32 - Samuel

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Samuel

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   Je talonne Damian lorsqu'il claque la porte de sa chambre avec violence. Les traits tirés par la colère, il trace jusqu'à son lit, s'y assoit, et prend sa tête entre ses mains.

— Dami, ça va aller, je lance en posant son sac par terre.

— Il était où tout ce temps ce connard hein ?

— Il pouvait peut-être pas... enfin tu vois, l'hôpital ça peut faire peur et...

Pourquoi Diable faut-il que j'essaye de trouver des excuses à Hugo ? Il a tout bonnement abandonné son frère, au moment même où Ariana a passé les portes des urgences avec mon petit ami, inconscient, dans les bras. Il aurait pu venir, un nombre incalculable de fois. Au moins appeler, faire l'effort de s'informer, faire sentir sa présence. Sauf que non, il a préféré faire le mort, attendre que ça se passe. Faire la putain d'autruche. En ne voulant pas affronter le problème de face, peut-être que celui-ci se règlera de lui-même ? Était-il seulement au courant de son retour aujourd'hui ?

Je vais m'asseoir à ses côtés, prends son visage entre mes mains pour capter son regard.

— Te mets pas dans un état pareil pour lui, Dam. T'es rentré, t'es avec nous, c'est ce qui compte non ?

Il agite doucement la tête, se mord la lèvre, puis ferme les yeux.

— H est comme papa de toute façon, il m'aime pas.

Mon cœur loupe un battement, j'accentue ma prise sur son visage, le rapproche de moi. Ses derniers mots se sont accompagnés d'un tremblement qui l'agite du bas du dos jusqu'à la nuque.

— Pourquoi tu dis ça...

— Parce que c'est vrai. Quand t'étais à l'hôpital, Raf est venu te voir.

— C'est vrai, j'admets.

— Pas H.

Je ne sais pas quoi dire d'autre. Parce qu'il a raison, et parce que face à cette vérité, à quoi cela me servirait-il de lui mentir ?

Bien sûr, je ne suis pas certain que H n'aime pas son frère, au contraire, mais... si je suis sûr d'une chose, c'est qu'il ne sait pas s'y prendre avec lui.

Les mains de Damian cherchent les miennes, les étreignent, puis son front vient se coller au mien.

— Tu es content d'être rentré quand même... ?

— … j'en sais rien.

Et, avant que je ne puisse préméditer son geste, il vient nouer ses lèvres aux miennes, d'abord lentement, puis de plus en plus pressant.

Au départ, j'hésite à lui répondre : n'agit-il pas sur le coup de la colère ? La ''décompensation'' comme dirait Rafaël ? C'est fort possible, surtout après sa montée de colère envers H.

Sauf que ses lèvres, leur goût, m'ont trop manqué pour que j'ose ne serait-ce que bouger d'un millimètre. C'est donc de bon cœur, avide, que je réponds à son baiser.

Ses bras viennent se nouer derrière ma nuque, me rapprochent de lui, se raccrochent à moi comme à une bouée de sauvetage. Sa chaleur commence doucement à m'envelopper, à me rendre fou. Son odeur, cette odeur épicée me fait tourner la tête.

Mes mains lâchent son visage, viennent se perdre sur ses flancs, ses hanches, qui frémissent sous mon toucher. À le tenir ainsi, j'ai l'impression qu'il a encore minci, que ses os entre mes doigts pourraient se briser au moindre geste brusque.

En une enjambée, il vient s'asseoir sur mes genoux, et alors seulement, je commence à m'inquiéter de son attitude. Alors seulement la manière lascive qu'il a d'onduler contre moi ne me semble pas naturelle, jouée, forcée.

Là où ce geste m'aurait paru presque ''anodin'' il y a deux semaines, aujourd'hui je ne peux juste pas en profiter sans me demander ''pourquoi''.

— Dam, Dam...

Je lâche ses lèvres pour parler, pour tenter de l'intercepter tandis que ses mains s'affairent à défaire le bouton de mon jean. Agiles, ses doigts ont vite fait de défaire l'attache, de baisser la fermeture.

— Damian, hé... hé oh !

Mes doigts quittent ses hanches pour à nouveau saisir son visage, le forcer à me regarder, bien que son regard soit attiré vers mon entre-jambe qui malgré la situation, ne se gêne pas pour faire connaître son ressenti personnel.

— … quoi ?

— Qu'est-ce que tu fais là ?

Il me regarde longuement, perdu, hausse un sourcil, tente de m'embrasser à nouveau. De ma main, je le bloque et le force à m'écouter, à rester focalisé sur mes yeux.

— Je pense pas que ce soit le moment Dami.

Ses yeux s'écarquillent, et ses traits se durcissent. Dubitatif, ses doigts m'attrapent par-dessus le tissu de mon sous-vêtement, et je glapis.

— T'as pas envie de coucher avec moi..., murmure t-il avec un craquement dans la voix. Ton corps a pas l'air d'accord pourtant.

— Non..., c'est pas ça. Mon cœur je pense juste que... c'est peut-être trop tôt, tu penses pas ?

— C'est mon corps, je sais si je suis prêt ou pas !

Il gronde, attrape mes mains et les plaque sur ses fesses, tandis qu'un sourire en coin étire son visage. Il y a un éclat désespéré dans ses yeux qui me donnent des frissons.

« Il faudra se méfier de toute mise en danger, murmure la voix de Ariana dans ma tête. Monsieur Ross a dit qu'il pourrait chercher à recréer les circonstances de... de ce qui lui fait du mal, sous l'effet de la pulsion auto-destructrice. Dans ce cas-là, on agit ».

Je déteste mon corps d'aller à l'encontre de ma tête, car la bosse entre mes jambes commence à être douloureuse, et ça, Damian le voit bien. Sa main se presse à nouveau dessus, je frissonne, tente de réprimer la vague de chaleur intense qui remplit mon ventre.

Enfin, un vent de panique puissant s'empare de moi lorsque décidé, il quitte mes genoux pour commencer à s'agenouiller en face de moi. C'est donc un peu plus violemment que je ne l'aurai voulu, que je me redresse, et le repousse en arrière. Déséquilibré, il tombe sur les fesses, et moi je reste là, stoïque, les bras ballants. Il me dévisage, horrifié, la bouche ouverte dans une expression de pur choc.

— Damian c'est stop, je gronde finalement en faisant un pas vers lui.

Il est blessé, je le vois à son regard brisé par la tristesse et la colère. Ses lèvres tremblent, il tente de le cacher, mais ça ne m'échappe pas.

Doucement, il se relève, fais un pas en arrière tandis que je me rapproche de lui.

— Pourquoi tu me fais ça Sam je...

— Écoute-moi bien, je murmure en l'acculant contre le mur de sa chambre. Ne va pas croire que je n'ai pas envie de... de coucher avec toi. Tu m'obsèdes, d'accord ? J'ai... j'ai super envie de toi, vraiment, tu me rends fou, si je pouvais, vraiment, je... mais je peux pas, Dami. Je refuse de coucher avec toi pour le moment parce que je t'aime, et que je sais qu'au fond de toi, tu n'en as pas envie. Tu cherches juste à vérifier... je sais pas moi, que tu me plais encore, que rien à changé, et c'est le cas putain ! Mais là, tout de suite, c'est non.

Ses yeux se perdent dans les miens, et doucement j'attrape ses mains pour tenter d'en calmer les tremblements.

— Dami, tu me crois quand je te dis tout ça hein ?

— Je...

Il cherche ses mots, ne les trouve pas, abandonne. Du doigt, je redresse son menton pour garder le contact visuel et lui sourire, aussi rassurant que possible.

— Cariño, je t'aime à en crever t'entends. Mais tant que tu n'iras pas mieux là-dedans, il faut te préserver. Et moi j'attendrais. Tu as attendu pour moi, je ferais la même chose.

Je viens coller mon front au sien, nos nez s'effleurent.

— Est-ce que ça va mieux ?

— … oui, je crois. Je sais pas je... j'arrive pas à savoir si ça va ou pas.

— Est-ce que tu es d'accord avec ce que j'ai dit ?

Il hoche lentement la tête.

Les paroles de mon frère me reviennent en mémoire : « High are really high, and low are really low », je crois que là, tout de suite, nous sommes plus dans le low que dans le high.

Doucement, j'enroule mes bras autour de sa taille, assez bas pour ne pas toucher ses côtes, et le rapproche de moi dans une étreinte protectrice.

Tout en le tenant, je recule, recule jusqu'à ce que l'arrière de mes genoux ne heurtent le rebord du lit. Alors, je me laisse tomber en arrière, lui contre moi, pour finir étendu sur le dos, son torse toujours pressé contre le mien.

Mon érection me fait mal, enfermée qu'elle est à l'intérieur de mon jean mais, ce n'est clairement pas le moment d'abandonner Damian pour aller régler ce problème. Elle devra se calmer d'elle-même.

— À défaut de coucher, je te propose de juste dormir, ok ?

Ses lèvres se meuvent en un sourire entendu, tandis qu'il dépose un baiser dans mon cou, pour ensuite venir caler sa tête dans le creux de mon épaule. Mes bras sont toujours enroulés autour de lui, idem pour les siens.

Cette proximité, ce côté tactile m'avait tellement manqué.

— Je t'aime Sam, susurre t-il à mon oreille.

— Moi aussi...

Je ferme les yeux, inspire son odeur.

— … plus que tout.

   « Je n'arrive pas à respirer. Les corps qui m'entourent m'étouffent, je n'arrive pas à retrouver la sortie de la maison de Julio. La musique pulse tellement fort à mes oreilles qu'elle me rend sourd aux paroles qui me sont adressées. D'un pas peu assuré, j'essaye de jouer des coudes pour me libérer de cette foule toujours plus nombreuse, toujours plus excitée qui me ballote de tous côtés.

On me pousse violemment, pas loupé : je chute, et me retrouve agenouillé sur le mur à ma droite. Étrange. Je me redresse, mon pied droit sur un cadre. La gravité, le sens du monde, tournent à nouveau, je chute, sur le plafond cette fois-ci. Comme dans un manège un peu déroutant, j'essaye de comprendre, de me stabiliser, mais ça tourne, ça tourne tellement. Alors je chute à nouveau, mur de gauche, je fais tomber un cadre. Enfin, je retrouve le sol, le vrai sol, à genoux, au milieu de tous ces adolescents qui visiblement, n'ont pas été impactés par la mouvance du monde. Suis-je le seul à voir le monde bouger ?

Du mieux que je peux, je me relève et traverse le couloir à vitesse grand V. Rapidement dérouté par la fumée et les vapes d'alcool, je me rends alors compte que ma vision est déformée : les visages de mes amis, des élèves de mon lycée semble briller d'une lueur rosée, violacée, bleutée, quelque chose de brillant, de pailleté presque.

Lu m'approche, ses lèvres sont peintes d'un étrange rouge à lèvres noir orné de strass.

— Samuel...

Elle prononce mon nom en insistant sur la longueur, un ton en-dessous de sa voix naturelle.

Je ne lui réponds pas, la contourne, et troue enfin la porte fenêtre donnant accès à la terrasse, à la piscine. Un regroupement d'élèves est là, ils filment quelque chose de leurs millions de portables, comme tout un tas de petites lumières dans la nuit.

Je m'avance, demande ce qui se passe, personne ne me répond. Alors je perce la foule, j'avance du mieux que je peux, lutte contre cette sensation de tout voir autrement, de sentir la terre bouger sous mes pieds.

Est-ce que j'ai pris de la drogue ?

Enfin, j'arrive au bord de la piscine, et sens mon cœur virevolter dans ma poitrine.

C'est une... blague ?!

Je me sens défaillir à nouveau lorsque mes yeux tombent sur mon petit ami, les jambes nouées autour de la taille d'un autre garçon, la tête en arrière, en plein ébat au milieu de la piscine.

Ma respiration se fait sifflante.

— Damian !

Je l'appelle, m'attire son intérêt au bout du troisième essai. Ses yeux voilés de plaisir se posent sur moi, il rit, me fait signe d'approcher.

Et alors, comble de l'horreur, celui avec qui il est en train de baiser dans cette putain de piscine se retourne et...

Lenni. C'est... Lenni.

Mon cœur bat trop fort dans ma poitrine, je vais exploser. Mes mains sont moites, mes jambes tremblantes. Pourquoi est-ce qu'il couche avec Lenni putain ?

— Arrêtez de filmer ! je hurle en me retournant vers la foule.

Personne ne m'écoute, je ne récolte qu'une salve de rires moqueurs. Un gémissement un peu trop fort ramène mon attention sur Damian qui m'a visiblement déjà oublié.

Et, d'un coup, je sens un poids dans ma main. Quelque chose de lourd, de froid.

J'ai un flingue dans la main.

Mes muscles se bandent, je ne réfléchis pas, pointe, et tire. Étonnement, je touche ma cible, qui se meurt l'instant suivant, puis coule au fond de l'eau. Une marre de sang se répand dans l'eau, vient maculer le corps parfait de mon petit ami qui pourtant spectateur de la scène, ne semble pas plus choqué que ça. Malgré l'hémoglobine qui lui macule le visage, il ne perd pas le nord et sort de la piscine après avoir remonté son maillot de bain. Rapidement, il se rapproche de moi, passe ses bras derrière ma nuque, et plaque ses lèvres contre les miennes.

— Plus que tout, murmure t-il. »

   J'ouvre les yeux au moment où l'air se bloque dans ma poitrine et contraint mon souffle. Il fait encore jour dehors, le soleil perce à travers les rideaux. Mon front dégouline de sueur, mes mains tremblent, j'ai du mal à saisir ce qui vient de se passer. Damian dort paisiblement à côté de moi, sa main sur mon torse, son visage dans mon cou.

J'inspire à nouveau à pleins poumons, retrouve le calme après cette véritable tempête cauchemardesque dans ma tête, et sors du lit, sans réveiller mon petit ami.

J'ai besoin d'air, d'eau, de retrouver la stabilité.

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