Andréa - 4 (*)

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Teresa sortit de la gare Rennweg et traversa l’avenue en courant, sans attendre le feu vert. Franz l’observait par hasard depuis son véhicule, ravi qu’elle ensoleille sa journée de si bon matin. Sa muse. Sa déesse. La femme dont la beauté préraphaélite lui faisait perdre ses moyens.

Sans le vouloir, il l’avait humiliée lorsqu’il lui avait préféré Liesl, il en était sûr. Il craignait qu’elle n’ose plus jamais lui parler. N’était-il pas le mieux placé pour savoir combien cela les offensait ?

Il avait tout simplement peur de ne pas être à la hauteur. Pourrait-il revenir vers elle avec une fausse excuse ? La constitution d’un duo, par exemple ? Cela ne lui paraissait pas insensé. En trouverait-il le courage ? C’était une autre question.

Pour l’instant, il devait affronter Albert et se justifier de ses absences. Son ami s’énerverait, l’accablerait de reproches, s’irriterait quelques minutes ; puis, au soir il aurait tout oublié et proposerait d’aller boire une bière, ou de se faire une partie de squash. Comme d’habitude. En revanche, quelle serait sa réaction face à la disparition de Liesl ? Franz parviendrait-il à garder le silence ?

Le violoniste poussa la porte du bureau d’Albert sans frapper, s’attendant à le trouver seul. Or, il ne l’était pas. Il découvrit une femme à la magnifique crinière dorée face à lui. Dès qu’il le remarqua, le Chef d’orchestre se leva pour l’accueillir. L’inconnue se retourna et, d’un geste dédaigneux, coiffa sa lumineuse chevelure vers l’arrière.

— Ça par exemple ! s’exclama Albert. Quelle surprise de te voir ici ! Viens, entre. Nous avons de la visite. Voici Andréa Steinger.

La jeune femme sourit légèrement lorsque son nom fut prononcé et resta assise, levant seulement sa main quand Franz s’approcha. Il ne l’avait jamais croisée auparavant, mais sa renommée ne lui était pas indifférente.

Andréa Steinger s’affichait comme la soliste la plus en vogue sur les scènes qu’il avait laissées vacantes. Certes, elle était une violoniste très talentueuse. Mais, d’après lui, son public était attiré par son physique avantageux.

Maintenant qu’il la rencontrait en personne, il était agréablement surpris de constater sa sublime beauté : cheveux blonds au brushing parfait, majestueuse et élégante dans un tailleur rose découpé pour sa silhouette de rêve. Ses longues jambes, bien dessinées et bronzées, prenaient fin avec délicatesse sur de vertigineux escarpins noirs, ceints d’une triple fine bride à la cheville.

L’image de Teresa, dont le visage avait occupé les pensées quelques minutes auparavant, disparut de son traître esprit. Pourtant, habitué aux belles femmes se jetant à ses pieds, il en fut ébloui. Elle avait quelque chose de dominant, de captivant, dans le regard insolent et arrogant. Chacun de ses gestes apparaissait majestueux. Comme une chorégraphie réglée au millimètre. Il était devant une véritable reine. Dans son esprit il n’y avait plus de Teresa, de Liesl ou de crime atroce. Seulement les mystérieux yeux noisette de la blonde, égayés par ce sourire, trop forcé pour paraître sincère.

Franz prit la délicate main que la jeune femme lui tendit, et l’effleura des lèvres. Visiblement, elle ne s’attendait pas à cela, et ne put réprimer un gloussement coquin. Lorsque leurs prunelles se rencontrèrent, l’ambiance s’électrisa.

En dehors de leur monde, Albert se fit entendre avec une fausse toux pour capter l’attention de Franz. Il tenait à lui parler en privé. Andréa se leva, salua le Chef d’orchestre et lança au violoniste une œillade très explicite.

Il y reconnut son regard à lui, sa manière d’envoûter les femmes pour les amener là où il voulait. Si jamais une autre le lui avait lancé, il l’aurait certainement ignorée, mais pas Andréa. Pas elle.

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