44 - Ariana 

9 minutes de lecture

.

Ariana

.

   À la télévision, passent en boucle ces films de Noël niais et dégoulinant d’un amour impossible qui chaque année, me hérissent au plus haut point. Bien sûr, il nous faut pouvoir rêver en cette période ‘’magique’’ qu’est Noël, mais ne peut-on pas s’évader sans tomber dans le cliché et l’irréalisable ? Chez nous, il ne neige jamais, et les températures ne descendent pas vraiment en dessous de vingt degrés. Pour certains c’est un luxe, pour les jumeaux c’est une condamnation à ne jamais pouvoir vivre un Noêl comme dans ces fichus films.

Aujourd’hui, il fait beau, le soleil brille et on peut aisément sortir en pull dehors, pas besoin de blouson ou de bonnet. Et pourtant aujourd’hui, on est le vingt-quatre.

Je soupire en portant ma tasse de café à mes lèvres, et fixe par la fenêtre, mon frère et Samuel en train de s’exercer au roller. Je suis contente qu’ils les aient ressortis du carton dans lequel ils les avaient enfouis après l’agression au parc. Une chose est sûre en tout cas, c’est que mon frère ne sera jamais un grand champion de roller artistique. Quoique, peut-être que ses chutes pourraient être vues comme ‘’artistiques’’ par certains ?

Je n’ai pas reparlé à Rafaël depuis avant-hier, la honte au creux du ventre. Mon père n’a pas redonné signe de vie - étonnant - et seule madame Kaya s’est rappelé à mon bon souvenir hier après-midi, de même que monsieur Ross, hier au soir. L’une souhaitait un rendez-vous en urgence, le second exigeait, un rendez-vous en urgence. Fébrile, j’ai inscrit dans l’agenda familial les deux dates, et ai à nouveau failli craquer. Entre temps, nous sommes allées acheter quelques bricoles pour célébrer Noël de façon à peu près correct, bien que les circonstances ne s’y prêtent pas vraiment. Mikky a donc choisi un circuit de course électrique, Danny s’est plutôt tourné vers un jeu de société, là où Damian m’a simplement demandé un nouveau sac à dos. Malgré mes vives protestations, mes explications sur le fait qu’un sac à dos ne soit pas vraiment un cadeau de Noël, il n’en a pas démordu, et est passé en caisse avec un nouveau sac rouge flambant neuf.

De son côté, il a acheté un nouveau sweat à Samuel, et les jumeaux se sont cotisés pour acheter un roman à Rafaël.

Damian vient à nouveau de s’étaler de tout son long sur le trottoir, Samuel hilare à côté de lui ne l’aide même pas à se relever.

— Espèce de connard, arrête de te foutre de ma gueule comme ça !

Son cri est très clair, même à travers la vitre de la cuisine, récemment remplacée par Julio.

Je ne suis pas du tout tranquille de les savoir à l’extérieur, ainsi exposés, alors que les King pourraient débarquer à tout moment. Mais bon, que puis-je faire d’autre ? Les enfermer dans une cage de verre ?

— Ariana !

Je me retourne pour tomber sur Danny, fier comme un coq dans sa petite salopette bordeaux. Lorsque nous l'avons acheté, il était tellement surexcité de la montrer à Samuel, c'était attendrissant. S'habiller comme son idole, le rêve.

Il trépigne d’un pied sur l’autre, visiblement excité par ce qu’il tient dans son dos.

— Oui ?

— Regarde, c’est moi qui l’ai fait.

De derrière son dos, il exhibe un joli dessin de Damian et Samuel que je reconnais aisément grâce aux cheveux en pétard de l’un, et les grands yeux verts de l’autre. C’est plutôt bien proportionné, joliment colorié, on voit qu’il y a passé du temps.

— C’est super joli, je le félicite en ébouriffant ses cheveux.

— C’est vrai ? C’est pour Dami, il va aimer tu crois ?

— Je pense même qu’il va l’afficher dans sa chambre.

Mon frère s’agite, le rouge aux joues, avant de reprendre le dessin et de remonter les marches quatre par quatre, hurlant après Mikky que son dessin me plaît.

Si Damian s’est appliqué à éviter le sujet tabou ‘’papa’’, Danny et Mikky ont souhaité en reparler hier au soir, lorsque les garçons étaient couchés. Ils ont pu poser des mots sur ce qu’ils avaient ressenti en m’entendant hurler après notre père. J’ai notamment appris qu’ils n’étaient pas du tout ravis du retour de ce dernier, et qu’ils avaient surtout eu envie de "le mettre à la porte", lorsqu’il s’en était pris à Damian. Miguel m’a demandé si ce qu’avait dit papa était vrai, et si Damian était vraiment une fille. Nous avons donc reparlé du fameux dessin que sa maîtresse m’avait montré, et Danny et moi lui avons expliqué que non, Damian était loin, très loin d’être une fille, et que notre père racontait des bêtises. Il ne m’a pas paru très convaincu. Je pense pouvoir affirmer que l'identité de genre est encore loin, très loin, d'avoir fait son chemin dans la tête de Mikky. Il faudrait qu'il en parle directement avec le principal concerné mais... je ne suis pas certaine de la réaction de Damian.

On a aussi parlé de Hugo, et du fait qu’il avait rejoint Lina au paradis. Danny m’a demandé ce qu’était exactement le paradis, Mikky lui a répondu que c’était une grande villa où vivaient les morts avec Jésus pour faire des fêtes. Danny a alors rétorqué que dans le film Coco, les morts avaient une seconde vie, et m'a demandé si c'était vrai.

— Si on s'occupe bien de son ofrenda, il viendra nous voir durant el dia de los muertos ? m'a t-il demandé.

— Sans doute, si on met assez de bière près de son ofrenda, et qu'on prend soin de sa photo ?

 J’ai préféré laisser couler : il a bien le temps de s’interroger sur la mort et sur où finit-on lorsque nous perdons la vie.

— Je vais te tuer Samuel, et lorsque ce sera fait, je me moquerai de toi comme tu le fais actuellement !

La porte d’entrée claque, et Damian déboule dans la cuisine, sa paire de roller à la main, en chaussettes. Le visage rouge, les cheveux collés au front par la sueur, il n’est pas du tout à son avantage. Bien plus présentable, Samuel le talonne en se bidonnant, les yeux plissés par son immense sourire.

— Arrête de rire !

— Tu as un très beau caleçon, se marre son petit ami en venant se poster à côté de moi.

Mon frère se tend, tourne sur lui-même, et râle en constatant la grosse déchirure qui effectivement, laisse bien apparaître la couleur flamboyante de ses dessous.

— Tes conneries viennent de me coûter un jean, abruti !

— Moi aussi je t’aime. Ari, tu as besoin qu’on aille acheter quoi pour ce soir ?

Je bats des cils, considère sa question, avant de hausser les épaules.

— Je sais pas, on en a pas encore parlé avec Raf et Fiona.

— Fiona vient ? s’étonne Damian.

— Ta grande sœur de substitution, cool non ?

Il grince des dents, et je vois une drôle d’ombre passer sur son visage.

Il est peut-être encore trop tôt pour parler de frère et sœur de remplacement.

Samuel l’étreint, lui colle un baiser mouillé sur la tempe, avant de monter à l’étage pour retrouver les jumeaux.

— Sam tes chaussures, je gronde. On vit pas chez les cochons ici.

Pas de réponse, j’abandonne.

Mon frère se mord l’intérieur de la joue avant de lever sur moi des yeux fatigués. À en croire ses cernes, il dort autant que moi es dernières nuits, c’est à dire, presque pas.

— J’imagine que papa sera pas là, présume t-il en se tordant les doigts.

— Tu as envie qu’il soit là ?

— Non ! Enfin je veux dire… non. Et toi ?

Il me pose la question comme si ma réponse pouvait le conforter dans le fait qu’au fond de lui, vraiment bien enfouis en-dessous de la colère et de la rancoeur, il en a tout de même un peu envie, et ce malgré toutes les saloperies que notre père peut lui faire.

— Évidemment que non. Et je sais que c’est difficile de se dire qu’il va passer Noël tout seul mais c’est comme ça. Je t’interdis d’avoir de la pitié pour ce pauvre type.

— Peut-être que si on était plus gentils avec lui, il serait plus gentil avec nous ?

Je secoue la tête, et passe un bras autour de ses épaules pour le ramener contre moi.

— Crois-moi mi corazon, on ne peut rien contre le fait qu’il soit comme ça.

Pas de réponse, juste une étreinte un peu trop forte, un peu trop serrée, quelque chose de dépendant, d’assez désespéré.

L’être humain est tout de même étrange : jusqu’à un certain âge, et malgré la posture décadente des parents, les enfants semblent prêts à renoncer à la colère pour tout tenter. Souvent voué à l’échec, je ne laisserai pas ça se faire entre Damian et notre père.

C’est hors de question.

...

   Étendue en étoile sur mon lit deux places, les yeux grands ouverts, je fixe le plafond. Je n’ai pas fermé les volets, ainsi, une petite lumière agréable vient se répercuter sur mes murs, sur mon visage. La lune est pleine dehors, je la vois à travers les carreaux de ma fenêtre.

À mon réveil, il est quatre heures du matin. Nos invités - dont Rafaël et Samuel - sont partis il y a une heure maintenant, nous laissant une maison à sac, remplie de papier cadeau et de miettes de toast. Mon petit ami a préféré rentrer car, comme il l’a si joliment exprimé : « J’ai légèrement abusé du mousseux je crois », le tout avant de roter sous le regard dépité de son frère. Fiona était approximativement dans le même état, une chance qu’elle rentrait à pied.

Nous avons passé une excellente soirée. Que ce soit de l’apéritif à l’échange des cadeaux à minuit une à peine, tout a été parfait. Surréaliste même, lorsque l’on repense à l’Enfer que nous avons tous vécu depuis septembre.

Mes petits frères se sont offert leurs cadeaux respectifs, j’ai vu les yeux de Damian briller lorsque Danny lui a offert son dessin. Puis, Samuel lui a offert son cadeau, une grosse écharpe imbibée de son parfum. Là, il a craqué pour de bon.

De mon côté, Rafaël m’a offert un bracelet, simple et discret, avec lequel je joue en repensant à tout ça.

Et, alors que je songe à ce moment si chaud, si agréable, la porte de ma chambre s’ouvre, et Mikky en émerge, suivi de son frère.

— Ariana ?

— Vous dormez pas, je marmonne en me redressant. Qu’est-ce qui se passe ?

— On peut dormir avec toi ?

J’hésite un bref instant, avant de hocher la tête, et de les laisser grimper sur le lit dans un désordre ahurissant. Entourée de mes deux pots de colle attitrés, je passe mes doigts dans leurs cheveux, et soupire d’aise.

— C’était trop cool ce soir, sourit Mikky. On refera d’autres Noëls comme ça hein ?

— Ouh là, oui, mais pas tout de suite. Vos cadeaux vous ont plu ?

— Rafaëel nous a offert des playmobils, il est trop gentil.

Je souris pour moi, dans l’obscurité, tout en serrant un peu plus fort mes deux petits bouts d’homme contre moi. Autant Damian m’a fait part de sa culpabilité de laisser notre pauvre père seul et sans famille pour Noël, autant les jumeaux n’en ont pas pipé mot. Je crois bien qu’il les a perdus, et pour de bon.

Je sursaute en sentant le souffle chaud de Danny dans mon cou, et ferme les yeux.

Ce n’est pas le moment de repenser à notre père, et à ce qu’il représente pour notre famille. Pour ce soir, la seule famille que nous possédons, se trouvait autour de notre table.

Cependant, et alors que les jumeaux se sont endormis comme des bûches à côté de moi, je songe à Hugo, ai une pensée émue à son égard. Ça aurait pu marcher, il aurait pu revenir dans nos vies. Je mords ma lèvre, durement, et chasse son souvenir de ma mémoire.

C’est avant que j’aurais dû y penser, pas maintenant que tout est terminé.

La main de Mikky effleure mon visage tandis qu’il change de position.

Respire Ariana, je pense en respirant à fond, il te reste une famille, alors, pense à eux, et pas au reste.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

Hohn Emmanuel
voici une suite pour @yukilove@ mais libre à vous d'écrire une suite .
2
3
0
2
Claire Mayaud


Elle frémit dans sa petite chemise en soie. L'air est plus frais qu'à l'accoutumée mais elle n'y prête pas attention. Accoudée au balcon de son appartement, tout en haut d'un de ces immeubles haussmanniens, elle rêvasse. Elle porte une cigarette à ses lèvres, inspire et expire doucement, lentement, pour savourer chaque instant. Des bruits de klaxons au loin. Des éclats de rire. Tintement de cristal, des verres que l'on entrechoque. La ville à l'heure du coucher, tiraillée entre deux mondes, s'assoupit paisiblement. Le soleil a maintenant disparu mais le ciel porte encore la marque rosée de ses rayons. Ils s'effacent, sans bruit, petit à petit, sans que personne ne le remarque. Tout à coup il fait plus sombre et les ombres grandissent dans la rue. Elle observe le ciel. Peu d’étoiles sont visibles dans la capitale. Son seul véritable défaut d’après notre citadine. Et ce soir, même la lune et sa lumière si familière se font désirer.
La petite brise libère la ville de la canicule qui a été la sienne pendant de longs jours. Les fenêtres des appartements d'en face sont grandes ouvertes, recherchant la fraîcheur du soir qui s'installe. Il est facile d'observer les voisins s'activer. Quelques secondes dans l'intimité d'inconnus. Des inconnus que l'on croise certains matins dans la rue en allant chercher le pain, ou en revenant des courses le soir. D'un signe de tête on les salue, on échange peut-être même des banalités, pour montrer qu'on sait. Qu'on sait qu'ils font partie de notre rue, de notre petit quartier, au fond de notre vie, même si on ne sait pas grand-chose d'eux. Les propriétaires du 4ème de l'immeuble d'en face doivent aimer le rouge. Lustre, canapé, tableau. Passion. Tout est clinquant, brillant. Lui doit être homme d'affaire. Ou avocat. Un métier important. Il a la prestance et l'élégance de ceux qui ont des responsabilités. Le snobisme aussi, le sérieux. Il a les cheveux poivre et sel, le regard direct, intransigeant et des gestes autoritaires. Parfois des disputes éclatent sur leur petit balcon. Lui reste stoïque, aucun mot plus fort que l'autre tandis qu'elle n'est que cris et hurlements dramatiques. Très théâtral. Les voisins d'en dessous font dans des couleurs plus neutres, moins osées, ils sont d'ailleurs aussi moins présents, plus discrets. Même les enfants sont sages. Brossage de dents, petit pipi, histoire du soir puis le marchand de sable passe. La petite se réveille et appelle ses parents. Si, elle est sûre d'avoir aperçu une sorcière sous son lit. Une avec un nez crochu et un chapeau pointu. Papa la rassure, ce n'était qu'une chaussure. Encore un peu plus bas, un vieux couple tire les rideaux de la salle à manger. Des rideaux aux motifs vieillis et aux couleurs passées qui datent du siècle dernier. Puis, il faut aller arroser les plantes à la fenêtre de la cuisine. Il a fait chaud aujourd’hui et l’eau leur procure un nouveau souffle de vie. Petits rituels du soir. Routine rassurante, aimée et inlassablement répétée.
Elle esquisse un sourire. Elle aime ces moments, seule, seule avec ses pensées. Quand l'odeur de la nuit vient titiller son nez. Cette odeur de feu de bois et de liberté si propice à l'imagination. Quand l'irréel prend soudain la place du réel. La nuit est comme une parenthèse dans la réalité, tout semble possible, à portée de main, les rêves les plus fous aspirent à se réaliser, les peurs les plus effroyables paraissent plus menaçantes, plus dangereuses. Dans l'ombre, les amants se réunissent, les caresses se font plus douces, les étreintes plus passionnées. C'est le temps de toutes les promesses mais aussi de toutes les trahisons. Cela ne dure cependant jamais très longtemps, bientôt le soleil refait surface, piégeant les moins prudents ou rassurant les plus angoissés. Les cheminées, sur les toits de ces grands immeubles se détachent dans le ciel sombre, tels des géants silencieux qui agissent dans l'ombre. Elles ne bougent pas, ne respirent pas et pourtant sont là, comme veillant sur les habitants endormis. Certaines laissent s'échapper doucement une fumée grise, signe de chaleur et de foyer, de retrouvailles et de longues soirées.
De la musique au loin. Un tourne disque sans doute. Elle tend l'oreille, essaye de deviner l'artiste joué, du piano, de la musique classique. Elle ferme les yeux et se laisse guider par la mélodie. Bientôt tout son corps s'anime et elle esquisse quelques pas sur son balcon. Entre les géraniums et le basilic. Elle virevolte et ses pieds quittent le sol, elle s'envole. Elle est époustouflante. Et pourtant si fragile. Son corps frêle, caché sous son léger vêtement porte des cicatrices. La vie est dure dirait-on. Mais elle est là, dans son nouveau chez-elle, preuve vivante du renouveau. Elle a repeint la salle de bain en jaune. Pour éclairer la pièce comme un soleil a-t-elle déclaré. Un beau jaune tournesol qui a fait grimacer sa mère. Elle est aussi très fière de son tapis bariolé déniché le matin même dans une brocante. Il se marie parfaitement avec le canapé gris du salon. Parfait pour réchauffer ses pieds l'hiver, à défaut d'avoir une cheminée. Pourtant elle a espéré, dans sa naïveté enfantine, pouvoir trouver un appartement avec un petit poêle. Pour le crépitement du feu. Mais Paris et son petit budget en ont malheureusement décidé autrement. Tant pis, elle s'est promis, qu'un jour elle aurait une piscine et une cheminée. Et une véranda fleurie où elle pourrait s'installer tranquillement pour lire, dans un fauteuil aux gros coussins moelleux. Un hamac au fond du jardin, entre deux grands arbres majestueux. Elle rit. Pour tout et n'importe quoi à la fois. Et quand elle rit tout son visage resplendit. Elle est époustouflante. Elle a toujours attiré les regards. Des hommes célibataires, fiancés ou mariés. Ils l'abordent, la complimentent, cherchent à la charmer par des paroles doucereuses ou des promesses en l'air. Mais, d'un pincement des lèvres, d'un regard hautain ou d'un geste agacé de la main, elle les repousse. Et, déçus, ils s'en vont en conquérir d'autres. Plus abordables et plus sensibles à leurs charmes. Ces femmes, si fiévreuses de plaire et si avides d'attention, qui n'hésitent pas à gratifier leurs prétendants de regards en coin ou de paroles mielleuses.
Elle porte à ses lèvres son verre de cognac et ses bracelets au poignet tintent doucement. Une jeune fille ne doit pas boire d'alcool fort comme ça toute seule. Foutage de gueule. Elle n'a qu'à faire de ces principes de la bonne société. Pourquoi donc ne pourrait-elle pas profiter de ce petit plaisir ? Et puis les règles ne sont-elles pas faites pour être bafouées ? Ses doigts blancs et fins entourent délicatement le verre, ses ongles légèrement vernis sont coupés courts. En un coup d’œil on devine qu’elle n’a jamais vraiment été intéressée par les travaux manuels. Non, la peau de ses mains est beaucoup trop fine, n’a jamais été abimée par la sueur ou la crasse. Elle est plutôt du genre avocate. Ou quelque chose dans les livres peut-être. Elle est réfléchie et mesurée. Mais les yeux pétillants et le regard malicieux. Elle regorge de vitalité, de joie et de volonté.
Bientôt elle soupire. Peut-être est-il temps pour elle de retourner se coucher ? Elle hésite. Son lit l’attend, et, avec lui, ses draps propres aux senteurs de lavande et son bien-aimé. Et puis, le réveil sera difficile si elle tarde trop. Mais elle s’interdit de penser au lendemain, à la sonnerie de son téléphone qui viendra la tirer de sommeil, l’enlever à son repos. Elle s’accorde encore quelques minutes. Juste le temps de mémoriser cet instant. Elle ferme les yeux. Faites que le temps s’arrête, faites que demain n’arrive jamais.
Tout à coup, des bras forts et protecteurs l'encerclent. Un parfum aimé vient chatouiller son nez. Il est là, elle a dû le réveiller. « Pardon, tu dormais. » Il ne relève même pas et continue à la serrer contre lui. Ensemble ils observent la ville endormie. Même le petit couple du 6ème a finalement éteint. Le tourne disque s'est arrêté et le silence s'installe progressivement dans la rue. Le sommeil se fait sentir.
Finalement, la pensée de retourner dans son lit ne lui parait plus si terrible. Il est là près d’elle. Il viendra chasser ses cauchemars si besoin, comme à chaque fois.
"Viens mon amour, Rachel, viens te recoucher, il est tard." Chuchote-il. Elle sourit et lui emboite le pas, sa main dans la sienne.
1
1
0
6
no97434

- Maman, qui m'a donné mon intelligence?
- Ce doit être ton père parce que moi je l'ai encore.
11
6
0
0

Vous aimez lire Cirya6 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0