Paris - 37 (*)

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Derrière sa froideur, Karl se délectait de deviner la peur que le violoniste tentait de dissimuler sous un air de défiance. Face au visage qui hantait ses cauchemars, Franz ne sut comment réagir. Il finit par lever le menton, sans baisser les yeux, prêt à exiger les raisons de sa présence. Mais il fut distrait par la voix de son mentor resté au salon.

— Huber ? demanda Shahn en s’approchant, intrigué par cette visite inopinée.

Un sourire se dessina aux coins des lèvres de Karl. Franz fut soudain inquiet pour la vie du vieil homme.

— C’est un chauffeur… il va me conduire à l’aéroport, répondit lentement Franz, lorgnant la réaction de son interlocuteur.

Karl haussa les sourcils.

— Depuis quand un chauffeur monte-t-il à l’étage ? Tu aurais pu me demander, insista Shahn. Alors, Franz se tourna vers lui et le prit dans ses bras dans une brève, mais chaleureuse accolade.

— Au revoir, Jakob, susurra-t-il.

Le violoniste invita Karl à rentrer et poussa son père spirituel dehors. Shahn, décontenancé, jeta un dernier regard inquiet vers son disciple avant que la porte ne se referme.

— Quels adieux émouvants ! lança ironiquement l’assassin. Donc, vous partez ce soir ? C’est une manie chez vous d’avancer vos départs ? le questionna-t-il, nonchalant.

Franz ne répondit rien. Exaspéré, il bascula la tête en arrière, puis vers l’avant. Il n’osait pas imaginer ce qui l’attendait.

— Je ne peux pas m’en prendre à cette femme, murmura-t-il, le regard tourné vers le bas.

— Pourquoi ? interrogea l’assassin, concentré sur l’écran du smartphone tiré de sa poche.

— Elle a un enfant…

— Justement, à cause de vous, il va falloir passer par son gosse pour obtenir quelque chose, répondit-il sèchement, tandis qu’il pianotait un message.

Franz n’ajouta plus rien alors qu’il sentait son monde s’effriter. Il avait mentionné le gosse, sans imaginer que l’on puisse s’attaquer à un enfant.

— Que voulez-vous à cette femme ? l’interrogea-t-il, sans obtenir d’autre réponse qu’un nouveau haussement de sourcils. C’est l’épouse de Jurgens, il travaille pour vous, pourquoi s’en prendre à sa famille ?

— Bravo ! Vous me surprendrez toujours ! s’exclama Karl avec son sourire maléfique.

Son hôte non désiré continuait à tapoter un message. Franz trouvait ce silence assez long, ignorant l’objet de sa visite ; même s’il avait envisagé les pires hypothèses.

— Pourquoi êtes-vous là ? demanda-t-il finalement. Allez-vous me tuer ?

— À votre avis ? Est-ce mérité ? remarqua-t-il, glacial. Il s’agissait d’une petite tâche, poursuivit-il, le ton de sa voix adouci. Heureusement que je ne comptais pas que sur vous. Non, je sais que vous préférez un autre type de travail. Finalement, votre départ tombe à pic. Cette fois, vous avez intérêt à assurer, j’y veillerai.

— Et si je n’ai pas envie ? osa le défier Franz.

Karl s’esclaffa.

— Cela justifierait les adieux émouvants avec votre mentor, avança-t-il, le sourire pernicieux. Voyons, il ne va pas mourir. N’était-il pas un grand virtuose ? Puisqu’il ne joue plus, a-t-il toujours besoin de ses bras ?

— Vous bluffez…

— Oui, vous m’avez eu. Je pencherai plutôt pour achever le travail concernant votre petite amie. Bien sûr, je ne m’en prends pas aux femmes, mais un pion sur place n’y verrait pas d’inconvénient. Si vous avez la chance de la revoir, dites-lui que les roses sur le pas de sa porte viennent de vous. Il ne faudrait pas qu’elle se fasse des illusions sur un admirateur inexistant.

Franz n’ajouta plus rien, acculé. Quelle autre issue possible ? Il était trop tard pour se livrer à la police. S’il l’avait fait dès le début, il n’aurait pas eu à passer ces moments. Mais le voulait-il ? En était-il capable ? Trop tard pour le vérifier.

— Qu’attendez-vous de moi ? se résigna-t-il.

— Préparez-vous, nous partons. Habillez-vous classe. Avec un peu de chance, vous arriverez à temps pour assister à une soirée. Pitié, rasez-vous !

À l’aéroport, le violoniste espérait se dépêtrer de sa Némésis. Mais lorsque ce dernier le suivit jusqu’à l’enregistrement, il comprit qu’il serait du voyage.

Dans l’avion, Franz eut une pensée rassurante : en cas d’accident, il serait délivré de sa dette, de ses angoisses. Le monde serait libéré de Karl, tant pis pour les passagers. Il n’éprouvait pas l’anxiété du vol tant une seule question le tracassait :

— Qu’avez-vous fait à cette femme et son enfant ?

Sans répondre, Karl le fixa de son air impassible, posa des écouteurs sur ses oreilles et s’étendit aisément sur le siège, un livre à la main. L’ignorant, il plongea dans sa lecture.

Le violoniste s’adonna alors à la seule activité susceptible de le calmer : la musique. Il refusa l’offre de service à bord et installa ses partitions sur la tablette. Il mit un doux fond sonore pour l’aider à faire le silence dans son esprit et s’évader, guidé par les notes de sa symphonie. Tellement de possibilités de l’étoffer ! Il écrivit dans son cahier de compositions, oubliant pour quelques minutes qu’il se trouvait piégé. Au bout d’un moment, il finit par ressentir le poids du regard scrutateur de son voisin de siège. Agacé, il posa son crayon et se redressa pour constater qu’il était bien surveillé.

— Ce serait dommage que vous veniez à mourir, j’aime beaucoup votre musique, lança Karl sèchement.

— Moi ou un autre, vous seriez incapable de faire la différence, cracha Franz, méprisant.

— Si vous le dites…

Ils n’eurent plus aucun échange pendant le reste du vol. L’inquiétude envahissait le violoniste à mesure que l’avion entamait sa descente, il priait pour un crash qui ne se produisit pas. À leur arrivée, Karl l’invita à le suivre, lui assurant qu’il récupérerait ses bagages à l’hôtel.

— Plaza Athénée, vous avez des goûts de luxe ! ironisa-t-il

Franz ne dit rien et le suivit, tête baissée, jusqu’au parking de locations. Dans le véhicule, il essaya à nouveau d’obtenir des réponses.

— Qu’avez-vous fait à cette femme et son enfant ?

— Si son sort vous intéresse tant, vous n’aviez qu’à la rencontrer.

Après un long silence, Franz tenta une nouvelle approche, il n’avait plus rien à perdre.

— Et ce Tchavo ? Je croyais que vous vouliez vous en débarrasser.

— Vous mettez le nez dans des choses qui ne vous regardent pas. Au fait, je vous remercie de m’avoir mené jusqu’à lui. Involontairement, bien sûr. Je n’ai eu qu’à vous interroger lors de votre petite virée à l’hôpital…

— Pourquoi ?

— Vous, qui êtes un voyou, vous devriez avoir deviné la raison : un rat en attire d’autres. Je n’étais pas sûr qu’il saurait se taire, vous avez confirmé mes soupçons. Maintenant, je vous conseille d’arrêter avec vos questions, vous aurez besoin de votre joli minois, ne m’obligez pas à l’abîmer.

Franz se tut. De nouvelles interrogations l’assaillirent. Où se rendaient-ils ? Qu’attendait-il de lui ? Le véhicule s’arrêta sur un chemin de gravillons, devant un luxueux pavillon blanc style Second Empire, en plein milieu d’un écrin de verdure. Un voiturier s’approcha pour ouvrir la portière.

— C’est ici, annonça Karl.

— Et que dois-je faire ?

— Vous familiariser avec votre cible.

— Avez-vous une photo ?

— Inutile, vous la connaissez.

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