Lili - 14 (*)

2 minutes de lecture

« Qu’est-ce qu’il fait ici ? » furent les mots attribués par Franz à un cauchemar à la déchetterie. Son cerveau fonctionnait au ralenti, anesthésié par la douleur du coup de crosse reçu à la tête.

— Qu’est-ce qu’il fait là ? Il n’a rien ! Pas de papiers, pas d’argent ! Comment il a fait pour venir ici ? bredouilla une voix.

Il avait été traîné jusqu’à l’entrée de l’entrepôt. Si près de la sortie, mais il manquait de force nécessaire pour se redresser. Il aperçut à nouveau les Dr. Martens devant son nez cassé. Sa tête fut brusquement relevée, tirée par les cheveux. Une douleur insupportable. Son front brûlait et il sentait que son cuir chevelu allait être arraché par ce jeune gothique aux traits sauvages, trop fier de brandir un pistolet.

— Classe, ton manteau ! s’exclama-t-il, en le relâchant.

Le violoniste tomba sur les genoux et l’agresseur le prit violemment par le col et abaissa les manches jusqu’à immobiliser ses bras.

— T’es qui ? demanda-t-il, saisissant sa mâchoire.

Le supplicié ne put répondre, incapable d’émettre un son intelligible. L’assaillant ne comprenait pas qu’il l’empêchait lui-même de parler. Ce silence le rendit furieux et il finit par lâcher. Le violoniste tomba à la renverse :

— Franz Schligg ! Je m’appelle Franz Schligg !

— Attends ! intervint une nouvelle voix, terne.

Affaibli, le virtuose entrevit un autre homme en retrait. L’individu, d’une apparence aux antipodes de son agresseur, pianotait sur son téléphone. Il portait une gabardine beige Mackintosh et arborait un visage de crapaud inexpressif. Franz fut certain de l’avoir déjà vu.

Les compères discutèrent pendant un moment, comme s’ils l’avaient oublié. Le violoniste se libéra des manches qui l’immobilisaient et tenta de s’échapper. Dans son esprit, il aurait pu courir au moins jusqu’à la grille et atteindre le bord de la route. Et après ? Il n’eut le temps de l’imaginer. Il n’avança que de quelques mètres avant qu’une douleur térébrante sur les côtes ne stoppe sa progression.

La même douleur que ravivait à présent l’auscultation du médecin.

« Qu’est-ce que je fais ici ? » se demandait Franz maintenant que le cauchemar semblait terminé. Malgré la vue de cet effrayant objet que tenait l’infirmière. Malgré son doux visage, lorsqu’il vit la seringue, l’image se confondit avec celle l’homme crapaud qui tenait, lui aussi, une seringue à la main. Le blanc. Le néant. Il lui avait semblé plonger dans un tourbillon d’eau pour ensuite flotter à la dérive, paisiblement, malgré les cris des mouettes, des sirènes des bateaux, et arriver enfin au port éclairé par un phare providentiel.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 23 versions.

Recommandations

Défi
Quelqu'un DeMystérieux
Réponse à "Les Nouvelles, le retour !", les pensées d'un soldat.
2
3
9
1
Jaquie
Au commencement il n'était rien, si ce n'est le ciel et la terre. Un jour que la terre s'ennuyait, elle se fit féconde et devint mère de toute choses. Alors le ciel narcissique créa les océans pour y voir refléter son image. Et le vent me diras tu?
3
3
12
2

Vous aimez lire Gigi Fro ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0