Teresa - 26 (*)

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Lorsque Franz se réveilla, son odorat fut attiré par l’arôme du café. Il se trouvait allongé sur un canapé, dans un lieu inconnu avec le vague souvenir d’avoir reçu un coup de massue. Il supposa un malaise provoqué par la fatigue, le stress et l’angoisse du cauchemar qu’il vivait depuis son retour à Vienne. Quand il se releva et observa autour de lui, l’endroit lui parut familier.

— Ah ! Salut ! J’ai préparé du café, l’accueillit Albert avec une tasse à la main.

— Qu’est-ce que je fais là ? s’enquit-il, honteux de sa dernière phrase.

— Tu n’étais pas en forme hier. D’ailleurs, moi non plus.

— Où est Agnès ?

— Qui ça ? demanda son hôte, mi-outré, mi-interloqué. Je ne sais pas ce que tu avais en tête Franz, mais les plans à trois ne sont pas ma tasse de thé.

Ils se regardèrent un instant. L’invité se redressa, et scruta autour de lui à la recherche de ses affaires. Quand il eut distingué l’étui de violon, son manteau et ses chaussures, il prit les devants :

— Excuse-moi, j’ai dit beaucoup de conneries hier soir.

Albert acquiesça, il se rappelait avoir mentionné des choses regrettables lui aussi. Il aurait aimé développer le sujet, avoir une réelle discussion, mais le violoniste se releva, bien décidé à partir. Soudain, le timbre sonna.

— Qui est-ce ? chuchota Franz.

L’Anglais le dévisagea, aussi intrigué que lui. Il posa sa tasse et s’achemina vers la porte, tandis qu’il fouillait dans ses souvenirs. À mi-chemin, il se retourna vers son hôte et répondit, tout sourire :

— Ah, oui ! J’avais oublié ! J’avais proposé à Neumann de passer ce matin.

Franz le regarda ahuri, les yeux écarquillés.

— Shahn n’aime pas le voir traîner dans le Conservatoire, susurra-t-il sur le ton de la confidence. Je veux suivre l’avancement de l’enquête sur Liesl.

Le violoniste ressentit un autre coup de masse s’abattre sur lui. Au moins, à présent il avait la force de l’affronter. Albert ouvrit la porte et l’inspecteur entra.

— Monsieur Schligg ! Vous ici ? s’étonna-t-il. Je vous croyais à New York.

— Je suis rentré hier.

— Parfait ! Une convocation vous attend chez vous, vous savez ? C’est la procédure, je vous rassure.

— Je ne suis pas inquiet, répondit-il en serrant les dents. Puisque c’est la procédure, je vous dirai ce que je vous ai déjà dit.

— Bien sûr, mais là, il s’agit d’avoir une déclaration formelle pour déterminer l’emploi du temps de Mademoiselle Kruse, et le vôtre d’ailleurs. Par exemple, confirmer que samedi, votre fiancée, Mademoiselle Bylen était bien avec vous, et non Mademoiselle Kruse… lâcha l’enquêteur d’un air désinvolte.

— Qui ? demanda le Chef d’orchestre. Lili ? Ta fiancée ? Toi, engagé ?

— Surprise, Albert ! répondit le violoniste d’un ton ironique, avec pour seule envie de disparaître de cette scène absurde.

— Je croyais que tu sortais avec Andréa Steinger !

L’inspecteur ne put cacher un sourire narquois face à ce déballage et changea de sujet.

— Souhaitez-vous connaître les avancements dans l’enquête, Monsieur Schligg ?

— Bien sûr, mais là, je n’ai pas le temps, je dois partir.

— Monsieur Carring vous a parlé d’une autre disparition signalée au Conservatoire ? poursuivit l’officier.

Le virtuose faillit se désigner lui-même coupable. Un « et vous pensez que c’est encore de ma faute ? » resta coincé au fond de sa gorge. Mais cette fois, il préféra la fermer pour ne pas s’enfoncer davantage. Inconsciemment, Albert vint à son secours.

— Il est arrivé hier, on n’a pas eu l’occasion d’en discuter. Nous avons veillé sur notre amie.

— Oh oui, pauvre Mademoiselle Baden. C’est curieux ! Deux jeunes femmes de votre orchestre agressées le même jour et dans des circonstances similaires. Mademoiselle Bylen a eu plus de chance. En tout cas plus que son assaillant, mort presque par hasard. Vous êtes au courant pour votre fiancée, Monsieur Schligg ?

— Oui, bien sûr, répondit Franz.

L’Anglais parut interloqué. Neumann poursuivit :

— Et vous veillez sur Mademoiselle Baden ? Pourquoi pas ? Bon, Monsieur Carring, je voulais vous montrer ce qu’on a retrouvé dans la chaudière de l’immeuble de Monsieur Schligg : une des bagues de Mademoiselle Kruse. Une seule ! Alors qu’elle en avait plein, d’après les témoignages. Aucune trace des autres.

— Et qu’est-ce que cela signifie ? demanda Franz.

— Seulement des suppositions, Monsieur Schligg. Peut-être qu’elle était déjà morte au moment de l’accident. La police scientifique a entamé des analyses pour voir s’il y a des traces d’un corps brûlé dans la chaudière. Elle est assez grande pour…

Quand l’inspecteur mentionna ces éléments, le violoniste se sentit défaillir et se laissa tomber sur le canapé. Neumann le remarqua et le regarda attentivement tout comme son ami.

— Probablement le corps n’arrivait pas à se consumer ou le meurtrier a été surpris et a décidé de se débarrasser autrement des restes, poursuivit-il. Voilà pourquoi la police se doit d’établir l’emploi du temps de tous ceux ayant été en contact avec Mademoiselle Kruse. Monsieur Schligg, vous allez bien ?

— Comment voulez-vous que j’aille ?

Albert le fixait, se remémorant les mots crachés par son ami lors de sa crise. « Je l’ai tuée ».

— Vous comprenez pourquoi il est primordial de savoir avec précision quand vous avez vu Mademoiselle Kruse pour la dernière fois.

— Parce que vous pensez que j’ai quelque chose à voir dans cette histoire ? s’exclama Franz d’un air faussement indigné. Vous ne croyez pas que c’est déjà assez effrayant que ça se passe chez moi ?

— Justement ! intervint son ami. Vous avez fait quoi exactement ? Quand est-elle partie ?

Neumann le considéra comme celui qui regarde le feu éclater sans pouvoir l’éteindre. Avant qu’il songe à intervenir pour calmer les esprits, le violoniste s’emporta.

— Tu veux savoir ce qu’on a fait, Albert ? Nous avons fait l’amour comme des bêtes, non-stop. Elle était insatiable – Franz s’inspira d’Andréa pour décrire ce mensonge –, ça s’arrête et ça recommence. Et moi, franchement quand je prends mon pied, je perds la notion du temps. Alors, tu crois que nous allions penser à nos divers engagements de la journée ou de la semaine ? Je ne sais pas quand elle est partie, mais nous avons passé un moment d’enfer !

— Hé ben ! souffla Neumann

Albert ferma ses deux poings au point de les sentir s’ankyloser. Poussé par la même haine que la veille. Si l’inspecteur n’avait pas été là, il se serait jeté sur lui et lui aurait fait regretter ses paroles.

— Dégage ! Sors d’ici ! lança-t-il, furieux.

— Parfait ! J’allais partir ! Merci pour tout !

Franz prit ses affaires, salua Neumann d’un geste et quitta l’appartement, bien décidé à remplir son engagement. Il ne lui restait plus beaucoup de temps.

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Défi
Tifenn Mha
Je crois que je n'ai jamais autant galéré pour répondre à un défi. J'avais plein d'idée mais finalement aucune ne me convenait alors j'avoue ne pas avoir fait dans l’originalité, désolée. J'espère, tout de même, que ce petit texte sera plaisant à lire !
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Jean Marchal

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