En quête de liberté - 36 (**)

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Tout le bienfait apporté par les caresses de Sarah partit en fumée. Sa fatigue disparut elle aussi, laissant place à une atroce migraine. Il passa la soirée à chercher sur Internet comment se délivrer. Malgré le pull et les charnières qui ne lui autorisaient que peu de marge, il réussit à trouver des tutoriels avec des méthodes pour ôter plusieurs types de menottes. Par contre, l’outillage préconisé consistait la plupart du temps en une épingle à cheveux, comme s’il en avait ! Il essaya avec un trombone, mais ses mouvements étaient tellement restreints que toute tentative de se libérer fut impossible. Il laissa tomber et s’étendit pour dormir un peu.

À son réveil, une nouvelle idée vint assombrir son esprit : sa cible. Comment ferait-il ? Pire encore, qu’allait faire Sarah ? Il consulta son horloge : huit heures. Peut-être que ce n’était pas si tôt que ça pour appeler la seule personne qui pourrait l’aider.

Un Albert contrarié le regardait avec une pointe d’exaspération. Il s’était précipité chez Franz, après que son ami eut évoqué au téléphone un très gros souci. Le Chef d’orchestre le découvrit torse nu, avec un pull qui dissimulait une paire d’impressionnantes menottes ; il se demanda comment il avait pu se retrouver dans cette situation. Franz le pria de l’aider à remettre le col roulé, puis d’essayer de le libérer avec le trombone. Alors qu’il s’exécutait, le violoniste perçut en lui un arôme, mélange de réglisse, de muguet et de jasmin qui lui rappelait sa muse.

— Ça ne marche pas avec un trombone. Soit tu commandes sur Internet une clé universelle, soit il faudrait que tu ailles voir la police.

— Albert, réfléchis ! Je ne vais pas me pointer comme ça dans un commissariat et je n’ai pas le temps d’attendre.

Finalement, l’Anglais le convainquit de solliciter directement l’inspecteur Neumann, présumant qu’il saurait rester discret. Lorsque celui-ci reçut l’appel, il crut d’abord à une blague et faillit l’adresser à ses confrères, mais Albert insista.

L’affaire Liesl était pratiquement close, par conséquent, le policier semblait ne plus avoir intérêt à s’y consacrer. En dépit de ses propres suspicions, sans preuves et sans le soutien de sa hiérarchie, l’investigation s’était arrêtée à l’évidence : le gardien de l’immeuble de Franz apparaissait comme le coupable idéal. Pour Neumann, dès sa première rencontre avec le violoniste, il avait l’impression qu’il ne disait pas tout ce qu’il savait.

— Heureusement que nous avons ce modèle, annonça le policier en le délivrant. Menottes à charnière et double verrouillage, c’est ce qu’on utilise pour des prisonniers dangereux, non pas pour des jeux érotiques.

— Merci, gratifia platement Franz, le regard au sol, se massant les poignets.

— Ça s’est passé quand ?

— Hier, répondit le violoniste après un vaste moment d’hésitation.

— Vous n’auriez pas dû attendre si longtemps, ça aurait pu être préjudiciable. Souhaitez-vous porter plainte ?

— Bien sûr que non !

— Privation de la liberté, c’est un délit, le savez-vous ? La charmante personne qui vous a fait ça devrait le savoir. Connaissez-vous son nom ?

— Non.

Les deux le fixèrent, ébahis.

— Vous vous laissez menotter par une parfaite inconnue ? s’enquit Neumann.

Franz ne répondit pas et haussa les épaules. Albert le dévisagea, dépité.

— En parlant de clés, avez-vous réussi à trouver la vôtre ? Celle qui donne accès au sous-sol ? lança l’inspecteur, l’air de rien.

Le violoniste le regarda étonné, sans comprendre où il voulait en venir.

— Cela paraît mince comme piste, ajouta-t-il, mais nos équipes ont trouvé une clé cassée qui bloquait la serrure de la porte, alors que le corps n’était plus dans la chaudière. Étrange que le gardien ait fait ça, non ?

Instinctivement, le violoniste se frotta les poignets, comme s’il craignait de devoir porter des menottes à nouveau. Albert l’examinait, s’attendant à une réponse de sa part.

— Voulez-vous m’aider à la chercher ? proposa Franz d’un air innocent.

— J’ai déjà perdu assez de temps ce matin, tâchez de la retrouver au cas où la veuve réussirait à relancer l’enquête. Même si cet indice n’apporte rien, ce serait trop simple d’identifier ceux qui n’ont pas la clé, n’est-ce pas ?

— Êtes-vous en train de me dire quelque chose ? demanda Franz, les yeux ronds.

— Non, je réfléchissais à voix haute, répondit l’inspecteur, avec une pointe d’humour. Vous êtes deux dans cet immeuble à l’avoir égarée, mais le gardien en avait d’autres copies dans sa loge. Il aurait pu utiliser l’une d’entre elles. Bref, tâchez de ne pas vous créer encore des problèmes.

Lorsque les deux musiciens restèrent seuls, le violoniste remarqua l’expression d’Albert : quelque chose le tracassait. Pendant un instant, Franz imagina qu’il évoquerait Liesl. D’emblée, il émit un souffle d’agacement.

— L’inspecteur a raison, Franz ! s’aventura-t-il. Qu’est-ce qui te prend ? Je croyais que tu avais une fiancée.

Le violoniste fut plutôt surpris d’entendre qu’Albert s’inquiétait vraiment pour lui ; même s’il dut faire preuve d’un effort mental incommensurable pour éviter de l’envoyer balader. Le fait qu’il évoque Lili déclencha des sensations dans son bas ventre, lui rappelant son parfum.

— Comment va Teresa ? lança-t-il.

— Bien, répondit l’Anglais sèchement.

Pour une fois, Albert fut peu bavard la concernant. Il arborait le même sourire rêveur que le jour où avaient auditionnée la flûtiste pour la première fois, deux ans plus tôt. Franz comprit qu’ils étaient ensemble. Étonnamment, il n’éprouva pas de jalousie à cette idée. Au contraire, il fut rassuré de la savoir dans de bonnes mains.

Une seule chose le rendait amer : il ne connaîtrait jamais ce bonheur avec Lili.

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