Paris - 39 (***)

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Le temps s’écoulait rapidement. Sous peu, il aurait moins d’aisance à conduire. Se faire arrêter pour un simple accident avec une voiture empruntée sous le permis d’un autre pouvait passer. Transporter une valise avec un cadavre martyrisé ? Non.



Katinka le reçut. L’angoisse était visible dans ses yeux bleus. Elle était habillée d’un peignoir, le visage démaquillé, sentant le parfum des produits de beauté. En la voyant, Franz compris pourquoi Karl lui avait confié la tâche de la séduire. Ni son appel nocturne ni sa visite ne suscitèrent la méfiance chez sa future victime. Au contraire, sa voix, son regard, ses gestes dégageaient cette préoccupation que seule une mère peut afficher vis-à-vis de sa progéniture, surtout lorsqu’elle pressent le danger.

Pas le moment de se lamenter, de regretter, ni de s’interroger. Il avait un travail à accomplir. Après, il reprendrait un ou deux cachets supplémentaires pour dormir et tenter d’oublier tout cela.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? s’enquit-elle.

Il tenta de la rassurer avec un sourire charmeur, l’enlaça doucement par les épaules et proposa de se préparer un verre lui-même, pour ne pas l’importuner. Elle acquiesça, tournant en rond dans son salon, confuse.

— Que t’a-t-il dit ? insista-t-elle. Pourquoi n’est-il pas parti hier ?

— C’est curieux, je le connaissais sans savoir qu’il était votre fils, déclara Franz derrière le bar, pic à glace à la main.

— Donc il est toujours à Paris ? Pourquoi vous a-t-il laissé son téléphone ?

Katinka ressemblait à un fauve en cage, tandis que le violoniste écrasait en poussière quelques cachets dans sa boisson.

— Christian a dû régler une affaire en urgence et n’avait personne d’autre vers qui se tourner. Il a préféré se fier à quelqu’un qui vous connaît, affirma-t-il.

— Quoi ?

Elle s’affala sur le canapé, abasourdie. Elle déblatéra sur les problèmes de son fils, ses dettes, ses mauvaises fréquentations, son propre échec en tant que mère. Pas assez présente, pas assez à l’écoute, trop occupée à vivre sa vie, à profiter de sa jeunesse qui lui échappait. Franz ne l’écoutait pas. S’il l’avait entendue, ces lamentations l’auraient agacé. Comme si l’absence d’une maman était l’unique explication viable à l’évolution défavorable d’un enfant…

Assez parlé ! Il devait l’amener à accepter la boisson, autrement lui-même ne serait plus en mesure d’exécuter sa tâche.

— Christian est victime d’un chantage, affirma-t-il, l’air grave. On l’oblige à faire des choses pour payer ses dettes.

Ébahie, elle attrapa sa tête entre les mains, et balbutia des mots inintelligibles. Franz s’approcha d’elle, un verre de Campari dissimulé dans le dos.

— Il faut alerter la police ! sanglota-t-elle.

Ses yeux recherchaient le regard du violoniste comme une issue de secours.

— Justement, on l’a menacé de s’attaquer à vous. Il m’a demandé de vous mettre en sécurité, conclut-il, en caressant ses cheveux. Prenez, ça va vous calmer.

Consternée, elle accepta sans réfléchir et avala le liquide d’une traite. Katinka savoura l’arrière-goût qu’elle gardait dans ses lèvres. Campari. Elle fut touchée qu’il s’en soit souvenu. Elle en avait bu la veille, quand tout allait mieux. La dame l’observa attentivement, se releva et effleura le front de son visiteur.

— Vous êtes blessé ! Et lui ? Lui est-il arrivé quelque chose ?

Franz la dévisagea, tentant de la charmer avec le peu de moyens dont il disposait, pour l’amener à oublier sa question. Il l’enlaça et consulta sa montre. Dans combien de temps les pilules écrasées mélangées à de l’alcool feraient-elles effet ?

— Il faut partir, préparez-vous.

Elle s’éclipsa nerveusement dans sa chambre et il en profita pour monter sur le pont à la recherche du treuil. Il activa un bouton vert et l’ancre commença à remonter. Le bateau tangua, lui donnant une légère sensation nauséeuse.

Il revint à l’intérieur du salon, où Katinka l’attendait, habillée, s’appuyant sur une chaise, comme si elle avait failli perdre l’équilibre.

— Où étiez-vous passé ? demanda-t-elle.

— Je prenais l’air.

Elle se tint la tête, prise d’un vertige, et porta ses doigts à sa bouche, un goût étrange sur ses papilles.

— Le bateau bouge ? Je ne me sens pas très bien.

Il la serra dans ses bras. Lui aussi éprouvait une légère sensation de malaise, celle d’être aspiré par un tourbillon.

— Oui, ça remue. Partons.

Le violoniste lui donna la main pour l’aider à remonter sur le pont, où elle s’appuya maladroitement à la passerelle, victime à nouveau d’un étourdissement. Franz soupira, exaspéré : l’attente lui paraissait interminable. Il aurait souhaité qu’elle se soit endormie, qu’elle ne souffre pas.

Il chassa toute pensée de son esprit en même temps qu’il la poussait dans l’eau. Puis, il vérifia autour de lui. Personne. Un plongeon et des éclaboussements brisèrent le calme apparent, accompagnant le bref combat de sa victime contre la noyade, qu’il ignora. Pas le temps. Pas le moment. Il se lamenterait plus tard.

Il remonta sur le pont, attrapa une corde pour attacher l’ancre à la valise laissée sur le quai. Le treuil accomplirait le reste pour l’immerger, et si possible l’abandonner dans les profondeurs. Quand on la retrouverait, si cela arrivait, il serait loin. Du moins, il l’espérait.

Le dégoût envahit son être et son âme. Il avait hâte de prendre deux cachets supplémentaires, croyant qu’ils l’aideraient à oublier. Mais il n’avait pas encore terminé et éprouvait de plus en plus de difficultés à tenir debout.

Nettoyer. Déposer le véhicule. Se débarrasser de la carte dans un caniveau. Respirer, enfin.

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Défi
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