Portrait d'un criminel - II (**)

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« C’est de ma faute ! Entièrement de ma faute ! »

Le sénateur Krotz s'était déplacé au chevet du seul survivant au massacre, victime de feue sa collaboratrice.

— Sarah ! Comment a-t-elle pu me trahir comme ça ? se lamentait-il. J’aurais dû m’en douter ! Elle m'avait posé des questions sur vous, maintenant que je réalise. Elle était obsédée depuis que vous étiez venu chez moi. Comment ne pas me sentir responsable ? C’est exactement ce que j’ai dit à la presse et à la police !

L'ex-violoniste se serait bien passé de cette visite. D'ailleurs il s’efforçait de ne pas l’écouter. Le politicien poursuivait son discours, que Franz jugeait inintéressant, se vantant de sa remontée dans les sondages, ainsi que de la levée de nouveaux fonds visant à remplacer l’argent perdu pour la rançon, les élections à venir et même la grossesse de sa femme. Des futilités qui n’intéressaient pas le musicien, qui fixait les yeux globuleux de Hans Jurgens. Son cauchemar n’était-il pas terminé ?

— Je ne pardonnerai jamais ce que Sarah a fait ! Réunir de l’argent sale pour ma campagne ! Cela aurait pu me détruire ! Mais toute cette affaire et son dénouement m’ont attiré de la sympathie et même de nouveaux sponsors. Incroyable !

— Vous m'en voyez ravi, répondit Franz avec un ton d’ennui, en même temps qu'il se creusait les méninges pour trouver un moyen de l’éloigner pour s’entretenir avec Jurgens.

Comme si le destin l’avait entendu, son vœu fut exaucé par une sonnerie. Après un « Oui, ma chérie », le politicien quitta la chambre, les laissant seuls. Les deux hommes se jaugèrent, en silence.

— Est-ce que c’est fini ? demanda Franz.

Jurgens soupira et demeura muet. L’ex-violoniste trouva soudainement qu’il avait moins l’air d’un crapaud. Sa présence le mettait mal à l’aise, mais il était curieux de connaître son rôle.

— Pour vous, oui, c'est fini, affirma Jurgens.

— Et pour vous ?

— Non.

Cette négation catégorique le laissa sur sa faim.

— Quelle est cette histoire ? l’interrogea Franz.

— Une qui ne vous regarde pas, une qu’on subit, même s'il n’est plus de ce monde…

À la manière de ponctuer ce « Il », Franz comprit qu’il faisait allusion à Karl.

— Mais il n’était qu’un pion au service d’un pouvoir au-delà de votre imagination, ajouta-t-il. Une puissance qui place des pièces sur un échiquier à plusieurs niveaux, en pariant sur le guignol parfait pour couvrir ses agissements.

— C'est Krotz le guignol ? Et Sarah, quel était son rôle ?

— Son influence sur lui n’était plus du goût de nos commanditaires. Il fallait la sacrifier. Elle a été manipulée pour que sa mort ou sa disparition soient liées à la découverte de l'argent sale. La rançon a permis de le blanchir, en quelque sorte.

— Et vous, dans tout ça ?

— Moi, je ne fais qu’obéir aux ordres. Ma vie n'est pas en jeu, mais celle de ma famille l'est. Il m’avait donné un aperçu de ce qui leur arriverait si je m'opposais.

Franz se souvint de la femme qu’il avait suivi sous les ordres de Karl, avant son départ pour Paris. L’épouse de Jurgens.

— Est-ce qu'ils vont bien ? Votre famille ? s'enquit-il, sincère.

Son interlocuteur soupira avant de répondre.

— Profitez de votre chance, Monsieur Schligg. Moi, le commanditaire me connaît, pour m’avoir placé là où je suis. Vous, je ne pense pas qu'il sache qui vous êtes. La règle numéro un s'applique à lui également. Moins on connaît la position des pions, mieux on se porte.

Cet instant fut interrompu par l’entrée d’un Krotz enthousiaste.

— Je suis papa ! C’est une fille ! Oh mon Dieu ! J’ai assisté à l’accouchement par téléphone !

— Félicitations, répondit Franz, sourire forcé, content de le voir partir.


Resté seul, l’ex-violoniste se questionna sur son devenir. Il ne resterait pas éternellement dans cet hôpital. La visite tant attendue ne viendrait jamais. Lui, il croupirait. Enfermé à nouveau. Si ce n’était pas la prison ou un asile psychiatrique, on lui trouverait une autre cage. Il avait entendu Shahn et Albert discuter. Ils envisageaient de l’envoyer dans une maison de convalescence. Comme s’il était démuni ! se désolait-il. Personne ne lui demandais son avis. Pourquoi s’entêtait-on à lui dire qu’il avait besoin d’aide pour surmonter son traumatisme ? Quel traumatisme ?


Le jour de sa sortie, Andréa se proposa de l’accompagner dans un établissement à Traunkirchen, près de son chalet. Elle était convaincue que le climat et la possibilité d’alterner avec un lieu proche et connu lui seraient bénéfiques.

Elle gardait un petit espoir de le reconquérir, même s’il avait une attitude exécrable, qu’elle avait mis sous l’effet du choc. Elle venait de découvrir sa liaison avec Lili, incrédule.

Celle qui ne jurait que par des relations charnelles, dénuées de sentiment, réalisait la portée de ses sentiments. Le reconquérir ne serait pas simple, mais elle avait voulu prendre le risque.

En venant chercher Franz dans sa chambre, elle trouva un étonnant spectacle. L’ex-violoniste n’était pas prêt. Loin de là. Il se trouvait au fond de la pièce, torse nu, la cicatrice de sa blessure s’affichait sur ses pectoraux comme un troisième téton. Il avait ôté tous ses bandages, même ceux sur sa main qu’il levait, face à lui. Un flash de lumière éclaira soudainement la pièce en même temps que le tintement d’un obturateur retentit.

Abasourdie, Andréa hésita quant à l’attitude à adopter. Franz semblait ne pas se soucier de sa présence, tandis qu’une très jeune femme, blonde et maigre, appareil photo à la main, la détaillait d’un air glacial.

— Oui ? demanda cette dernière, comme si Andréa les dérangeait.

— Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ?

— Une œuvre d’art ! s’exclama-t-il enfin, en admirant les fils de suture sur sa paume.

— Virginie, photographe, salua-t-elle sèchement.

Andréa regarda son ex-amant, perplexe. Celui-ci lui fit signe de partir. Confuse, la violoniste se retira, partie retrouver Albert ou quelqu’un qui puisse lui expliquer cette intrusion.

— C'est ton amoureuse ? s’enquit la photographe, lorsqu’ils furent laissés seuls.

— Non, répondit-il, sourire aux lèvres, s’approchant d’elle.

— Elle est folle de toi, affirma-t-elle avec sa froideur habituelle.

Un robot aurait pourtant présenté plus d’émotion. Ses yeux de givre le sondaient. Elle dirigea son index vers son thorax, puis caressa les contours de sa cicatrice.

— Tu as de la chance que je sois dans le coin.

— Non, c’est toi qui a de la chance, rectifia-t-il, toujours avec un sourire malicieux, le premier depuis une éternité.

— Oui, c’est vrai. T'as bien fait d'insister, je me demandais qui laissait ces messages étranges sur mon blog…

Il s’inclina et la surprit à vouloir trouver ses lèvres. Elle recula d’un pas, lui aussi. Son sourire avait disparu.

— J'aimerais que tu restes, la supplia-t-il.

Le regard distant de la jeune fille s’empreint d’une once d’émotion. Le même qu’il avait connu le jour de leur première rencontre.

— Je ne suis ni infirmière ni psy...

— J’ai besoin d’une amie.

Un léger sourire se dessina sur le visage de la photographe.

— J’ai un voyage de prévu. Quand tout ça aura cicatrisé, poursuivit-elle désignant la tête, viens me voir. Je ferai de toi le sujet de mon œuvre, mon inspiration. Ma muse !

À sa dernière phrase, prononcée avec un ton solennel, Franz ne put s'empêcher de s'esclaffer. Elle lui avait redonné un peu de vie.

Pourquoi devait-elle l'abandonner, elle aussi ?

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Défi
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