Salzbourg - III (**)

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Tchavo lui fit signe de garder le silence. Le jeune Tzigane dévisagea la porte par-dessus son épaule, comme s’il craignait qu’on vînt les interrompre.

— Chut ! Du calme ! J’vais tout expliquer !

L’esprit troublé, Franz s’interrogeait sur cette apparition. Rêve ou hallucination ? Son cerveau déformait-il la réalité ? En si peu de temps il avait traversé de nombreux cauchemars. De loin, celui-ci paraissait le pire. Quelques minutes plus tôt, dans la noirceur du coffre, il supputait Karl derrière tout ça. Puis, il découvrit avec étonnement que Sarah manigançait quelque chose. Finalement, il fut rassuré lorsqu’il comprit que les malfrats cherchaient uniquement à s’enrichir. À présent, toutes ces hypothèses se mélangeaient en une seule réalité sans queue ni tête.

— Mais d’abord, qu’est-c’que tu m’racontes ? Pourquoi tu m'traites d’enfoiré ? l’interrogea-t-il avec une touche d’innocence.

— C’est toi qui as trafiqué les freins ! Jakob Shahn, mon mentor, a eu un accident à cause de toi !

— Hum ? Mercedes SLK, bleu métallisé ?

Malgré l’impulsion d’adrénaline engendrée par cette découverte, le violoniste luttait contre la narcose pour l’insulter. Du moins, cela le défoulait de tout le stress accumulé.

— « Personne ne m’obligera à faire quelque chose si je n’ai pas envie », poursuivit Franz en imitant sa façon de parler. Tes actes ont failli tuer un homme !

Tchavo le contempla un moment, dubitatif, comme si son cerveau carburait à fond pour intégrer cette dernière information.

— Qui dit qu’c’moi ? le défia-t-il, même s’il ne semblait pas convaincu.

— Ne joue pas au con ! Qui d’autre ? Il te l’a demandé pour me menacer ! Tu en es fier ?

— Franchement, il aurait pu s’rendre compte qu’les freins ne marchaient pas et arrêter d’rouler...

L’entendre déblatérer des insanités avec nonchalance l’énerva davantage. D’autant plus qu’il ne pouvait plus lutter contre le sopor et se sentait couler inexorablement dans un océan agité. Mais il refusait de se laisser partir sans aucune réponse. Même s’il oubliait tout au réveil, il tentait de s’accrocher pour connaître la vérité.

— Que fais-tu là ?

— C’est c’que j’allais dire. En fait...

Ils furent subitement interrompus par des bruits en provenance de la porte. Quelqu’un essayait d’entrer. Tchavo remit la cagoule et l’ouvrit. Dépité, le violoniste poussa sa tête en arrière, commençant à se laisser bercer par le sommeil après ce bref regain de vitalité.

— Sortez !

Une voix féminine et autoritaire ordonna au jeune homme de quitter la pièce. Lorsqu’il l’entendit, Franz se redressa, incrédule. Encore une hallucination ? Quoi qu’il en soit, la voir commander l’un des malfrats ne lui disait rien qui vaille. Pire que ça, il ne souhaitait pas se retrouver dans cette position à sa merci.

— Non ! Ne me laisse pas seul avec elle ! rugit-il, s’adressant à Tchavo.

Intimidé par la fermeté de Sarah, le jeune homme n’osa pas la contredire ni la dévisager. Il resta quelques secondes, debout, interdit. Elle insista et il finit par quitter la pièce, lançant un dernier coup d’œil vers le prisonnier. Franz secouait la tête aussi frénétiquement que ses forces le permettaient.

Sans comprendre la réaction du violoniste, elle ferma la porte et s’en approcha. Paumes vers le bas, elle remuait les mains en signe d’apaisement.

— Franz ! Du calme ! Vous n’avez rien à craindre ! Je vais tout arranger, le rassura-t-elle.

— Ne me touchez pas !

Arrivée près de lui, elle déposa un doux baiser sur son front et caressa son visage. Une vague de terreur le submergea tandis qu’il luttait pour garder les paupières ouvertes. La situation était assez alambiquée comme ça.

— Vous n’auriez pas dû me suivre, poursuivit-elle en le détachant. Pourquoi avoir insisté ?

— J’aurais dû vous tuer plus tôt ! lâcha-t-il d’une voix ramollie.

Il parlait comme dans son sommeil, ne contrôlant plus rien. Ni pensées ni paroles.

— Qu’est-ce que vous racontez ? Ne dites pas de sottise, je vais tout vous expliquer, mais cela a un prix...

— J’aurais dû te tuer ! l’interrompit-il, sombrant définitivement dans un état léthargique.

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