Teresa - 25

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Albert patientait dans le couloir. Dévasté, il veillait Teresa depuis deux jours. Depuis cet « accident ». Une bousculade dans le métro. Une mauvaise chute. Une tragédie anodine.

Malgré le coma dans laquelle sa belle était plongée, le médecin se voulait rassurant. Pour l’Anglais, une malédiction s’acharnait contre lui. Après le drame de Liesl, au tour de sa muse d’être frappée par ces aléas de la vie. Pourquoi maintenant, qu’ils s’étaient rapprochés ?

Les parents de la jeune femme se trouvaient là également pour lui rendre visite. Ils affrontaient la situation avec dignité et résignation, plutôt confiants. Leur attitude l’apaisait. Bien que la mère ne souhaitât pas se séparer de sa fille, elle acceptait de laisser le Chef d’orchestre une petite heure avec elle. Il profitait de ce privilège pour lui faire écouter un peu de musique douce et lire de la poésie. Keats, son auteur préféré.

Il patientait en feuilletant son vieil exemplaire d’« Ode à un rossignol ». Tandis qu’il cherchait quel extrait réciter, il découvrit Franz devant lui. La mine hagarde et l’air perdu. Comme un mort vivant. « Mais, que fabrique-t-il ? » se demanda-t-il, fou de jalousie.

— Franz ! Je te croyais à New York ! s’exclama-t-il en se relevant. Que fais-tu ici ?

Comme s’il évoluait dans une autre dimension, le violoniste ne semblait pas l’avoir remarqué. Il le dévisagea à peine, l’esprit ailleurs. L’Anglais s’apprêtait à insister lorsque la porte de la chambre s’ouvrit. La famille de la flûtiste.

— Franz Schligg ! Teresa m’a énormément parlé de vous ! s’exclama la mère en venant le saluer. Elle sera contente de savoir que vous êtes là ! Entrez ! Ne soyez pas timide !

Albert se conforma aux souhaits des parents de sa bien-aimée et laissa sa place à son ami. Ce dernier ne semblait pas avoir compris l’invitation et demeura debout. Le Chef d’orchestre se leva et proposa de l’accompagner.

— Elle va s’en sortir, le réconforta l’Anglais.

Franz resta muet devant elle. Albert ne dit rien non plus et se maintint à ses côtés ; comme si inconsciemment, il cherchait à la protéger contre ce visiteur.

La jeune infirmière débarqua pour des contrôles de routine. Lorsque elle les vit, elle sourit. Surtout à Franz. Lui, il n’eut pas le temps de réagir, troublé par ses pensées.

Franz examinait, abasourdi, tout ce qui entourait sa muse : les appareils, les tuyaux, la perfusion. Un simple défaut, une coupure de courant, un surdosage pourrait lui être fatal. Elle était si vulnérable. Et lui, face à un dilemme.

En moins de vingt-quatre heures, une femme devait mourir. Sa muse ou la victime qu’il aurait lui-même désignée. Voilà l’épreuve qu’il devait accomplir. Un meurtre gratuit. Non commandité. Uniquement pour le tourmenter. Pour le tester. Pour le punir. En guise de suggestion, Karl lui avait proposé d’éliminer la jeune infirmière qui lui avait donné une cigarette. Pour Franz, elle ou une autre, cela ne représentait aucune différence. Il ne voulait pas le faire. Il y était obligé.

Comment procéder ? Attendrait-il la fin de son service pour la charmer, l’attirer dans son filet ? Cela lui paraissait simple, elle semblait intéressée. Malgré tout, il devinait son échec. Il ne se sentait plus apte. Pas dans son assiette, incapable de séduire quiconque, encore moins de commettre un meurtre. Comment pourrait-il le faire ? Avec quoi ? Et puis, comment se débarrasser du corps ?

Dans son esprit, il envisageait plusieurs scénarios. Impossible de la ramener à son repaire à Grinzing, puisqu’il n’avait même pas de voiture. D’ailleurs, il ne savait pas où il se trouvait à Vienne. Il se sentait si désorienté et fatigué par le voyage, par Karl… et maintenant par cette tâche.

Peut-être que sa victime connaissait un bar dans le coin, avec des toilettes glauques où il exécuterait le travail. Puis, il abandonnerait le corps jusqu’à ce qu’il soit découvert. Comment s’y prendre ? Aucune idée. Au pire, ses mains. Il n’osait pas imaginer l’étrangler à mains nues. Soudain, il pensa au sachet des cordes de violon. Aurait-il assez de prise ? Il cogitait à tel point qu’il se sentait vidé, comme si la cigarette avait rempli son crâne de fumée.

— Franz, veux-tu qu’on parle ? demanda l’Anglais au bout de quelques minutes de contemplation silencieuse.

— Lâche-moi, Albert !

Le violoniste quitta la chambre, salua timidement les parents de la jeune femme, puis s’engagea dans le couloir et disparut de leur vue.

En attendant l’heure, il élaborait des stratagèmes. Il songea à l’empoisonnement ; au moins, il ne se salirait pas les mains et cela passerait inaperçu. La mort arriverait-elle tardivement ? Mais, avec quoi ? En fait, il n’avait pas d’idée. Il se trouvait dans un hôpital… avec une pharmacie équipée de tout le nécessaire pour tuer quelqu’un. S’il connaissait les dosages, ce serait beaucoup mieux. Peut-être qu’il pourrait obtenir cette aide de l’infirmière ? se demanda-t-il, naïvement.

À la fin, il se décida à guetter sa sortie. Ils se retrouvèrent à l’extérieur, sa future victime le reconnut grâce à son étui de violon.

— Salut ! Je m’appelle Agnès.

— Franz Schligg.

Il s’efforçait de sourire, de la séduire par le regard comme il en avait le secret. Pourtant, il ne se sentait pas capable. Elle proposa d’aller dans un bar pas loin. Il acquiesça, persuadé que ce n’était pas le meilleur endroit pour commettre un meurtre. Qu’à cela ne tienne, il patienterait et trouverait une ruelle sombre pour perpétrer son forfait. Entre temps, il devait sauver les apparences et évoquer son chagrin ; même s’il n’avait aucune envie de parler, encore moins d’écouter ses conseils. Sa tête ne supportait plus le bruit.

La jeune femme l’emmena dans un agréable lounge-bar, salua amicalement l’homme derrière le comptoir, puis se commanda un soda. Franz opta pour du vodka et exigea la bouteille. Ils s’installèrent dans un coin discret, qui ne le resta pas longtemps.

— Tu n’es qu’un sale hypocrite ! éclata une voix derrière eux.

Le violoniste se retourna, sans en croire ses yeux. Pourquoi Albert avait-il choisi cet endroit pour noyer son chagrin dans l’alcool ? Un témoin ! « Encore lui ! » se lamenta Franz. Puisque le Chef d’orchestre l’avait vu avec sa future victime, tous ses plans tombaient à l’eau. Sauf si…

Sauf s’il le tuait, lui aussi ?

— Comment peux-tu rendre visite à Teresa avec ta tête de chien battu et puis draguer une…

L’Anglais dévisagea Agnès et reconnut, ébahi, l’infirmière de sa bien-aimée.

— Je vous rassure, Monsieur, il ne me drague pas, intervint Agnès avec un sourire avenant. Vous vous connaissez tous les deux, je pense que vous avez des choses à vous dire.

— Je n’ai rien à lui dire, signifia Franz après avoir bu son verre.

— Tu n’as rien à me dire ? insista Albert, visiblement éméché. Que fais-tu là ? Tu es venu de New York rien que pour elle ?

— Lâche-moi, Albert.

Le Chef d’orchestre s’adressa à la jeune femme : « Méfiez-vous, mademoiselle ! »

— De quoi il parle ? demanda-t-elle, inquiète de se trouver au cœur d’une tempête.

Le violoniste n’apprécia pas l’avertissement, puisqu’il correspondait à ses intentions. En même temps, il sentait sa tête exploser. Il but encore, pour réduire cette impression, mais obtint l’effet contraire. Il ne vit aucune autre tactique pour se débarrasser de lui que de l’humilier.

— On en pinçait tous les deux pour Teresa, révéla Franz à son accompagnatrice. Mais celui-là, au lieu d’avoir les couilles de lui déclarer son amour, s’est trouvé une autre poule à baiser.

— Je t’interdis de parler comme ça de Liesl, vociféra le Chef d’orchestre, en s’approchant dangereusement de Franz. Tu me l’as prise !

Bien décidé à lui refaire le portrait, Albert saisit violemment son ami par le revers de sa veste et ferma son poing. Avant qu’il ne puisse se défouler de sa rage, le violoniste glissa, s’écroulant comme une poupée de chiffon.

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