Comme un papillon dans une toile d'araignée - 33 (*)

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Le soir de sa première présentation à Paris, Lili reçut une composition d’une centaine de roses rouges. Ce cadeau surprise suscita la curiosité, peut-être la jalousie, parmi ses pairs. La réponse à ses interrogations ne se fit pas attendre. Elle découvrit son violoniste en chair et en os, fier d’elle, ravi de la voir. Le moment idéal pour lui avouer ses sentiments profonds avant de lui planter un baiser.

Leur passion les conduisit dans la chambre d’un hôtel luxueux, où elle lui offrit un autre type de spectacle tout aussi délicieux : un effeuillage d’une sensualité inconnue jusque-là. Lentement, langoureusement, elle enlevait cette sage robe sombre et trop longue. Elle se dévoila dans une sublime guêpière en dentelle noire, comme si elle savait qu’il viendrait ce jour-là.

Franz savourait le numéro, assis sur le lit, il brûlait de la posséder. Elle s’approcha de lui et déchira sa chemise sauvagement. Elle posa son pied délicat sur la jambe de son amant et l’invita à la dévêtir totalement. Il s’exécuta en faisant glisser doucement ses bas, tandis qu’il parcourait de sa langue sa cuisse, son genou, ses mollets jusqu’à ses orteils. Elle lui reprit le bout de soie, changea de pied et le lui offrit. Pendant qu’il s’affairait, elle prit ses poignets et les entoura avec le bas en soie, terminant par un nœud solide. Cela ne l’empêcha pas de la couvrir de caresses, de baisers. Elle l’aida à ôter le reste de ses vêtements et monta sur lui, pour fixer les liens aux barreaux du lit.

Soudain, leur étreinte devint plus brutale. Elle l’embrassait férocement, mordillait et tirait sur ses lèvres. La folie envahit son regard lorsqu’elle prit dans ses mains un archet en laiton, qu’elle s’apprêtait à plonger dans son cœur. Subitement, Lili disparut derrière un défilé de visages de femmes, toutes différentes. Chacune à leur tour frappait et enfonçait l’archet dans sa chair. Ces coups ne le blessaient nullement, au contraire, ils décuplaient son plaisir avec une intensité savoureuse.

Toutes les femmes de sa vie participèrent à cette orgie meurtrière : celles qu’il avait humiliées, celles qui l’humilièrent. Même ce lointain souvenir d’Irina, sans oublier Teresa. Elle s’attardait sur lui, en se badigeonnant les joues de son sang, telle une guerrière.

L’esprit et les sens du violoniste s’embrumèrent, comme si une toile d’araignée voilait ses yeux, ses oreilles et sa bouche.

« C’est quoi ce truc ? », murmura Franz, émergeant mollement de l’hallucination.

Peu à peu, il reprenait conscience, le cerveau ramolli. Il avait l’impression d’émerger d’un trou noir, ou d’un trou blanc. La couleur du néant. Un peu comme si le bouton pause eut été pressé en même temps que l’avance rapide.

Pour aggraver la situation, une nausée soudaine s’empara de son corps, à tel point qu’il ne tenta pas de se relever, sentant que le moindre mouvement le ferait vomir. Il regarda alentour. Malgré le voile cotonneux cernant sa vue, il crut reconnaître les lieux. Il se trouvait chez lui, dans son salon, sur son canapé. Que faisait-il là ?

À côté de lui, une présence l’observait, assise dans un fauteuil. Un mélange de haine et d’horreur envahit soudainement les pensées du violoniste. Il avait beau fouiller dans sa mémoire, ses souvenirs lui paraissaient confus. Flous. Quelques bribes d’images désordonnées. Lili. L’aéroport. Le luthier. Neumann. Puis, le néant.

— Qu’est-ce qui se passe ? marmonna Franz, remarquant ses bras et ses jambes immobilisés.

— Bonsoir, Monsieur Schligg, salua Karl. Êtes-vous à votre aise ? Je vous aurais mis dans votre lit, mais votre chambre est un sacré bordel !

Le violoniste plissa les paupières, espérant par ce geste atterrir rapidement, doucement, afin d’étouffer la sensation de vertige qui l’envahissait. Il essaya de se calmer par une respiration profonde. Un brin apaisé, il fut convaincu qu’il ne mourrait pas. Autrement, il ne se serait pas réveillé. Dommage, il aurait aimé poursuivre ce savoureux cauchemar.

— Que faites-vous là ? Que m’avez-vous fait ? demanda-t-il.

— Nous avons eu une petite conversation. Je vous ai donné quelque chose pour faciliter le dialogue. En revanche, les effets secondaires ne sont pas agréables. Je vous ai immobilisé pour votre sécurité, le réveil peut s’avérer brutal, parfois.

— Que m’avez-vous fait ? insista Franz, intrigué. Quelle conversation ? Pourquoi je ne m’en rappelle pas ?

Puis, un doute l’assaillit.

— Est-ce que j’ai tué quelqu’un ?

Karl sourit.

— Non. Pas encore. Mais ne vous attendez pas à ce que je sois toujours là pour intervenir. Maintenant que vous êtes un professionnel, vous pouvez réaliser le travail seul, n’est-ce pas ?

Franz ferma les yeux encore une fois, la sensation de haut-le-cœur s’intensifiait. Un professionnel ? Lui ? Seul ? Il préférait retourner définitivement à son cauchemar.

— Tenez, j’ai un cadeau pour vous ! annonça l’assassin, posant un téléphone portable sur le ventre du violoniste. Gardez-le près de vous, chargé.

— Je ne veux pas de ces trucs ! bougonna-t-il, se remuant pour le faire tomber.

— Pourtant, il faut que je puisse vous contacter. Vous tenez à poursuivre votre magnifique carrière. Je ne vais pas consulter toutes les programmations de spectacles du monde entier pour vous retrouver. Vous préférez les pigeons voyageurs ?

— Je refuse d’utiliser ces machins, c’est tout !

— Vous allez y arriver, n’est-ce pas ? En parlant de téléphone, vous n’écoutez jamais vos messages ? Ce cher Monsieur Krotz vous a invité gentiment à dîner chez lui. D’ailleurs j’ai cru comprendre qu’il insistait, faute de réponse. Ce n’est pas très poli de votre part.

— Lâchez-moi ! grommela-t-il.

Le captif releva la tête pour découvrir ce qui le retenait. Des sangles, comme celles utilisées dans les hôpitaux pour entraver les patients. Elles maintenaient ses chevilles, ses poignets étaient harnachés à son flanc.

— Vous aviez aussi une kyrielle d’appels de votre mentor, poursuivit Karl comme s’il ne l’avait pas entendu. Vous feriez bien de le contacter demain.

— J’aurais aimé les consulter moi-même, mes messages…

— Dommage ! Ils ont été supprimés. J’ai dû faire une mauvaise manipulation.

— Lâchez-moi !

— C’est vraiment regrettable, car il y en a deux que vous auriez aimé écouter. J’ai pris note, ne vous inquiétez pas ! Une certaine Lili est bien arrivée à Paris. Intéressant ! Vous croyez qu’elle sera en sécurité là-bas ?

— Ne la touchez pas !

— Bien sûr que non, je ne le ferai jamais ! J’évite de tuer des femmes. Je vous l’ai déjà dit.

— Vous avez tenté de l’agresser !

— Indirectement, peut-être, mais c’était de votre faute. De plus, vous m’avez fait perdre un voyou qui m’était bien utile. Enfin, j’en trouverai bien un autre. Quant à vous, prenez ce portable pour éviter ce genre de situation. Votre Lili est loin, mais votre amie Andréa est de retour. D’après son message, elle brûle d’envie de vous revoir.

Franz le fixa d’un regard rempli de haine. S’il avait pu, il lui aurait craché ou vomi au visage.

— La peur disparaît. C’est positif, ajouta Karl, taciturne. Vous avez du potentiel. Je préférerais vous voir comme un pair, plutôt qu’un simple pion. À vous de décider.

— Décider quoi ?

— D’obéir aux ordres et d’arrêter de chercher les ennuis.

— Je les ai cherchés quand, ces ennuis ?

Le violoniste formula à voix haute une question qui s’adressait à lui-même. Par sa position, il réalisa qu’il avait dû aller à leur rencontre.

— Et maintenant ? s’enquit l’otage.

— Maintenant, vous allez faire dodo, répondit l’assassin d’un ton glacial et patibulaire, donnant un air sinistre à ce mot.

Karl s’approcha de lui, une seringue à la main. Ahuri, Franz détourna la tête, comme s’il voulait l’enfouir dans le dossier du canapé. Il avait horreur des aiguilles. L’assassin sembla amusé par cette réaction, puis il remonta sa manche et injecta le liquide en même temps qu’il donnait ses dernières consignes :

— Demain vous accepterez l’invitation de ce cher Monsieur Krotz. Considérez cela comme un ordre. Au fait, vous aurez une sacrée gueule de bois !

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Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
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Jean Marchal

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