiment… est-elle morte ?

— Ce n’est qu’un indice.

— Est-ce qu’il a été retrouvé près d’un corps non identifié ?

Convaincu qu’elle devait regarder trop de séries policières, le flic ne put éviter de ressentir un nœud dans sa gorge et soupira, parfois il détestait son métier.

— Oui, il a été retrouvé près de restes. Des examens supplémentaires sont en cours. Des empreintes dentaires, tout cela.

— Et pourquoi cherchiez-vous Franz si précipitamment, sans attendre l’expertise ?

— Je le répète, je me trouvais là par pure coïncidence. Si j’avais voulu le voir, je ne me serais pas gêné. C’est mon travail, j’écoute mon intuition et elle me siffle que votre fiancé – cette fois, il ponctuait chaque syllabe – ne nous dit pas tout.

— Et pourquoi me racontez-vous tout ça ?

— Oh, je suis très très bavard, vous savez ? conclut-il en se garant.

— Quand est-ce qu’on en apprendra plus sur l’enquête ? demanda-t-elle en ouvrant la portière.

— Vous connaîtrez les détails par les journaux ! Quoi qu’il en soit, la famille sera la première à en être informée. Ah ! En parlant des canards, la rubrique de faits divers sert toujours à remplir les espaces, ça fait vendre quand cela concerne des célébrités. Jetez-y un coup d’œil demain, qui sait ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 19 versions.

Recommandations

Défi
Quelqu'un DeMystérieux
Réponse à "Les Nouvelles, le retour !", les pensées d'un soldat.
2
3
9
1
Jaquie
Au commencement il n'était rien, si ce n'est le ciel et la terre. Un jour que la terre s'ennuyait, elle se fit féconde et devint mère de toute choses. Alors le ciel narcissique créa les océans pour y voir refléter son image. Et le vent me diras tu?
3
3
12
2

Vous aimez lire Gigi Fro ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0