La Symphonie expiatoire - 22 (***)

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Plus tard, Franz revint dans sa chambre, intrigué par ce qu’il venait de vivre. « L’effet Andréa », comme il nommait ce phénomène qui l’amenait à succomber à une femme. Mais cela n’expliquait pas comment avait-il pu se laisser tenter par une fille aussi peu gracieuse que cette Virginie ? Au milieu du bric-à-brac, leur étreinte s’était poursuivie au sol, sans émotion ni sentiment autre que la recherche du simple plaisir physique.

Dès qu’elle s’était estimée satisfaite, elle lui avait demandé de partir. Sèchement. Sans plus d’explication. Ni merci ni au revoir. Il obéit sans se poser de questions, avec l’étrange sensation d’avoir été utilisé, chosifié. Paradoxalement, comme avec Andréa, cela ne lui avait pas déplu.

$L’arrivée de Jakob Shahn à New York marqua la fin aux vacances du violoniste. Son mentor ainsi qu’une ribambelle d’invités étaient attendus pour le Gala de patronage. Entre-temps, les journalistes étaient passés à autre chose et il en avait profité pour sortir. Le square était désormais vide, l’autre violoniste l’avait déserté.

Sur les conseils de Virginie, Franz visita attentivement les galeries dédiées à la photographie du MoMa. Comment pouvait-on considérer cela comme de l’art ? pensait-il. Certaines images l’étonnèrent, même s’il estimait que l’œuvre singulière de la jeune fille y méritait toute sa place. D’ailleurs, il était curieux de découvrir ses clichés.

À son retour à la Fondation, il frappa à la porte de sa chambre. Elle ouvrit, le visage austère et sans étonnement. Elle le fixait droit dans les yeux et d’un air sérieux, et elle lui balança :

— Pas envie de baiser ni que tu ne t’amouraches de moi. Compris ? Tu veux quoi ?

Avec un accueil pareil, Franz eut du mal à éviter de pouffer de rire. L’étonnante attitude de Virginie le divertissait. À une autre femme, il aurait fait regretter ses paroles.

— Je voudrais voir les clichés que tu as pris hier.

Le comportement de la photographe changea un peu. Moins sur la défensive, elle le laissa entrer et s’assit devant l’ordinateur portable sur le minuscule bureau. Le violoniste se pencha derrière elle, pendant qu’elle pérorait sur son œuvre, discours auquel il ne prêta aucune attention, et ouvrit un répertoire avec les images numériques. Il les trouva très belles, y compris l’étrange composition des émotions. Elle stoppa le défilé devant la photo de Franz observant la scène de crime.

— J’aime bien celle-là ! s’exclama-t-elle. On perçoit de la curiosité, de l’horreur… je dirais même des regrets.

— Comment peux-tu voir cela ? interrogea-t-il, irrité par la pertinence de son jugement.

— Je le vois, c’est tout. Sous cet angle, il y a une petite cicatrice, ajouta-t-elle en agrandissant.

Elle pointa du doigt l’écran, puis se retourna pour l’examiner en vrai.

— Comment c’est arrivé ?

— Je me suis cogné avec une porte…

— Menteur ! affirma-t-elle, un soupçon d’émotion dans sa voix. Vu ton expression, c’est plutôt une agression.

Franz la regardait, intrigué, sans dire un mot. Elle n’avait pas l’air surprise ni étonnée. Elle continuait à scruter son visage, insondable, comme un critique d’art identifie le peintre à partir des coups de pinceau.

— Est-ce que tu viens à la soirée de patronage ?

Il demandait l’air de rien. Avec la seule envie de briser le silence et pour qu’elle arrête de l’analyser.

— Surtout pas ! Pas conviée, et pas envie de voir cette bande de snobs faux culs. Tant qu’ils me subventionnent, ça me va. Dis, si tu te fais une autre écorchure, tu me laisseras la prendre en photo ?

— Tu peux compter sur moi, répondit-il, blasé.

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