Nouveau départ et petits jeux - 2 (**)

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Les jours suivants, Lili ne s’était pas présentée au Conservatoire. Franz avait remarqué cette absence, sans y accorder trop d'importance. Il avait rapidement oublié cette aventure.

La vie poursuivait son cours, et d'autres affaires courantes monopolisèrent bientôt son attention, comme écouter les monologues de son mentor, puisque Shahn estimait son avis et ses conseils toujours nécessaires. À cela s'ajoutait le travail de correction de sa première symphonie, dont la composition s'éternisait depuis quelque temps. Enfin, la préparation de ses vacances en trekking dans le désert marocain, qu'il attendait avec impatience.

Lili, de son côté, avait prétexté un souci de santé pour s'éclipser le temps que ses congés prévus arrivent et que l'on cesse de s’interroger sur son éventuel départ. Pendant ce temps, elle s'était reposée à Sankt Pölten, sa mère et sa meilleure amie à ses côtés pour lui remonter le moral. Elle ne pouvait se résoudre une seule seconde à tout abandonner.

Au retour de ses vacances, Franz s'étonna de retrouver Lili.

À la revoir, la sensation s'avéra déroutante. Éprouvait-il des remords ? La jeune femme semblait l'ignorer, et cela lui convenait très bien. Mais lui, il ne pouvait pas ignorer tout connaître de sa vie, de ses goûts, de ses aspirations… Il sentait encore la chaleur de ses lèvres lorsqu'elle l'avait embrassé.

Comment oublier qu’il l'avait séduite, mise à nue et humiliée ? La retrouver, si près, la tête haute, lui fit l'effet d'une gifle donnée au nom de toutes ses victimes.

C’était tellement plus simple quand elles disparaissaient complètement de sa vie.

Le soir du premier concert de la saison, Franz s’exerçait dans une salle jouxtant le dépôt d'instruments, un lieu où il aimait s’isoler avant chaque représentation, pour s’exercer.

Lors de ces moments de quiétude, il travaillait en quête de perfection. Or, cette fois-ci, son retranchement s’expliquait aussi par le besoin de vider son esprit.

Quelques heures plus tôt, un miracle s’était produit. Teresa, sa muse, son ange, sa douce rouge-gorge, avait osé l’aborder. Il était comblé.

Elle l'avait cueilli à sa sortie du bureau de Shahn.

Le regard du violoniste avait plongé pour la première fois dans les iris verts de la jeune femme. Aussi intimidé qu’elle, il avait détourné aussitôt ses prunelles jusqu'au sol. Où il avait découvert ses petits pieds chaussant de coquettes ballerines en velours.

— Bonjour ! Teresa Baden, s’était-elle présentée d’un ton enjoué, en lui tendant la main.

Comment aurait-elle pu s’imaginer que les présentations étaient inutiles ? Il connaissait si bien son nom, sa date de naissance, son adresse, même. Déstabilisé, incrédule, il avait balbutié en lui demandant à deux reprises de reformuler.

Elle l'avait abordé pour obtenir des conseils sur les duos flûte-violon, en vue de passer un concours.

Franz s'était demandé s'il s'agissait d'une fausse excuse ou d'un véritable intérêt. Dans tous les cas, cette annonce l'avait troublé : voulait-elle partir ? Son cerveau fonctionnant au ralenti, il fut incapable de lui fournir une réponse.

Il se désola de son attitude, supputant que Teresa l'avait certainement perçue comme de l’arrogance. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui propose d’en discuter ultérieurement.

Pendant quelques secondes qui lui semblèrent des heures, Franz réfléchit. Est-ce que son ange était en train de le draguer ? Était-elle en train de descendre de son piédestal ? De se rabaisser à la même place que les autres ? Était-ce un pauvre subterfuge de séduction ? Cela ne l'empêchait pas de la trouver magnifique. Il n’avait d’yeux que pour son visage mutin entouré de deux mèches rebelles, le reste de sa chevelure rousse attachée en queue de cheval. Quel cadre parfait pour ce visage au teint de porcelaine, illuminé par l'éclat de ses gemmes, serties par de longs cils faussement noirs !

Tandis qu’il l’admirait, songeant à une musique jamais entendue, il remarqua des petites taches de rousseur sur les joues de sa muse, et avait lutté pour contenir l’envie de les caresser. Comment aurait-il dû réagir ?

Durant une milliseconde, il hésita à l’inviter à prendre un verre après le concert. Les prunelles émeraude de Teresa possédaient une telle force que, malgré leur fuite, elles étaient capables de scruter son âme. Si une autre s’était présentée de la sorte, deux issues se seraient offertes à lui : couper court à la discussion, si elle ne suscitait pas son intérêt ; ou l’inviter à discuter autour d’un verre, dans le cas contraire, pour s’amuser. Or, pour une fois, il n’osait pas répondre. Par crainte. Il avait peur de lui-même.

— Peut-être qu’on peut en discuter plus tard ? avait-elle proposé.

— Oui... plus tard, avait-il haleté, comme s’il venait de récupérer son souffle après une longue apnée.

Ne sachant que dire d’autre, il avait fait demi-tour pour retourner dans le bureau de Shahn. Il était temps de lui reprocher l’absence des duos flûte-violon dans le répertoire.

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