Lili - 13 (*)

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Les rayons de soleil s’infiltrèrent par les interstices du volet cassé. Lili regrettait ne pas avoir eu le temps, depuis deux semaines, de poser les rideaux. Ceux-ci traînaient sur son bureau, à côté d’un mug de thé froid de jeudi, ou était-ce vendredi ?

Elle avait l’habitude de laisser ménage et travaux pour les week-ends, quand elle ne rentrait pas à Sankt Pölten pour oublier la vie à Vienne. Ce samedi-là, elle avait décidé de rester pour traiter une affaire urgente.

Depuis son étrange rencontre avec Franz, elle n’avait pas arrêté d’y penser. Comme si elle avait entrevu deux facettes distinctes dans la personnalité du violoniste. Dans un coin, un Franz vulnérable criant à l’aide, envers lequel elle pouvait éprouver de l’empathie ; dans l’autre, le monstre qui l’avait humiliée.

Lequel des deux avait avoué ces mots terribles, qu’elle n’arrivait pas à assimiler ?

« Liesl est morte »

Pourquoi avait-il mentionné cela, en la tenant, elle, pour responsable ? Sur le moment, elle n’avait pas su comment réagir. Le message avait atteint bien plus tard à son cerveau. Depuis, elle creusait cette histoire afin de comprendre le charabia du violoniste. Elle se résolut à le revoir pour discuter sérieusement. Mais cette fois, elle fixerait les règles. Elle décida de se rendre chez lui, à l’improviste, jugeant qu’il serait plus enclin à parler ouvertement ailleurs que dans le Conservatoire.

— Tu vas faire quoi ? avait demandé Madame Bylen, effrayée, lorsqu’elle reçut un étrange coup de fil de sa fille.

Lili l’avait prévenue de sa visite inopinée, citant clairement son nom : Franz Schligg. Si un malheur lui arrivait, il devrait être tenu comme seul responsable, annonça-t-elle d’un ton mélodramatique. Sa mère la connaissait bien, elle n’aurait pas été inquiété s’il n’y avait eu la disparition de Liesl.

Néanmoins, Madame Bylen pouvait soupirer satisfaite. Sa fille avait enfin divulgué un nom, parmi tous les salopards qu’elle avait attirés comme des mouches, malgré ses nombreux avertissements.

Après son appel, Lili partit en direction de Grinzing et retrouva sans difficulté l’immeuble Art nouveau qu’elle avait quitté couverte de honte, quelques semaines plus tôt.

Elle attendit patiemment à l’extérieur devant le grand portail, comptant sur le premier quidam qui le franchirait pour s’y faufiler. Le moment advenu, son enthousiasme se dissipa dans le hall. La vue de cet ascenseur, digne d’une pièce de musée et de ce fastueux escalier en marbre, lui rappelèrent cette nuit-là.

Elle souffla un grand coup et se ressaisit. La porte de la loge du gardien s’ouvrit et elle décida d’emprunter l’escalier, en grimpant deux à deux les marches.

Au fur et à mesure qu’elle s’approchait de l’étage, elle se demandait si son idée ne relevait pas de la folie. Elle avait toutes les chances de se faire rembarrer à nouveau par le violoniste. Mais si elle avait parcouru tout ce chemin, c’était surtout pour comprendre la signification de l’incroyable accusation exprimée au Conservatoire.

Elle pressa la sonnette à trois reprises. Chaque impulsion espacée d’une minute. Un premier coup pour s’annoncer. Un deuxième par crainte de ne pas avoir appuyé assez fort la première fois. Et le dernier de manière soutenue, certaine que l’appartement était vide.

« Bien essayé ! » se dit-elle, soulagée.

Dès qu’elle tourna le dos, elle entendit un bruit sourd de l’intérieur. Un brin curieuse, elle se demanda quel pouvait en être l’origine. De l’appartement de Franz ?

Elle appela l’ascenseur. L’appareil entama sa lente montée en grinçant, pendant que la jeune femme observait la porte de l’appartement : elle lui semblait battre comme un cœur.

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