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Depuis cette rencontre, la même scène repassait dans sa tête, comme s'il s'agissait d'un rêve. S'il osait prendre un verre avec elle, saurait-il se contenir ? Il poursuivit sa routine d’échauffement pour l’archet lorsque la porte s’ouvrit intempestivement, le sortant brusquement de sa rêverie.

— Oh ! Je suis désolée ! Je me suis gourée ! s’exclama une autre jeune femme rousse arborant un fier sourire narquois.

Franz fut étonné de la voir s’y inviter au lieu de déguerpir.

— Navrée de vous importuner, Monsieur Schligg ! feignit l’impertinente sur un ton faussement peiné qui ne le trompa pas.

Il la connaissait, cette insolente : la petite chérie d’Albert. Cette amie avec bénéfices dont la liaison avec le Chef d’orchestre se voulait discrète. Désabusé, le violoniste regarda sa montre. Il ne comprenait pas ce qu’elle faisait là ou pourquoi elle tardait à partir. Alors, il opta pour l’ignorer. Il se rassit, posa son étui sur ses genoux et rangea son instrument. L’importune s’approcha avec une assurance féline, puis, devant lui, se pencha à la hauteur de ses yeux.

— Je m’appelle Liesl Kruse, salua-t-elle, en tendant sa main. Nous faisons partie du même orchestre.

— Je sais qui vous êtes, répondit Franz, soupirant, agacé par l’audace de la demoiselle.

Quelle comparaison avec le regard fuyant de biche apeurée de Teresa !

— Vous me connaissez ? minauda-t-elle en s’approchant comme un chat qui chercherait à séduire son maître.

— Nous faisons partie du même orchestre, riposta Franz en imitant caricaturalement le ton que Liesl avait utilisé.

Comme si elle était invisible, il retourna à ses affaires, vérifia la position de son instrument et ferma l’étui.

Elle fit un pas en arrière, puis lui tourna tout autour, lentement. Elle le fixait du regard comme un prédateur observe sa proie avant d’attaquer. Finalement, elle se plaça derrière lui et, sans crier gare, posa délicatement ses mains sur sa nuque.

Sur le coup, Franz faillit bondir. Il la laissa faire lorsque ses doigts de fée parcoururent doucement ses cervicales, car elle lui procurait une sensation de volupté qui ne lui déplut guère.

— Vous êtes très tendu ! Je continue ? proposa-t-elle.

Sidéré, il ne put répondre, mais elle poursuivit sa tâche, ce qu’il apprécia sans l’exprimer. Il s’abandonna à la jouissance que ce massage lui procura. Enfin, il comprit pourquoi Albert profitait de cette talentueuse musicienne-masseuse. Elle ne dit plus un mot, et ses mains se déplacèrent vers son crâne. Puis elle effleura ses tempes, son front et sa mâchoire, pressant des points précis pour lui faire du bien. Teresa et le concert étaient bien loin. Cette jeune femme avait fini par exacerber un sentiment mêlé de jalousie et d’avidité. Comment Albert pouvait-il avoir accès à ce type de plaisir et pas lui ?

Néanmoins, malgré le bénéfice, il n’approuvait pas sa démarche. De quel droit s’était-elle permis cette proximité ? Il était curieux de retourner la situation, car cette petite effrontée avait tout de même profité de lui.

— Puis-je vous inviter à boire un verre après le concert ? s’aventura Franz dès qu’elle eut terminé.

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