La Symphonie expiatoire - 24 (*)

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Vienne – quelques jours plus tôt –, Lili exultait. Elle avait obtenu une réponse positive pour participer à un programme d’échange avec l’Orchestre National de France. Une merveilleuse opportunité !

D’ailleurs, elle s’étonnait de la rapidité de prise en charge de son dossier. Elle en avait fait une demande, infructueuse, l’année dernière. Cette fois-ci, tout lui avait été servi sur un plateau d’argent : papiers, logement, billet d’avion. Elle n’aurait jamais pu imaginer Franz derrière cela.

Le jour même, Albert avait annoncé le départ précipité du violoniste. Elle avait été déçue, car elle ne le reverrait plus. Ses sentiments étaient contradictoires. Éprouvait-elle de la tristesse ? Certainement. Elle était consciente qu’il avait commis l’irréparable, mais elle savait aussi qu’il avait besoin de son aide. Son for intérieur voulait croire à la thèse de l’accident, persuadée qu’il n’avait jamais eu l’intention de tuer, comme il le lui avait affirmé.

Au Conservatoire, la disparition d’une jeune Française intriguait, les mauvaises langues s’amusaient à insinuer qu’elle aussi était sortie avec le violoniste.

L’enquête sur l’affaire Liesl avançait. Lili avait été convoquée pour une déposition. Simple procédure, l’avait rassuré Neumann. Il l’avait reçue avec un jeune enquêteur. Parler n’avait pas été simple. Si mentir sur sa fausse relation avec le violoniste ne lui posait aucun problème, elle craignait de révéler par mégarde ce qu’elle savait du meurtre.

D’ailleurs, ce jour-là, elle avait reçu un courriel sur son smartphone avec l’objet : « Il est là ! ». Le message était accompagné d’un lien vers le clip de Franz jouant à New York avec un musicien de rue. Les commentaires sous la vidéo se moquaient du célèbre virtuose qui avait décidé de changer de scène. Elle y voyait un homme humble et charmant. Surtout pas un meurtrier.

Après avoir terminé sa déclaration formelle, elle regarda à nouveau la vidéo en s’acheminant vers le métro, puis s’interrompit à son arrivée à la station. Sur le quai, elle s’approcha du bord, pour voir si cela accélérait la venue du train. Comme d’habitude, cette technique n’avait pour but que de l’énerver davantage. Mais pas cette fois, elle n’était pas pressée. Elle lisait les commentaires postés lorsque, tout à coup, elle fut bousculée.

Un individu, tout en noir, de style gothique, lui arracha son sac à main avec une telle force que son portable s’envola dans les airs ; elle faillit perdre l’équilibre et tomber sur les rails. Or, un bras providentiel surgit du néant pour la rattraper. Stabilisée, elle aperçut furtivement son sauveur poursuivre le malfrat quelques mètres plus loin. Lorsqu’il le rattrapa, il lui arracha le sac volé et lui assena un coup de poing, le poussant sur les voies. Puis, il s’enfuit, avec son sac à main.

Lili ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait. Des passants venus à son aide l’entourèrent tandis qu’une rame entrait dans la station. Le truand tenta de l’esquiver en traversant la voie, mais fut électrocuté dès qu’il toucha le rail de traction.

Sous le choc, elle ne pensa plus à ses affaires. Seul son téléphone passa sous les rails.

Suite à cet incident, elle n’avait qu’une envie : rentrer à Sankt Pölten, où elle se sentirait en sécurité auprès de sa mère. Mais avant cela, elle retourna au commissariat pour sa déposition. Puis, elle reviendrait chez elle changer les serrures. Autrement, elle ne se sentirait plus jamais en sûreté dans son appartement. Le voleur possédait son identité, ses clés, tout ! C’était décidé, ce soir elle repartirait chez sa mère en attendant son décollage pour Paris.

Après avoir fait remplacer les serrures, elle quitta enfin son domicile pour la Westbanhof, la gare de l’ouest. Cette fois-ci, elle prit un taxi, puisqu’elle était terrifiée à l’idée de s’approcher d’un quai.

Alors qu’elle patientait, elle évitait de réfléchir aux derniers évènements. Les images revenaient sans cesse dans son esprit : le corps sans vie du voleur étalé sur les rails. Elle gardait l’image gravée de ses pieds chaussés de bottines Dr. Martens. De son sauveur (ou complice du malfrat ?), elle n’avait pas vu son visage, tellement il avait filé comme une étoile.

Une enquête supplémentaire, se lamenta-t-elle, ne pouvant pas s’empêcher de penser à Liesl. Selon les suppositions de la police, cette dernière avait été séquestrée par le gardien de l’immeuble dans des circonstances inconnues pour l’instant. Il restait un mince espoir que les témoignages apportent des éclaircissements.

Elle connaissait la vérité. Pire, elle réalisait que Franz baignait dans une sale affaire.

Alors qu’elle était perdue dans ses réflexions, la musique d’un jeune Tzigane et son violon la rassérénèrent. Ce dernier vint se planter devant elle.

— Une p’tite pièce, mam’zelle ?

Elle faillit répondre qu’elle n’avait pas de sou, mais remarqua qu’il lui avait lancé une bourse en cuir rouge. La sienne.

Lili observa à nouveau le jeune homme, interloquée. Soudain, elle se souvint l’avoir aperçu au Conservatoire, peu avant la crise du violoniste. Il s’agissait du garçon qui l’avait bousculée en bas de l’escalier.

Il lui fit signe de l’accompagner. Attablés dans un café, à l’écart de la cohue, il sortit de sa besace le sac volé. Lili en pleura de joie lorsqu’elle demanda :

— Mais qui êtes-vous ?

— Je m’appelle Tchavo, vous êtes en danger… Enfin, vous étiez, rectifia-t-il.

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