Nouveau départ et petits jeux - 1 (***)

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La nouvelle vie du violoniste risquait de mettre un frein à son divertissement préféré. Professionnel, il s’interdisait tout rapprochement avec ses élèves de sexe féminin. Leur attrait s’amenuisait à mesure que leur talent se développait. Le violon marquait une sorte de barrière où le genre s’effaçait devant le génie. Cela ne l’étonnait pas de constater que sa classe contenait le plus grand nombre d’aspirants. Au moins, il pouvait se permettre de ne garder que les meilleurs.

Quant aux autres femmes papillonnant au Conservatoire, il n’aspirait qu’à les séduire, les embobiner et les humilier si elles commettaient l’imprudence de le voir comme un objet d’admiration, de le suivre comme des groupies. Elles étaient indignes de lui. Ça le démangeait de se débarrasser de toutes celles qu’il considérait comme des racoleuses.

Le départ d’Oskar Koller, l’ancien chef d’orchestre, avait été en grand partie provoqué par la mésentente entre ce dernier et le nouveau venu, comme Shahn s’y attendait. Tandis que l’un gardait ses préjugés à l’encontre de ce violoniste qu’il jugeait insupportable, Franz répondait par une totale indifférence.

D’autre part, bien qu'il se fût interdit de chasser au sein même de l'orchestre, il avait décidé de profiter des départs consécutifs à la démission de Koller et poursuivre ses petits jeux.

Pour le remplacer, le Directeur ne regrettait pas d'avoir impliqué son protégé dans la recherche de la perle rare. Albert Carring et Franz Schligg formaient une excellente équipe. Le virtuose l’avait sélectionné en raison de toutes les caractéristiques qu'ils avaient en commun : leur jeunesse, leur sensibilité, et surtout, leur déracinement. L'un, loin de son pays, l'autre devenu sans attaches, à force de parcourir le monde.

Franz avait sélectionné l’Anglais comme un enfant choisit un copain de jeu, mais certainement pas pour l’inclure à ses jeux à lui.

Ensemble, ils avaient participé au recrutement de nouveaux membres de l'orchestre.

Un beau jour, leur entente parfaite fut mise à l'épreuve par l’arrivée d’une jeune flûtiste. Dotée d’une chevelure rousse, d’un teint pâle et des yeux verts en amande, sa présence avait envoûté les deux musiciens. Elle s’appelait Teresa.

Bien qu’habitué à ce que des femmes ravissantes se prosternent à ses pieds, le violoniste fut bouleversé par sa beauté fragile, capable de l’inspirer la plus belle des sonates. Lors de son audition pour rejoindre l’orchestre, aucun des deux comparses ne l’avait réellement écoutée, fascinés qu’ils étaient par sa splendeur.

— Ton avis ? avait-il demandé lorsqu’elle fut partie.

— Je viens de tomber amoureux, avait murmuré Albert, rêveur, comme s’il s'était parlé à lui-même.

Franz était resté silencieux, mais n’en pensait pas moins. « Tu n’es pas le seul ! ». Il aurait voulu le mettre en garde, exiger qu'il ne s'en approche pas. De toute façon, il n'avait aucune chance face à lui, songeait le violoniste.

Les mois passèrent et aucun d'eux n'avait tenté la moindre approche vers Teresa. Albert s’était abstenu, par souci de professionnalisme, selon ses dires. Franz avait traduit qu'il lui abandonnait la place. Cela n’étonnait pas le violoniste, conscient de ne laisser aucune femme indifférente. Charismatique, grand et athlétique, le regard bleu acier qui se détachait de son visage finement sculpté, le violoniste n’ignorait rien de ses atouts. Au contraire, il savait en jouer.

Ainsi, en dépit de l'admiration qu'il vouait à la jeune femme, il avait continué ses petits jeux avec d’autres, attirant dans ses filets des filles sans aucun talent particulier, sans personnalité à ses yeux. Des ressources jetables, comme il disait. Tour à tour, chacune d’entre elles avait abandonné le Conservatoire sans susciter le moindre regret chez lui. Après tout, elles avaient décidé de partir de leur propre chef.

Shahn n’avait jamais fait des reproches à son protégé, mais Albert lui avait rapporté un ou deux propos qui se disaient sur le violoniste dans les couloirs. Alors, Franz avait préféré changer de terrain de chasse, soucieux que sa réputation ne le relègue d'un pur fantasme à Jack l'Éventreur. Il opta alors pour les soirées mondaines auxquelles le Directeur l'invitait sans cesse. Elles avaient le mérite de regorger de proies faciles.

Tandis qu'il s'adonnait à son divertissement, il s'éloignait de Teresa. Conscient de son image négative, il en éprouvait un sentiment de honte. Il voulait se convaincre qu'il ne méritait pas cet ange inclassable, inaccessible, presque féerique. Il l’avait placée sur un piédestal, tellement haut qu’il ne pouvait que l’admirer béatement.

Avec le temps, Albert trouva dans l'orchestre une autre rousse aux bras avenants : Liesl.

Quant à Franz, lui pensait à corser ses petits jeux. Et s’il traquait sa future proie au sein même de l’orchestre à nouveau ? Il l'avait déjà repérée, une petite brune aux yeux noisette. Lili, une jeune femme timide, talentueuse, mignonne, toujours accompagnée par Liesl, la chérie d'Albert. Violoncelliste, comme sa copine Liesl. Elle représentait un défi intéressant.

Un soir, profitant d'une fin tardive des répétitions, il se décida. Il remarqua sa cible seule, disponible. Il ne restait plus qu'à la charmer et la mettre à ses pieds.

Quelle serait sa réaction ? Le raconterait-elle à son amie ou se sentirait-elle tellement idiote qu'elle ne dirait rien ? Et si elle parlait, Liesl le raconterait à son tour à Albert ? Comment réagirait-il ? Oserait-il braver leur amitié ? Affronterait-il le protégé du Directeur ?

Rien que d'y penser, il se délectait par avance, amusé par l'éventuel chaos que cela pourrait produire.

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Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
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Jean Marchal

le neuf du 27 novembre 2017 est déjà périmé le 28 novembre, car le monde ne s'arrête pas de tourner. Emmanuel Macron est à Ouagadougou, et il est certain que Monsieur et Madame Zongo vont analyser et réanalyser tout ce que le président Français va rendre public. Mais c'est surtout en tant que membre du collectif de direction de l'Europe unie et désunie partiellement que ce que pense et communique Emmanuel Macron va être important. Je ne prends pas la place et je ne mobilise pas l'attention d'un lecteur sur le positionnement de l'ensemble de l'Afrique dans le monde, car tout cela est parfaitement indiqué et actualisé sur le site worldbank.org par des économistes du monde entier. Que chacun se pose cette question : Pourquoi le Nigeria est un pays si en avance sur ce qui est déjà en avance ? Pourquoi cela va si vite dans le domaine des cryptomonnaies en Afrique, dans un pays bien spécifique, le Nigeria ? Pour ma part, je n'ai pas la véritable réponse. Durant cette nuit où les personnes ont dormi en Europe, des fortunes ses sont amenuisées et d'autres ont augmenté encore. Des enfants ont perdu leurs maigres économies ou bien de l'argent qu'ils ont détourné de la carte de crédit de leur mère, ou de leur père. Et cela, partout où il y a des cartyes de crédits et des parents aimants et confiants. Spéculer avec de l'argent volé à ses parents, ce serait donc mal ? Ou ce serait bien? Je ne connais pas la réponse. Perdre 10 fois sa mise dans la cour de l'école, à 7 ans ou 8 ans, avec des billes, des voitures miniatures ou tout objet de valeur, est-ce bien ou est-ce mal ? Laissons à de savants moralistes de tout poil et qui ont le temps de s'étriper sur les réseaux sociaux reservés à l'univers de pédagogues ce soin. Je m'amuse à penser qu'un préadolescent Lituanien dépasse un jeune Estonien plus âgé que lui vers une conquête et une possession d'objets virtuels, que ces deux gaillards sont en compétition avec un jeune sénégalais dans un cybercafé de Dakar, et qu'ils n'émergent pas de quelques dizaines de milliers de leurs compatriotes englués en apparence, alors que la bonne question à se poser, seul un parmi 1000 se la pose, et que, de nouveau, à l'intérieur de cette population sélectionnée par l'usage qu'elle va faire de l'outil, seul de 1 pour 100 à 1 pour 1000 va s'en sortir. Cela n'est pas la compétition des Miss, mais cela y ressemble furieusement ! Et c'est bien amusant à voir. Je comprends bien sûr par ailleurs que les malheureux "laiderons" ou liassés pour compte de cette compétition bascuelent dans une forme de jalousie qui a ses raisons. Heureusement, nous progressons sur la voie d'un revenu universel, et il y a quelques débuts timides. L'essentiel reste bien de définir la meilleure façon d'affecter nos ressources humaines à la création de valeurs effectives, comme la durée de vie en bonne santé, le nombre raisonnable d'enfants pour optimiser cet objectif, et la diminution des souffrances humaines, inégalement réparties à la surface du globe. Omar Sy a-t-il la réponse tout seul ? Non, bien sûr, mais il mène son action et il est encouragé par son épouse...C'est déjà pas si mal de rendre son conjoint fier des actions communes et où le couple exprime sa solidarité.
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Serizawa Tamao
Premier jet, écriture d'une transcription presque instinctive d'images sombres inspirée par un avenir stérile.
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