En quête de liberté - 35 (*)

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Cette nouvelle confession le délesta d’un fardeau de plus en plus lourd à porter. Bien qu’un regard extérieur lui soit salutaire, l’admiration malsaine de la photographe le troublait. Cependant, elle ne chercha à aucun moment à obtenir des détails supplémentaires et il s’obstina à ne livrer que le strict minimum. Il était persuadé que l’esprit tordu et visionnaire de la jeune fille rassemblerait les morceaux manquants.

Son cerveau commençait à s’imprégner de cette seule certitude : il ne trouverait pas de solution. Alors, que faire ? Les mots de Virginie hantaient sa raison : personne ne m’obligera à faire quelque chose si je n’ai pas envie. Pourrait-il tenir tête à Karl ? Avec quelles représailles ? Devait-il entraîner d’autres innocents dans son propre sacrifice ?

Ces idées le torturèrent tout au long du vol de retour. Il appréhendait qu’à son arrivée ce maudit téléphone se mette à sonner. Il était si bien en Amérique ! Ce voyage lui avait donné l’intime conviction qu’il serait en sécurité au loin. À New York. En y réfléchissant, il n’aurait jamais dû s’affoler lorsqu’il y avait rencontré Krotz.

Puis, il se souvint de Teresa et de Lili, de leur respective agression. Comment se débrouiller sans porter préjudice à d’autres dans sa fuite ou dans sa chute ?

Quelque part en lui, il tenait à maintenir cette petite étincelle allumée par Lili. Elle méritait d’être heureuse. Surtout, elle méritait de vivre, en sécurité.

Dans quelques jours, il la reverrait, contraint d’assurer des représentations à Paris. La distance ne l’avait pas empêché de suivre ses débuts et de lui envoyer un discret bouquet de roses pour son premier concert.



Comme il s’y attendait, le malheur s’abattit sur lui dès son arrivée. Presque par réflexe, il se surprit à consulter ce maudit téléphone, à l’instar des autres passagers qui, l’avion à peine atterri, se jetaient sur leur portable.

Un SMS. Certain qu’il ne s’agirait pas d’un mot de bienvenue, il n’osa pas l’ouvrir. Il aurait aimé le supprimer. Mieux encore, il aurait voulu balancer ce téléphone et advienne que pourra. Vivre sa vie. Laquelle ?

Ces trois dernières semaines lui avaient rappelé pour quoi il avait voulu arrêter les tournées. La fatigue et la solitude. Il en avait déjà assez des tournées et en toucherait un mot à son mentor pour alléger son agenda.

Il prit un taxi pour rentrer. Dehors, les décorations de Noël tentaient vainement d’égayer le paysage, exacerbant sa mélancolie. Comme si la fin de l’année signifiait sa propre fin.

S’il devait commettre un nouveau meurtre, ce serait le dernier. Sauf si la police lui mettait le grappin dessus. Soit il sombrerait dans la folie. Ou les deux à la fois. De toute façon, s’il n’accomplissait pas sa tâche, Karl l’éliminerait. Quelle que soit la configuration, son avenir s’annonçait sombre.

Enfin arrivé chez lui, il eut le courage de lire le message. Juste à temps. Il venait d’apprendre qu’il disposait d’une heure pour se trouver au point de rendez-vous.



La grand-place devant la Rathaus, l’imposant Hôtel de ville de style néogothique, fourmillait des visiteurs du marché de Noël. Encore une bonne idée ! pensa-t-il ironiquement en se rendant sur le lieu de rencontre, dans les jardins arrière.

Il y attendit, tournant en rond et finit par s’asseoir sur un banc, tenté par une cigarette. Pas de celles qu’il fumait autrefois.

— Vous avez l’air fatigué ! Vous devriez vous reposer, lança Karl en s’installant soudainement à ses côtés.

— Quand ? maugréa-t-il.

— Bientôt, si vous accomplissez votre travail. Voici la cible, dit-il en lui tendant une photographie.

Le violoniste la prit en soupirant et examina avec tristesse la jeune femme. Vraisemblablement, le cliché avait été pris à son insu. L’angle était mal choisi et elle paraissait tellement ordinaire qu’il lui serait impossible de la reconnaître. En même temps, il n’en avait aucune envie. Les mots de Virginie vinrent percuter son crâne, l’instigant à refuser. Or, il ne put émettre un « Non », et encore moins un « va te faire foutre ».

— Que dois-je faire ? se surprit-il à demander.

— La séduire…

Voilà qu’il pouvait continuer à respirer. L’assassin lui tendit une enveloppe.

— Tout est dedans.

Franz la tapota et l’ouvrit, intrigué par une légère protubérance. À l’intérieur : une fiche de renseignements, une carte servant de clé de chambre d’un hôtel et une fiole minuscule contenant un liquide transparent.

— Et ça ?

— Un facilitateur, pour le verser dans sa boisson.

— Je n’ai pas besoin de ça pour la séduire !

— Vous vous croyez irrésistible ? ricana-t-il. Elle sera difficile, je vous l’assure, conclut-il en se levant.

— Je ne vais pas la violer ! s’exclama Franz à haute voix, s’attirant les regards étonnés des passants.

— Vous préférez la tuer ? chuchota calmement l’assassin.

Un sourire diabolique se dessinait sur sa bouche.

— Repérez-la aujourd’hui, vous finirez le travail demain, conclut-il.

« Personne ne m’obligera à faire quelque chose si je n’ai pas envie » ; les paroles de Virginie résonnèrent à nouveau dans la boîte crânienne du violoniste comme un chœur d’opéra.

— Et après ? soupira-t-il, incapable de vomir ces mots de refus.

— Après, vous reprenez votre petite vie. Vous repartez à Paris, c’est bien cela ? Tenez, dit-il en lui tendant une carte. Rendez-vous à cet endroit dès votre arrivée.

Le violoniste tournicotait ce minuscule bout de bristol entre ses doigts, noyé au milieu d’un océan d’incertitude, là où ses pensées périclitaient. Il perdait le contrôle de sa vie.

— Est-ce que j’aurai un travail là-bas ? demanda-t-il d’un air résigné.

Il n’obtint pas de réponse, Karl était déjà loin. Franz plia l’enveloppe et la mit dans sa poche avec la petite carte. Une idée vint le hanter soudainement : s’il l’avait prévu, s’il s’était procuré une arme, aurait-il pu le tuer ? Il serait emprisonné certainement. Mais, après tout, ne rendrait-il pas service à la société en la débarrassant de lui ?

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Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
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Jean Marchal

le neuf du 27 novembre 2017 est déjà périmé le 28 novembre, car le monde ne s'arrête pas de tourner. Emmanuel Macron est à Ouagadougou, et il est certain que Monsieur et Madame Zongo vont analyser et réanalyser tout ce que le président Français va rendre public. Mais c'est surtout en tant que membre du collectif de direction de l'Europe unie et désunie partiellement que ce que pense et communique Emmanuel Macron va être important. Je ne prends pas la place et je ne mobilise pas l'attention d'un lecteur sur le positionnement de l'ensemble de l'Afrique dans le monde, car tout cela est parfaitement indiqué et actualisé sur le site worldbank.org par des économistes du monde entier. Que chacun se pose cette question : Pourquoi le Nigeria est un pays si en avance sur ce qui est déjà en avance ? Pourquoi cela va si vite dans le domaine des cryptomonnaies en Afrique, dans un pays bien spécifique, le Nigeria ? Pour ma part, je n'ai pas la véritable réponse. Durant cette nuit où les personnes ont dormi en Europe, des fortunes ses sont amenuisées et d'autres ont augmenté encore. Des enfants ont perdu leurs maigres économies ou bien de l'argent qu'ils ont détourné de la carte de crédit de leur mère, ou de leur père. Et cela, partout où il y a des cartyes de crédits et des parents aimants et confiants. Spéculer avec de l'argent volé à ses parents, ce serait donc mal ? Ou ce serait bien? Je ne connais pas la réponse. Perdre 10 fois sa mise dans la cour de l'école, à 7 ans ou 8 ans, avec des billes, des voitures miniatures ou tout objet de valeur, est-ce bien ou est-ce mal ? Laissons à de savants moralistes de tout poil et qui ont le temps de s'étriper sur les réseaux sociaux reservés à l'univers de pédagogues ce soin. Je m'amuse à penser qu'un préadolescent Lituanien dépasse un jeune Estonien plus âgé que lui vers une conquête et une possession d'objets virtuels, que ces deux gaillards sont en compétition avec un jeune sénégalais dans un cybercafé de Dakar, et qu'ils n'émergent pas de quelques dizaines de milliers de leurs compatriotes englués en apparence, alors que la bonne question à se poser, seul un parmi 1000 se la pose, et que, de nouveau, à l'intérieur de cette population sélectionnée par l'usage qu'elle va faire de l'outil, seul de 1 pour 100 à 1 pour 1000 va s'en sortir. Cela n'est pas la compétition des Miss, mais cela y ressemble furieusement ! Et c'est bien amusant à voir. Je comprends bien sûr par ailleurs que les malheureux "laiderons" ou liassés pour compte de cette compétition bascuelent dans une forme de jalousie qui a ses raisons. Heureusement, nous progressons sur la voie d'un revenu universel, et il y a quelques débuts timides. L'essentiel reste bien de définir la meilleure façon d'affecter nos ressources humaines à la création de valeurs effectives, comme la durée de vie en bonne santé, le nombre raisonnable d'enfants pour optimiser cet objectif, et la diminution des souffrances humaines, inégalement réparties à la surface du globe. Omar Sy a-t-il la réponse tout seul ? Non, bien sûr, mais il mène son action et il est encouragé par son épouse...C'est déjà pas si mal de rendre son conjoint fier des actions communes et où le couple exprime sa solidarité.
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