Nouveau départ et petits jeux - 3 (*****)

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Le lendemain, Franz se réveilla avec une sensation étrange. D'une part, il était heureux d'avoir fait disparaître ses problèmes, de l'autre, il pensait au crime dont il avait été témoin.

Il décida se libérer de sa fatigue mentale par l'épuisement physique. Animé par une énergie issue de nulle part, il enfila ses affaires de sport et sortit courir dans les sous-bois de Grinzing. Après deux heures de jogging intensif, il avait presque oublié Liesl, son meurtre, la déchetterie.

Il déchanta en revenant chez lui. Du hall d'entrée, il fixa la porte rouillée du sous-sol, craintif. Elle semblait battre, comme si on voulait la défoncer de l’intérieur. Incapable détourner son regard, il préféra grimper les marches deux à deux jusqu’au cinquième étage. Une fois chez lui, sous la pluie continue de sa douche, il ne put éviter de penser au meurtre de la déchetterie et à Liesl.

Ça lui faisait une drôle d'impression : deux personnes récemment rencontrées étaient mortes, dont une de sa propre main. « Ce n’est pas comparable », tentait-il de se consoler. Le type de la déchetterie avait été froidement abattu. Tandis que Liesl avait été un accident. Du moins Franz voulait s'en convaincre, pour s’abstraire de sa culpabilité.

Il ressassait dans son esprit les paroles prononcées par l'assassin, sa menace. Qui était-ce ? Pourquoi avait-il tué ? Qu'avait-il ressenti ? Du plaisir ? Cette interrogation l’effraya, car lui-même n’arrivait pas à mettre des mots sur les sensations provoquées par son acte. Des questions sordides l'envahissaient : il croyait avoir joui en plantant l’archet en laiton dans le cou de Liesl. S’était-il délecté aussi en la serrant contre lui pour étouffer son dernier souffle ?

Ces atroces pensées le hantèrent tout au long de la journée jusqu’à l’heure de son sommeil, même pendant sa nuit, étonnamment exempte de cauchemars.

Au matin, l’esprit reposé, le violoniste s’apprêta à se rendre au Conservatoire, comme pour une journée ordinaire, sans égard pour Liesl. Il avait pris en guise de petit déjeuner une gorgée de vodka. Comment avaler quelque chose de plus consistant ? Les lèvres mortes de Liesl lui avaient coupé l’appétit pour toujours.

Lundi. Jour de la réparation. Cette maudite chaudière ne tarderait pas à vomir les restes de la malheureuse pour faire éclater la vérité au grand jour. Comment empêcher sa réfection ? Il réfléchit rapidement à un stratagème afin de gagner du temps.

Peut-être le corps de Liesl avait fini par se consumer ? Était-ce possible ? La chaudière possédait-elle cette capacité ? Il craignait que, même si elle fonctionnait correctement, il se passerait certainement plusieurs semaines avant qu’il n’y ait plus de trace de son forfait. Raison de plus pour mettre en œuvre son plan.

Il descendit, armé d’un marteau avec une folle idée en tête : insérer la clé dans l’interstice et la casser, dans le but de rendre la porte momentanément infranchissable. Avant de perpétrer son méfait, il traversa le hall pour vérifier si le gardien était revenu.

À son grand étonnement, il découvrit dans la loge un jeune homme, écouteurs aux oreilles, absorbé par les mots croisés du journal. Lorsque celui-ci aperçut le résident, il se leva, et comme un écolier ayant appris sa leçon par cœur, annonça qu’il assurait l’intérim. Tous les travaux prévus ce jour étaient annulés.

Franz attendit qu’il remette son casque audio et se dirigea vers la porte du sous-sol. Il y rentra sa clé et donna deux coups de marteau. Le premier enfonça la clé, le second la brisa. Il avait un souci en moins, mais la paranoïa lui soufflait des idées. Qui était cet individu ?

Il avait déjà vu des remplaçants. Rien de plus normal. Mais il ne pouvait s’empêcher de trouver tout cela bizarre, compte tenu des circonstances : l'assassin de la déchetterie savait qu'il avait eu un témoin, il devait le chercher. Était-ce lui ? Avait-il découvert ce qui se dissimulait dans la chaudière ?

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