Ceci n'est pas un chapitre

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*** Je fais un petit test pour sortir ce chapitre qui "coupe" l'ambiance et n'apporte pas grande chose. Pas top pour un Premier chapitre. Ceci dit, le voici en cadeau en attendant de voir ce que je fais *** Ancien Chapitre 1
















 Tokyo. Dernières heures de la « Golden week ». Ce jour-là, Franz venait d'offrir un concert dédié à la « Fête de la nature » au parc Ueno. Sa tournée devait se poursuivre avec d'autres dates dans l'archipel nippon avant son retour à Vienne, sa ville de cœur. Cela faisait en effet plusieurs semaines qu'il était parti parcourir le monde.

 « C'est ça la vie d'un virtuose ! disait son mentor, les yeux fatigués. Qu'est-ce qui te retient à Vienne ? »

 Jakob Shahn avait l'habitude d'oublier que Franz avait un père.

 Franz ne pouvait pas se plaindre de cette vie, cette liberté de voyager à travers le monde se prêtait à merveille à son jeu pervers. C'était tellement plus facile de s'adonner à son vice loin de chez lui, à l'écart de son géniteur, certain de ne plus revoir la malheureuse qu'il aurait prise comme victime.

 Accoudé au bar de l'hôtel, le violoniste en avait assez de contempler les lumières de Tokyo depuis la grande verrière du 38e étage. De temps en temps, il observait les gens dans ce véritable zoo humain où des touristes, business-men et escort-girls se pavanaient. Au milieu de la foule, il aperçut une jeune femme solitaire discrètement attablée qui attira son attention. Il fût certain qu'elle n'était pas une prostituée, sinon elle serait venue le voir. Elle paraissait attendre quelqu'un.

 Il était arrivé depuis trois jours et il avait déjà frappé une fois. Cela avait été trop facile. Elle était occidentale, culturellement cela aidait. Un simple regard, un sourire et une invitation à boire. Ensuite, ce serait à elle de prendre toutes les initiatives jusqu’au mot ou action fatidique qui lui ferait comprendre son refus. Trop vulgaire. Trop grosse. Trop maigre. Trop moche. Trop trop. Il n’avait pas besoin de dire quelque chose de blessant. Elle le saisirait toute seule « Tu t’imaginais quoi ? »

 Ce jour-là il avait envie d’un challenge plus grand. Ce ne serait pas une Occidentale, mais une Japonaise. Surtout pas une de ces prostituées qui papillonnaient au bar de l’hôtel à la recherche d’un client fortuné en fin de soirée. Il jeta son dévolu sur cette jeune femme vêtue d'une longue robe noire et d'un châle sur ses épaules qui semblait s'impatienter. Le connaissait-elle ? Avait-elle assisté à son concert ? De toute évidence, elle attendait quelqu’un. Si son chaperon arrivait, ce ne serait plus drôle.

 Il décida de passer à la vitesse supérieure. Comme un projecteur sur scène, il dirigea son regard vers sa proie, qui le remarqua et remonta son châle, tentant de fuir l'oppressante surveillance du violoniste.

« Elle va bientôt partir », se dit-il en avalant une gorgée de son cocktail. Son verre lui paraissait un peu plus amer : était-ce à cause de la fatigue de l'après-concert ou de la chasse infructueuse? Avec ce goût en bouche, il envisagea même pendant un court instant de mettre fin à son jeu et d’aller se coucher, lorsque sa proie approcha du bar et commanda quelque chose. Elle resta là à attendre, fuyant le regard du violoniste qui la guettait.

  • Je vous conseille de ne pas prendre un américano ! Ce n’est vraiment pas bon ! lui lança-t-il d’un air goguenard en anglais.

 Elle ne releva pas les yeux, mais ses joues rougirent.

  • Désolé, fit-il dans le japonais sommaire qu'il avait appris. Puis, il ajouta : ne buvez pas ça ! alors qu'il désignait son verre et accompagnait son geste d'une grimace de dégoût.

 La jeune femme ne put cacher un léger rire lorsqu'elle inclina la tête de manière révérencieuse. Elle la garda baissée pendant qu’elle replaçait son châle tout en se frottant les épaules.

  • Kampai ? poursuivit-il levant son verre avant de prendre une autre gorgée qui lui parut un peu moins âcre cette fois-ci. Puis-je vous offrir un verre ?

 La jeune nipponne leva enfin les yeux pour le gratifier d’un timide sourire interrompu par une petite toux.

 Au grand étonnement du violoniste, elle demanda une boisson chaude et lui signala sa gorge tout en réajustant son châle, comme si elle devait se justifier. Il sirota son cocktail, tandis qu'il s'interrogeait sur la méthode à suivre avec la barrière culturelle qui les séparait. Le défi était presque excitant, mais le goût de son verre l'était moins. Petit à petit, à force d'échanger des mots plus ou moins connus de tous les deux, il réussit à la charmer, à lui faire oublier son rendez-vous raté. Tel le joueur de flûte d'Hamelin, il l'attira jusque dans sa chambre.

 Il ne sut jamais ce qu'elle faisait là. Il n'eut pas besoin de l'humilier non plus. À peine allait-elle se livrer en ôtant ce châle de ses épaules qu'elle fut prise d'une violente quinte de toux droit dans son visage. Avec un sentiment de commisération pour la jeune femme, il fut convaincu qu'il avait au moins gagné son pari. Il remarqua dans ses yeux qu'elle était fiévreuse et, sans arrière pensée, lui proposa son lit pour se reposer. Comme si elle se fut réveillée du charme qui l'avait envoûtée, elle refusa, vexée et sortit en courant.

« Quelle aventure ! » se dit-il en refermant la porte, l'amertume de sa boisson plus que jamais dans sa bouche. Bien que la victime soit partie humiliée, cela ne provoqua pas l'extase recherchée. Il fut plutôt soulagé de pouvoir se reposer rapidement. Si au moins il avait su d'où venait cette fatigue, cette saveur âcre dans ses papilles.

 Cela devenait en effet plus difficile de mener cette vie.

 Couvait-il déjà ce virus ? Il préféra penser que c'était sa faute à elle s'il devait se retrouver emprisonné par une quarantaine de rigueur qui allait l'empêcher de rentrer à Vienne à temps.

© G.E. Froideval 2017

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