La dette - 12 (*)

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Franz se réveilla doucement, au rythme du lapement du chat dans son bol. Enfin reposé, il s’étira et regarda sa montre : à peine trois heures écoulées depuis son arrivée chez Andréa. Le jour était levé.

« Il est temps de partir », se dit-il. Pour aller où ? Pourrait-il rentrer chez lui ? Karl avait-il fini ? Comment se débrouillerait-il avec le corps d’Émilie ? Était-il de connivence avec le nouveau gardien ? Ce dernier avait-il une dette, lui aussi ? L’intendant de la déchetterie aussi ? Avait-il été tué en raison de sa désobéissance ?

Il se souvint de ses derniers mots : « C’est encore Tchavo ». Qui donc était ce Tchavo ? Un prénom tzigane. Il se remémora des caravanes abandonnées, brûlées, près de la décharge.

Tandis qu’il se perdait dans ses pensées, le matou sauta sur lui. Le violoniste l’embrassa, le reposa au sol et secoua ses vêtements en se relevant. Il avait pris la décision, qu’il savait insensée, de se rendre à la déchetterie. Le félin fut une nouvelle fois abandonné à son sort. En partant, Franz n’oublia pas, cette fois-ci, de glisser les clés dans la boîte aux lettres.

Malgré les rayons de soleil qui éclairaient la ville, celle-ci semblait encore endormie. De courageux joggeurs ou promeneurs de chien apparaissaient au loin, le tramway arpentait l’avenue. Franz réalisa qu’il avait besoin de sa voiture. Or, il avait tout laissé à Karl. « Pauvre imbécile ! »

Il remarqua alors un taxi garé non loin de la station de métro. Franz interpella le chauffeur, le surprenant avec une étrange exigence :

— Prenez l’autoroute A1, direction Sankt Pölten.

Le conducteur roulait sans but précis, avec ce passager peu enclin à la conversation. Néanmoins, le violoniste n’eut pas du mal à le convaincre, avec son allure élégante et une promesse magique : « Je vous payerai le double ».

« Prenez cette sortie. Suivez ce chemin » furent les seules directions que Franz lui donna avant qu’il crie abruptement :

— Arrêtez-vous là !

— Êtes-vous sûr, Monsieur ? s’enquit le chauffeur, inquiet.

L’environnement n’avait pas l’air rassurant, en plein milieu d’une route déserte, bordée par les carcasses des caravanes et autres restes des taudis cramés.

Le violoniste acquiesça et paya. Le chauffeur reformula sa question sur un ton plus affable, content de sentir l’argent dans ses mains.

— Voulez-vous ma clé à molette ? proposa-t-il.

— Pour quoi faire ? répondit Franz en descendant du véhicule, amusé par la suggestion.

L’homme reconsidéra les billets et proposa de l’attendre, lui demandant à nouveau quel était son lieu de destination. La déchetterie se trouvait encore loin, à quelques centaines de mètres. Franz préféra garder le mystère, et lui prit sa carte, pour le rappeler en cas de besoin, sachant pertinemment que cela lui serait difficile sans téléphone portable.

Le véhicule s’éloigna en soulevant la poussière. Quand il disparut de sa vue, Franz soupira, conscient de commettre une folie. Il comparait sa situation actuelle au ressenti expérimenté plus tôt. Il avait le même sentiment que quand il s’était tenu face au vide sur son balcon, et plus tard au-dessus des remous provoqués par le barrage. Sa présence ici, c’était un suicide.

Au loin, une cheminée industrielle dominait les carcasses de remorques. Son esprit se vida et il poursuivit sa marche vers le bâtiment. Autour de lui, les restes du bidonville le ramenèrent à la réalité de sa stupidité. Sa voix intérieure s’accrochait à la vie, elle criait de ne pas chercher à savoir et de partir. Pragmatique, il se dit qu’au mieux, il trouverait un téléphone pour rappeler le taxi.

Il marcha pendant une bonne vingtaine de minutes. Décidément, il avait mal évalué sa progression dans ce terrain difficile. Lorsqu’il arriva devant les grilles de l’entrée, fermées par un cadenas, la petite cabane semblait vide et le cadavre du chien ne gisait plus à terre. Plus aucun autre signe de vie n’était visible aux alentours.

Franz contourna la clôture à la recherche d’une fente ou d’un passage. À quelques mètres de là, il trouva la grille complètement renversée, non loin de squelettes de vieilles voitures couvertes d’eau stagnante et de poussière.

« Que fais-je ? » se demandait-il en piétinant la clôture.

Il se glissa dans le bâtiment principal, par un petit abri à la porte grande ouverte. Un frisson le parcourut, tandis qu’une faible voix dans sa tête l’implorait de quitter immédiatement les lieux. Finalement, il fut convaincu qu’il courait au suicide, celui auquel il aspirait depuis quelques heures.

— Il y a quelqu’un ? appela-t-il, en s’insinuant dans les sombres couloirs.

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Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
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Jean Marchal

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