Paris - 38 (**)

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« Tuez-moi ! Tuez-moi ! » se répétait le violoniste, sans pouvoir cracher ces mots. Il marchait à côté de Karl, tête baissée, sans croiser personne. Ils se dirigèrent jusqu’au parking souterrain.

Devant une berline allemande, l’assassin l’invita à prendre le volant, lui rappelant les règles, ce qu’il risquait s’il jouait au con. Pour Franz, l’unique issue possible était que la foudre l’abatte. Il réalisait qu’il était déjà mort d’une lente agonie. Quoi qu’il fasse, il s’enfoncerait davantage, comme dans du sable mouvant. Les moments de normalité apparente qu’il avait pu vivre, avaient fini par lui faire oublier qu’il était condamné. Qu’il s’était condamné.

— Où allons-nous ? Pourquoi avez-vous besoin de moi ?

L’assassin ne répondit pas, s’installa sur le siège passager et lui intima de mettre la ceinture de sécurité, son arme toujours pointée sur lui. Karl saisit une destination dans le GPS. Franz comprit qu’il devait le conduire jusque là. Il posa ses mains nerveuses sur le volant et démarra. La voiture avançait et freinait brusquement.

— Vous le faites exprès ? maugréa Karl, agacé par sa façon de conduire. Dois-je vous rappeler que si vous échouez, si vous tentez quelque chose contre moi, si vous alertez la police ou si vous mettez fin à vos jours, d’autres paieront ? Je pense à la petite souris et à votre mentor.

Franz pila à nouveau, avant d’atteindre la sortie du parking. La voix tremblante, au bord des larmes, il demanda :

— Pourquoi me torturez-vous ? Qu’est-ce que je vous ai fait pour que vous me pourrissiez la vie ?

— La question serait plutôt : qu’avez-vous fait, vous, pour vous la pourrir vous-même ? Vous vous êtes mis sur ma route. J’ai cru pouvoir arriver à un arrangement équitable avec vous. Une occasion en or ! Continuer à vous livrer à vos petits jeux pervers, sans avoir peur des conséquences. Non, vous avez préféré jouer au con, à vous faire prier comme ce soir au concert.

— Assez !

— Vous n’avez pas tué qu’une fois, vous avez recommencé. Que cherchiez-vous ? Le plaisir ? Reprenez ce plaisir. C’est simple.

Les yeux du violoniste s’embuèrent de larmes, qu’il tentait de chasser sans succès.

— Ça n’a rien de personnel. Que vous le vouliez ou pas, je compte sur vous pour le travail de ce soir. J’ai des contrat à exécuter, et vous allez m’aider, ponctua Karl tandis que son arme tambourinait sur la boîte à gants.

Un nœud remontait de l’estomac de Franz jusqu’à étrangler sa gorge, l’empêchant de poser la question qui le taraudait : devait-il tuer une femme ?

À plusieurs reprises, le violoniste lorgna le pistolet lorsqu’il consultait l’écran de la navigation par satellite. L’espace d’une seconde, il se demanda si, aidé d’un coup de frein, il serait capable de le lui arracher des mains, puis de l’utiliser contre lui. Était-ce aussi simple que dans les films ? Il considéra cette option, mais conclut que si sa tentative échouait – ce qui risquait d’arriver – il le payerait cher.

Il n’en eut pas l’occasion. Is atteignirent leur destination et il se gara sur une avenue qui jouxtait une voie ferrée. Les battements de son cœur s’accéléraient dans sa poitrine ; il se demandait quel genre d’aide fournir. « Encore une femme à séduire » voulait-il se convaincre, pour se rassurer. En descendant du véhicule, Karl lui ordonna de sortir du coffre une grosse valise de studio. Vide. N’étant pas photographes, ceci n’augurait rien de bon.

L’assassin lui demanda d’avancer jusqu’à l’entrée d’un immeuble moderne. Ils montèrent jusqu’au dernier étage, où un couloir menait vers l’unique porte. Karl lui tendit un trousseau. Instinctivement, Franz prit le mouchoir en tissu de son costume pour les attraper.

Son cœur battait à la limite de l’implosion tandis qu’il tentait de trouver la bonne clé. Finalement, il ouvrit la porte. L’obscurité de l’appartement ne dévoilait rien, mais des bruits inquiétants ajoutés à ceux de ses propres palpitations augmentèrent son degré d’anxiété. L’assassin referma derrière lui et éclaira un immense loft au design contemporain. À leurs pieds, une bâche en plastique protégeait le parquet. La mâchoire du violoniste se crispa d’horreur lorsqu’il découvrit au sol le corps d’un homme saucissonné avec du ruban adhésif, la tête dans un sac en tissu noir. Tel un serpent, il remuait du peu qu’il pouvait, en gémissant.

— Comme promis, je suis revenu, annonça l’assassin d’un ton glacial.

Karl ponctua sa phrase d’un coup de pied dans le torse de la victime, qui se tordit de douleur, tandis que Franz observait, pétrifié. Un nœud à la gorge l’empêchait d’émettre le moindre son. L’horreur l’envahissait au fur et à mesure qu’il comprenait l’objet de sa présence. D’autant plus qu’il s’imaginait finir comme ce pauvre type.

— Monsieur Schligg, je vous présente Chuck, on va l’appeler comme ça, annonça Karl.

L’assassin enleva le sac pour découvrir le visage meurtri et bâillonné d’un jeune homme.

— Je vais faire les présentations, poursuivit-il, en soulevant la victime par les cheveux. Lui, c’est un grand violoniste, il s’occupera de vous. Une première !

L’individu tremblait alors qu’il remuait la tête négativement. L’assassin le relâcha et le frappa à nouveau.

Franz fixait les yeux du supplicié et y lut le désespoir face à la violence, le renvoyant aux photos des suppliciés qu’il avait vues à New York chez Virginie. Ses iris portaient une maigre étincelle de vie, suffisante pour implorer que l’on ait pitié, que l’on abrège ses souffrances. Il avait les yeux d’un homme conscient de sa mort imminente. Un regard qui le hanterait le restant de ses jours.

— Puisque vous aimez les explications, Monsieur Schligg, continua Karl d’un ton pédagogue, vous allez être servi : Chuck est un contrat. Il a commis un certain nombre de conneries…

Le violoniste ne l’entendait plus, un acouphène vint l’épargner du discours ; surtout de la respiration haletante et des geignements du condamné. Une partie de son être l’abandonna. Il ne tenait pas à connaître les détails, mais il continuait à contempler la victime, qui, elle, écoutait les paroles de l’assassin. Il vit ses globes oculaires s’embuer de larmes et son corps s’agita davantage, comme un poisson se débat hors de l’eau.

Au bout d’un moment, Franz secoua la tête dans l’espoir que ce geste évacue le bourdonnement. Puis, il examina sa Némésis, tentant vainement de lire dans son expression.

— Avez-vous compris ? conclut l’assassin.

Le violoniste le fixa, yeux écarquillés, mêlés de surprise, interrogation et effroi. Karl souleva à nouveau les cheveux blonds du jeune homme et pivota sa tête en direction du musicien.

— Être tué des mains d’un virtuose, quel privilège ! Ensuite, il s’occupera de votre chère petite maman…

Avant que l’assassin ne finisse sa phrase, le sol se déroba définitivement sous les pieds de Franz.

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Défi
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