En quête de liberté - 35 (**)

5 minutes de lecture

À Paris, Lili profitait d’une pause pour se promener autour du quartier de la Maison de la radio, où elle répétait dans sa nouvelle formation. Tout se conjuguait pour son plaisir de découverte : la distance, un pays différent, une langue qu’elle comprenait à peine. Une expérience plaisante. À retenter dans le futur, tel qu’elle l’avait souhaité depuis sa plus tendre enfance. Partir. Loin de tout. Loin de tous.

Les premiers jours, elle téléphonait à sa mère quotidiennement. Puis les appels s’espacèrent et se raccourcirent. Pourtant, elle avait tant de choses à raconter ! Comme la sensation d’être libre, de respirer tranquillement, d’admirer les merveilles qui l’entouraient.

Ce fut pour elle un vrai soulagement de fuir Vienne et toutes ces histoires scabreuses.

Dès son arrivée à la Ville Lumière, elle sut que son violoniste viendrait. Elle le découvrit lorsqu’elle consulta le programme, s’étonnant qu’il ne lui en ait pas parlé. Ce sentiment ne dura que quelques minutes, connaissant l’oiseau. Possiblement un oubli ou voulait-il lui faire la surprise ? À quoi bon s’en soucier ? En fait, elle n’avait pratiquement pas pensé à lui, tellement cette nouvelle aventure l’absorbait. Malgré la météo, elle se délectait de marcher ou de prendre un vélo pour longer la Seine depuis le quartier de Passy jusqu’au Marais, où elle louait une minuscule chambre, rue du Petit Musc.

Le soir de son premier concert, elle reçut, ébahie, un magnifique bouquet de roses rouges faisant d’elle le centre des attentions. Ses consœurs de l’orchestre furent curieuses d’apprendre d’où venaient ces ravissantes fleurs. Pudique, Lili s’empressa de retirer l’étiquette pour décourager les éventuels fouineurs.

Les mots y imprimés paraissaient si froids. S’ils avaient été écrits à la main, leur sens aurait été tout autre. Cette courte phrase venait de lui et méritait plus d’émotion.

Son violoniste se trouvait loin et pourtant, elle le sentait si proche ; surtout lorsqu’elle se promenait à l’île aux Cygnes et s’attardait devant la réplique à échelle de la Statue de la Liberté.

Elle songeait à lui – sans savoir que lui aussi pensait à elle… dans les bras d’une autre.

Puis, un matin, Lili fut étonnée de retrouver une rose rouge sur son paillasson. Cette fois, aucun message ne l’accompagnait. Elle fut intriguée, puisque l’arrivée de Franz était prévue dans quelques jours. Rêveuse, elle se demanda si elle avait un éventuel soupirant. Cela lui semblait tout à fait improbable que le violoniste se soit débrouillé pour lui faire cette surprise. Le geste la toucha, tout de même. Tout cela lui donnait envie de le voir, lui parler, du moins lui écrire quelque chose en retour.



À Vienne, celui qui absorbait les pensées de Lili réfléchissait à la démarche à suivre. Il se demandait s’il pourrait se sacrifier en refusant d’accomplir sa tâche. Cela condamnerait quelqu’un de son entourage.

Une question le taraudait depuis sa rencontre avec Karl. Machinalement, il sortit ce fichu téléphone portable de sa poche et s’en servit pour obtenir un renseignement, la petite carte avec l’adresse parisienne en main. La réponse de l’assistante de Shahn fut déterminante dans son choix. Somme toute, il ferait bien un peu de repérage.

Dans l’enveloppe, il trouva une fiche avec des lieux et des horaires. D’après ceux-ci, il avait une chance de croiser sa cible à quelques rues de là. Dans une école, à la sortie de classes.

Il se rendit à l’adresse indiquée et resta à l’écart. Le ventre noué au point de vouloir rendre tripes et boyaux, il observait les parents chercher leur progéniture. Il se détestait par avance, si d’aventure la proie s’avérait une innocente mère de famille.

Finalement, il la vit arriver.

Au milieu de cette cohue, il aurait été incapable de la reconnaître ; hormis par le ridicule chapeau en tricot vert olive et rouge qu’elle portait, identique à celui de la photo. Son visage souriait davantage, surtout après avoir récupéré son enfant. Il les suivit à distance, à quelques mètres, jusqu’à ce qu’ils entrent dans un immeuble situé près de la place de l’église Sankt Ulrich.

Franz s’apprêtait à vérifier si cette adresse était également marquée sur la fiche, lorsqu’il sentit une tape à l’épaule. En se retournant, un poing vint s’échouer dans son nez, qu’il prit aussitôt entre ses mains, comme si par ce geste il pouvait empêcher qu’il se casse à nouveau.

— Ça, c’est pour m’avoir balancé !

Devant lui se tenait un jeune Tzigane. Son visage donna au violoniste l’étrange sensation d’avoir rêvé récemment de lui.

— Tchavo ? tenta Franz, surpris.

Le violoniste examinait ses paumes, constatant qu’il n’y avait pas de sang.

— Oui, Ducon ! répondit-il d’un sourire presque malicieux. Allez, ça va, j’ai pas cogné fort !

— Pourquoi m’as-tu frappé ? Qu’est-ce que tu fais là ?

Confus, Franz le criblait de questions tandis qu’il tapotait son nez, persuadé que du sang devait se répandre quelque part.

— C’est une longue histoire ! J’ai faim, y a un café à côté.



Comme s’il sortait d’un cauchemar pour plonger dans un autre, Franz écoutait l’insouciant jeune homme bafouiller entre deux bouchées de sandwich. Tchavo lui parlait de faits qu’il était censé connaître, mais dont il ne gardait pas le moindre souvenir. Depuis sa confrontation avec Karl, il avait la sensation de subir un véritable trou de mémoire.

— Franchement, j’vais gober ça ? T’as tout oublié ? Faut que j’raconte tout du début ? lança Tchavo, incrédule.

— Non, de la fin, plutôt, le pria-t-il, s’attendant au pire.

— Bah, je travaille pour lui !

Le Tzigane répondit d’un ton nonchalant, puis se goinfra d’une poignée de frites dégoulinantes de ketchup.

— Quoi ? s’exclama Franz.

— Bah, d’toute façon il m’a trouvé. À cause de toi, d’ailleurs. Mais il n’est pas si méchant que ça ! Il m’a même acheté un chien !

« Il est taré », se disait Franz en reposant sa tête sur ses mains, sans croire ce qu’il écoutait. Il fut un temps, dont il ne gardait aucun souvenir, où il avait eu l’espoir de compter sur un allié pour se délivrer de ses problèmes. Or, il réalisait qu’il avait lui-même conduit dans la gueule du loup.

— Tu ne travailles pas pour lui, il te manipule, affirma le violoniste. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?

— Il me laisse tranquille et me paye en plus.

— Il te paye ? En échange de quoi ?

— Des p’tits trucs…

— Et si moi je te paye pour m’aider à nous débarrasser de lui ?

— Pas envie.

— Quel âge as-tu ? Tu crois que tout ça n’est qu’un jeu ? tempêta Franz.

— Y m’a dit que t’étais un assassin, fustigea Tchavo. T’as tué des femmes ! Alors, franchement, tu ne vaux pas plus que lui. Va faire la morale à quelqu’un d’autre.

Franz le contempla, circonspect, comme s’il venait de lui asséner un nouveau coup de poing avec ses paroles. Lui n’échapperait pas à ses problèmes, mais il ne pouvait laisser l’inconscient jeune homme tomber dans la même horreur.

— Tu te retrouveras forcé de commettre des choses atroces, toi aussi ! l’avertit le virtuose.

— Moi, personne ne m’obligera à faire quelqu’chose si j’veux pas, affirma-t-il reprenant quasiment les mêmes paroles et avec l’assurance de Virginie.

« Plus facile à dire qu’à faire » se dit Franz, exaspéré.

— Puis, si ça chauffe, ajouta Tchavo, moi je sais disparaître. En tout cas, tout ça, c’de ta faute. En plus, j’étais inquiet, j’ai eu la trouille de ma vie ! Enfin, quand j’ai su que t’avais cafté, je me suis fait ta bagnole.

— Tu as volé ma voiture ?

— Démontée, plutôt. Mais j’ai attendu trois jours, quand même !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 12 versions.

Recommandations

Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
1
2
1
2
Jean Marchal

le neuf du 27 novembre 2017 est déjà périmé le 28 novembre, car le monde ne s'arrête pas de tourner. Emmanuel Macron est à Ouagadougou, et il est certain que Monsieur et Madame Zongo vont analyser et réanalyser tout ce que le président Français va rendre public. Mais c'est surtout en tant que membre du collectif de direction de l'Europe unie et désunie partiellement que ce que pense et communique Emmanuel Macron va être important. Je ne prends pas la place et je ne mobilise pas l'attention d'un lecteur sur le positionnement de l'ensemble de l'Afrique dans le monde, car tout cela est parfaitement indiqué et actualisé sur le site worldbank.org par des économistes du monde entier. Que chacun se pose cette question : Pourquoi le Nigeria est un pays si en avance sur ce qui est déjà en avance ? Pourquoi cela va si vite dans le domaine des cryptomonnaies en Afrique, dans un pays bien spécifique, le Nigeria ? Pour ma part, je n'ai pas la véritable réponse. Durant cette nuit où les personnes ont dormi en Europe, des fortunes ses sont amenuisées et d'autres ont augmenté encore. Des enfants ont perdu leurs maigres économies ou bien de l'argent qu'ils ont détourné de la carte de crédit de leur mère, ou de leur père. Et cela, partout où il y a des cartyes de crédits et des parents aimants et confiants. Spéculer avec de l'argent volé à ses parents, ce serait donc mal ? Ou ce serait bien? Je ne connais pas la réponse. Perdre 10 fois sa mise dans la cour de l'école, à 7 ans ou 8 ans, avec des billes, des voitures miniatures ou tout objet de valeur, est-ce bien ou est-ce mal ? Laissons à de savants moralistes de tout poil et qui ont le temps de s'étriper sur les réseaux sociaux reservés à l'univers de pédagogues ce soin. Je m'amuse à penser qu'un préadolescent Lituanien dépasse un jeune Estonien plus âgé que lui vers une conquête et une possession d'objets virtuels, que ces deux gaillards sont en compétition avec un jeune sénégalais dans un cybercafé de Dakar, et qu'ils n'émergent pas de quelques dizaines de milliers de leurs compatriotes englués en apparence, alors que la bonne question à se poser, seul un parmi 1000 se la pose, et que, de nouveau, à l'intérieur de cette population sélectionnée par l'usage qu'elle va faire de l'outil, seul de 1 pour 100 à 1 pour 1000 va s'en sortir. Cela n'est pas la compétition des Miss, mais cela y ressemble furieusement ! Et c'est bien amusant à voir. Je comprends bien sûr par ailleurs que les malheureux "laiderons" ou liassés pour compte de cette compétition bascuelent dans une forme de jalousie qui a ses raisons. Heureusement, nous progressons sur la voie d'un revenu universel, et il y a quelques débuts timides. L'essentiel reste bien de définir la meilleure façon d'affecter nos ressources humaines à la création de valeurs effectives, comme la durée de vie en bonne santé, le nombre raisonnable d'enfants pour optimiser cet objectif, et la diminution des souffrances humaines, inégalement réparties à la surface du globe. Omar Sy a-t-il la réponse tout seul ? Non, bien sûr, mais il mène son action et il est encouragé par son épouse...C'est déjà pas si mal de rendre son conjoint fier des actions communes et où le couple exprime sa solidarité.
0
1
0
2
Serizawa Tamao
Premier jet, écriture d'une transcription presque instinctive d'images sombres inspirée par un avenir stérile.
0
2
0
1

Vous aimez lire Gigi Fro ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0