Andréa - 5

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Franz suivit Andréa jusqu’au parking, devant une imposante Porsche Cayenne. Ses sens l’attiraient vers elle, tandis que son esprit, encore embrouillé, lui commandait de fuir, car il ne savait pas à quoi s’attendre avec elle. Les magnifiques yeux couleur d’ambre de la jeune femme l’hypnotisèrent lorsqu’elle l’invita à monter.

— Viens déjeuner chez moi !

Sa voix sensuelle l’aurait entraîné jusqu’au bout du monde. Il se retrouvait face à un dilemme : une infime partie de son être exigeait du repos, l’autre voulait découvrir sa féminité.

Paradoxalement, cette blonde arrogante réunissait tous les clichés qu’il détestait chez une femme. Son excès d’assurance aurait pu le blaser ; or ce fut le contraire. Dès qu’ils furent installés dans le véhicule, elle posa la main sur sa cuisse, le paralysant. Désormais, il lui appartenait. Les angoisses et la fatigue le quittèrent. L’emprise qu’elle exerçait sur lui l’invitait à s’abandonner à toutes ses fantaisies. Elle voulait en faire son trophée ? Il le lui accorderait volontiers.

Elle l’emmena chez elle, rue Grimmelshausen, près du Stadtpark et de sa célèbre statue de Johann Strauss. L’intérieur coquet dégageait une sensation de chaleur et de volupté, accentuée par les tons mauves de la décoration et par une kyrielle de petites bougies dispersées un peu partout. Le salon était éclairé par une baie vitrée donnant sur une terrasse ombragée, où un chat roux au pelage long et soyeux grattait la vitre. Elle ouvrit la porte-fenêtre et le félin pénétra en miaulant, puis leva son museau pour renifler le nouveau venu. Curieux, il tournait autour de Franz, serpentant entre ses jambes, fier d’inspecter l’amant du jour.

Andréa prit le chat dans ses bras, l’embrassa et proposa à son invité de s’installer sur le canapé.

— Ça te dirait de manger du sushi ? suggéra-t-elle.

Franz ne réagit pas. Il n’avait pas faim. Pas de nourriture, du moins. Une seule envie trottait dans sa tête : la goûter toute entière. Ses instincts lui dictaient une attitude jamais adoptée pour aucune autre et cette sensation nouvelle le déstabilisait. En parallèle, sa peur s’intensifiait. Peur de la découvrir ou d’être déçu. L’inconnu l’effrayait.

Elle prit le téléphone, passa commande chez le traiteur en bas de la rue, et saisit la télécommande de la chaîne.

— Je te laisse avec ma petite compilation, parfaite pour l’occasion, susurra-t-elle, mystérieuse. Attends-moi, je vais me mettre à l’aise.

Il apprécia le ton sensuel qu’elle avait adopté en prononçant ces derniers mots, pourtant, il se sentait anormalement anxieux. Ses désirs, ses souvenirs proches et lointains, s’assemblèrent pour le tourmenter. Le chat sauta sur ses genoux et, instinctivement, le violoniste le caressa. Sa fourrure, sa petite respiration saccadée par le ronronnement lui procurèrent une sensation de bien-être inouï.

Il ne vit pas le temps passer, il aurait pu s’écouler une minute comme une heure, le chat avait réussi à l’apaiser. Enfin, Andréa reparut vêtue d’un ensemble de lingerie affriolante, savamment dissimulé sous un déshabillé en dentelle transparente. Le violoniste demeura figé, bouche bée, déchiré entre l’envie de l’admirer éternellement et celle d’attaquer l’étape suivante, même si l’idée de perdre le contrôle le stressait. Avant qu’il n’ait bougé, la sonnette de la porte retentit. Franz se leva et se précipita pour recevoir le livreur. Il ne la laisserait pas dévoiler ses charmes à aucun autre.

De son côté, la jeune femme sortit du réfrigérateur un demi de Champagne, qu’elle lui tendit. Les mains tremblantes, il fit sauter le bouchon et remplit l’unique flûte. Elle s’en empara et la porta à sa bouche, effleurant le rebord avec ses lèvres. Devant l’air étonné du violoniste, elle agita son index négativement, comme si elle interdisait à un enfant de manger un bonbon.

— Pas d’alcool pour toi ! interdit-elle, l’air mutin, lui proposant du jus de fruits.

Elle trinqua et s’abreuva d’une gorgée ; Franz, anxieux d’occuper ses mains autrement, avala son verre d’une traite et s’approcha d’elle, l’entourant de ses bras, prêt à la combler de baisers. À nouveau, elle stoppa ses élans.

— Ferme les yeux ! ordonna-t-elle.

Amusé par le jeu, il obéit. Elle sortit du sac le plateau de sushi, le posa sur la table basse et décrocha une paire de baguettes. Elle prit un maki saumon, le trempa dans la sauce soja et le mit directement dans la bouche ouverte du violoniste. De l’autre, elle parcourut de ses doigts son cou, les glissant doucement jusqu’aux épaules.

À la seconde bouchée, son corps s’embrasa. Subitement, le goût infect laissé par Liesl disparut de ses lèvres et il n’avait qu’une seule envie : goûter celles d’Andréa. Il enleva à la hâte ses habits et l’attrapa par les fesses, l’attirant à lui. Il plongea son nez dans sa blonde crinière et huma son parfum de violettes, s’imprégnant de son arôme. Lorsqu’il s’apprêtait à l’embrasser, elle l’interrompit dans sa fougue, en mordillant ses lèvres. Ses doigts experts glissèrent dans son pantalon et elle suggéra de poursuivre sur le canapé. Tous deux chassèrent sans remord le chat de son territoire. Elle le poussa à s’allonger, puis parcourut son torse de sa langue, ses mains s’affairèrent à déboucler sa ceinture.

Sous sa totale emprise, il s’abandonna. Elle savait exactement comment le combler, affolant ses sens. Au son des musiques envoûtantes, ils poursuivirent leurs ébats dans la chambre, détrônant à nouveau le félin contraint de se trouver un autre nid. Le chevauchant en amazone, elle se lança dans un déhanché pour le conduire jusqu’à l’extase sur les airs de Dvorak.

Au point culminant de leur passion, au summum de la volupté, la sensualité et l’horreur se mêlèrent dans l’esprit du violoniste. Une rafale de visions confondant Liesl, l’assassin de la déchetterie et le mystérieux individu du Conservatoire l’assaillirent. Il sentit son esprit se dédoubler : une partie de lui se délectait de l’instant présent, à cajoler les seins merveilleux de sa maîtresse ; une autre, bien loin, détachée, dégustait les lèvres ensanglantées de Liesl. Ce monstre, submergé par l’excitation, saisit l’archet en laiton et le lui enfonça dans le cou.

Cette image provoqua un remous ardent, orgasmique, enveloppant son corps. Il ouvrit les yeux et découvrit Andréa, en pleine extase au-dessus de lui. Instinctivement, pour prolonger ce moment de volupté, de la pulpe de ses doigts, il frôla le cou de la jeune femme, puis l’attrapa fermement. Avec ses pouces, Franz le caressa, descendit jusqu’au creux du sternum, dessinant des petits ronds, puis en remontant. Soudain, une envie intempestive de l’écraser de ses mains. La lutte contre ses pulsions se manifesta par un cri, excitant la belle, loin d’imaginer ses intentions.

Elle captura ses poignets, écarta ses bras en croix. Sans les lâcher, elle s’allongea sur lui, les amenant sur sa tête. Puis, elle finit par poser ses lèvres sur les siennes et l’embrassa langoureusement.

Un moment qu’il aurait voulu éternel. Malgré les pulsions ressenties, il se trouvait sur un nuage de volupté où il serait resté toute sa vie. Le plaisir l’emmenait loin, dans le néant. Le plongeant dans un profond sommeil. En paix. Jusqu’à ce que les premières lueurs du matin et la sensation d’être observé le réveillent. Andréa n’était plus nue ni en extase sur lui, mais assise à ses côtés. Vêtue d’un sobre tailleur beige, coiffée d’une tresse bien compliquée, une fragrance de violettes embaumait la pièce.

— Mon bel au bois dormant, murmura-t-elle en s’inclinant sur lui, le gratifiant d’un tendre baiser.

Luttant pour garder ses lèvres collées à elle, il se releva pour maintenir le contact avec sa bouche charnue. Elle posa sa main sur son épaule et se pencha sur son oreille.

BB Initials, lui susurra-t-elle.

Il eut l’air perplexe.

— On jouit tous les deux sur du Gainsbourg, confia-t-elle, comme s’il s’agissait d’une certitude.

Elle se redressa et défroissa sa jupe.

— Tu es magnifique ! s’exclama-t-il, replongeant sur le lit.

Il l’avait dit sans émotion apparente, comme un mauvais acteur aurait récité un texte appris à la dernière minute. Pourtant, il n’avait jamais été aussi sincère.

— Je dois prendre un avion pour Londres, répondit-elle en bouclant son nécessaire de voyage. Je reviendrai dans quelques jours et je t’amènerai dans un lieu spécial, au milieu des montagnes et des lacs… l’endroit idéal pour faire l’amour.

Ensommeillé, les mots lui manquaient pour la prier de rester et poursuivre leurs ébats.

— Bon, il faut que j’y aille ! dit-elle. Avant de partir, tu pourras donner à manger à Brubru et le faire sortir ? Voici mes clés. Ferme la porte et mets-les dans la boîte aux lettres, s’il te plaît. La gardienne a un double et viendra s’en occuper le reste de la semaine.

Franz eut du mal à saisir ses paroles. Elle partait de chez elle ? Comment était-ce possible de le laisser là ? Seul ? Avec son chat, en plus ? Elle prit ses bagages, se pencha sur lui et lui donna un tendre baiser d’au revoir sur le front.

— Tu es si différent ! s’exclama-t-elle.

La voyant filer, il bouscula le félin, lequel avait trouvé la position parfaite sur ses jambes, et courut la rattraper. Au seuil de la porte, il l’enlaça et tenta de l’embrasser. Transporté par sa passion, excité par ses courbes qu’il parcourait de ses mains, il ne put la pénétrer de sa langue. Les lèvres murées, elle le repoussa gentiment.

— Je dois partir, un taxi m’attend. On remettra ça, d’accord ?

— Andréa, tu es la première et la seule femme de ma vie ! s’empressa-t-il d’avouer, bêtement, tenant à ce qu’elle le sache.

Elle lui lança un regard circonspect, suivi d’un petit rire, presque enfantin. Comment pouvait-elle croire que c’était sa première fois.

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