19 - Ariana

15 minutes de lecture

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Ariana

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   Le tissu de mon jean entre mes cuisses frotte légèrement tandis que j'avance d'un bon pas en direction de la maison de Hugo. Casque sur les oreilles, mains dans les poches et veste en cuir sur le dos, j'ai déjà essuyé deux tentatives d'approches d'hommes âgés qui en avaient après mes formes : l'un s'en est tiré avec un simple regard noir, l'autre avec un coup de pied dans le genoux.

Je ne suis pas d'humeur, vraiment pas.

Ce matin, stupeur lors de la découverte d'un corps inerte sur les quais. Un homme noir d'une trentaine d'année, tatoué d'une couronne et du chiffre 100 sur le cou. Une balle dans la gorge, mort d'une hémorragie externe.

Coïncidence ou non, la description de cet homme m'a largement fait penser à celle que Samuel m'a donné de leur agresseur à lui et Damian au parc il y a dix jours.

En ajoutant à ce détail, le fait que je n'arrive pas à joindre mon petit frère, ou Rafaël, ou qui que ce soit d'ailleurs, ma tension est au plus haut.

Dans mon casque passe Legends are made de Sam Tinnesz, un classique que je lance souvent lorsque j'ai besoin de me changer les idées.

Mes yeux se promènent le long des maisons, accrochent les visages, scrute les moindres expressions hostiles.

D'ordinaire, les journaux ne parlent pas des règlements de compte entre gangs. Alors pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi a t-il fallu que cet article, que cette photo, paraissent ce matin dans les premières pages ? Pour mettre le feu aux poudres, comme si on avait besoin de ça.

Le revolver à ma hanche me sécurise, me détend quelque peu : si vengeance il y a, je serais préparée.

La maison de H est en vue, et la cour avant est déserte.

J'accélère le pas, et passe le portail en trombe, avant de m'arrêter brusquement, un détail attirant mon attention.

Je tourne la tête, plisse les yeux, et constate la présence d'une silhouette fine et élancée vers la seconde entrée du grillage.

Ce n'est pas...

Je fronce les sourcils, et tourne les talons pour rejoindre l'homme qui à ma vue, s'est figé de stupeur.

— Le téléphone c'est pour les chiens ? je gronde en fusillant Rafaël du regard. Qu'est-ce que tu fais là ?

Il semble quelque peu mal à l'aise, comme s'il ne s'attendait pas à tomber sur moi dans les parages en pleine journée.

Lui aussi a une arme à la ceinture, je la vois dépasser sous son tee-shirt.

— Je venais voir ton frère.

— Vous êtes potes maintenant ?

— T'as pas l'air de très bonne humeur, note t-il avec un sourire.

Je le foudroie à nouveau du regard, et sors la page de journal que j'ai préalablement fourrée dans la poche de ma veste. Sous son nez, je la déplie et la lui tend, le souffle court.

Il prend le temps de lire l'article, et relève des yeux étonnés vers moi.

— C'est... ?

— Oui.

Je récupère ma page et la replie, avant de repartir en direction de la porte de mon frère, lorsque cette dernière s'ouvre brutalement.

J'ai le temps de m'écarter, évitant ainsi de justesse un corps poussé de l'intérieur.

Lourd, Donni s'écroule au sol, et j'écarquille les yeux en voyant mon frère sortir, le regard sombre et les traits tirés.

Il nous avise d'un air étonné Rafaël et moi, avant de revenir à sa première préoccupation, son bras droit avachi par terre.

— Maricon, je peux savoir qui t'as autorisé ?

Il descend les marches avant de saisir Donni au col pour le redresser avec brusquerie, et rapproche son visage du sien.

— Le chef c'est moi, ne l'oublie pas. Je te laisse des libertés, mais ça, esté no possible !

Il le repousse au sol, et alors que je m'attends à une réaction de Donni, il se contente de rester au sol, le visage défait.

— Ari, Raf, un problème ?

— Qui a peut-être à voir avec le tien, je marmonne en le rejoignant.

H grince des dents, et crache à quelques centimètres du visage de Donni avant de me faire signe de rentrer à l'intérieur.

— Va changer d'air Don, et pense à ce que je viens de te dire. Entiendo ?

Donni hoche mollement la tête en se relevant, et me salue d'un singe de tête respectueux, avant de quitter la propriété, les mains dans les poches. Son pas est lourd, et lorsqu'il tourne au coin de la rue, je surprends son regard furieux dirigé vers Hugo.

— Putain, siffle mon frère en rentrant à l'intérieur.

Je le suis, et constate que Rafaël ne m'emboîte pas le pas.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Vous avez sans doute des trucs à vous dire, rétorque t-il.

— Allez viens, sois pas stupide.

Il hausse les épaules, et passe la porte juste après moi.

Hugo est déjà en train de nous décapsuler des bières ambrées, les gestes saccadés et les yeux toujours étrécis par la colère.

— Alors ? Dispute de couple ? je ricane en faisant allusion à Donni.

— Ouais carrément. Ce pédé a oublié qui portait la culotte.

— Évite ce genre d'insulte H, ça passe pas top, surtout dans notre famille.

— Quoi ? Tu vas le répéter à Dam ? Je pense qu'il est habitué à entendre cette ''insulte'' comme tu dis.

J'attrape la bière qu'il me tend, et en bois une gorgée, bien malgré le fait qu'il soit à peine quinze heures.

Rafaël m'imite, et je constate un échange de regard étranges entre eux deux. Quelque chose d'entendu, de presque ''complice'', qui me perturbe assez.

L'autre jour, lorsque Raf est parti boire une bière avec Hugo, je n'étais pas vraiment pour : connaissant l'animal, il aurait bien pu lui raconter des horreurs sur moi, du temps où j'arborais encore fièrement mon tatouage à l'épaule. J'ai à cette époque, fait certaines choses que je regrette amèrement : la mise en fauteuil d'un ancien petit ami en fait clairement partie, la vente d'héroïne également.

Heureusement, ça n'a pas été le cas. Ce même soir où j'ai reçu l'enveloppe, ce même soir où seul Samuel a été présent pour me dire que tout irait bien, il n'a rien appris sur moi qui aurait pu compromettre ce que nous sommes en train de tisser.

— Qu'est ce qu'il a fait cette fois ?

— Une broutille.

— Qui aurait peut-être à voir avec ça ?

Je ressors la page de journal, et la lui tend avec un frisson de colère.

Hugo la parcourt à peine des yeux, et la repousse d'un geste leste.

— C'était pas mon initiative, crois-moi.

— Je m'en branle de savoir de qui est l'initiative, je persifle. Je veux juste savoir si Dam est impliqué.

L'expression de Hugo se fane quelque peu, et je note un froncement de sourcil du côté de Rafaël. Mon frère s'assoit sur un des tabourets de son bar, et croise les doigts sous son menton.

— Tu as l'air de déjà connaître la réponse alors...

— J'ai eu l'espoir toute la matinée, que tu me dises ''Non, il n'a rien à voir là-dedans, j'ai fais en sorte de l'éloigner de ces fous dangereux de King'', mais visiblement, je me suis bien trompée.

— Puisque je te dis que je n'étais même pas au courant de cette virée !

— Donni mène une opération qui va sûrement te coûter une vraie guerre de gang, et tu te contentes de lui conseiller de penser à faire attention à ses choix ? Il entraîne Dam, le met en danger, et tu fermes juste les yeux ?!

Rafaël recule d'un pas, et je me sens brûler de l'intérieur.

— Il est où là ? J'arrive pas à le joindre, et il n'est pas au lycée ! Je les ai eus au téléphone ce matin, il n'était pas en classe !

— Mais puisque je te dis que j'en sais rien !

— Je t'avais demandé de faire attention. Pas forcément de le virer du groupe, mais d'au moins faire attention, et toi tu... tu laisses ce fils de pute de Donni l'entraîner avec lui ? T'as besoin que je te rappelle pourquoi la présence de Donni ici est déjà une hérésie en soi ?!

— Ariana arrête de hurler ! s'époumone Hugo en se relevant pour me faire reculer.

Il ne me fait pas peur, loin de là. Sa grande taille et ses épaules taillées à la serpe ne m'ont jamais impressionnée, et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer. Il me fait reculer, m'accule contre un mur, mais je garde le menton relevé.

Je l'ai déjà étendu une fois, il ne devrait pas jouer avec le feu comme il le fait.

— Je cesserai de hurler quand tu arrêteras d'agir comme le dernier des abrutis ! Papa aurait honte de toi !

— Mêle pas papa à ça.

— Et pourquoi pas ? Il m'a dit l'autre jour à quel point il était fier que son fils ait repris les rênes, à quel point il avait confiance en toi. S'il savait que cet enculé est ton bras droit, il t'étranglerait de ses propres mains.

H gronde, expire par le nez, et je sens son souffle bouillant sur mon front, tandis qu'il me soulève du sol. Rafaël fait un pas dans notre direction, mais du regard, je le prie de ne pas s'en mêler.

— C'est moi la honte ici ? Est-ce que papa sait que t'as été escort ? Est-ce qu'il sait que tu sors avec un métis ? Est-ce qu'il sait que Dam est pédé et qu'il se fait baiser par le frère de ton mec ?

Cette fois-ci, je n'ai pas le temps de réagir, Rafaël attrape mon frère par le derrière de son tee-shirt pour le tirer en arrière. Sous l'impulsion, H décolle du sol et se rattrape sur le rebord du bar, un air de chien blessé au visage. Un air de chien blessé et furieux.

Il se relève et plante un regard hargneux sur Rafaël qui tout sauf impressionné, vient s'assurer de ma bonne forme.

— Putain mais... tu vas pas bien mec, grogne Hugo.

— P'têtre. Mais moi au moins je n'ai jamais levé la main sur une femme. Maintenant tu recules.

— Oh monsieur est gentleman. Du genre honnête et tout. Du coup, Ari est au courant.

Je jette un regard interrogateur à mon petit ami, qui visiblement irrité de la réponse de Hugo se rapproche de lui pour le faire taire.

— Dans votre couple, j'imagine que vous vous dites tout, hein ?

Rafaël lève la main, mais je l'arrête juste à temps en retenant son bras, et fais signe à Hugo de poursuivre.

— Oh, elle a pas l'air de savoir pourtant.

— Vas-y accouche, tu fais chier Hugo là.

— C'est moi qui fais chier ? Tu me hurlais tout à l'heure que tu savais pas où était Dam... tu lui a demandé à lui ?

Je serre un peu plus fort le bras de Rafaël et l'oblige à se retourner vers moi. Son regard est voilé d'une inquiétude glaciale.

— J'avais promis à Dam de rien dire.

— Ah parce que maintenant sa sécurité passe au second plan ? Où il est ? Raf tu sais dans quel état je suis depuis ce matin ? Le lycée ne l'a pas vu de la matinée, j'arrive pas à le joindre et cette histoire de meurtre là... je...

— Chez moi, murmure t-il. Il... il se repose.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

Il hésite, inspire à pleins poumons, et finit par me raconter comment son frère est parti en pleine nuit récupérer le mien sur les quais, couvert de sang et drogué à l'ecstasy. Ses mots me narrent le déroulé de la soirée selon Damian, ses pleurs et ses frissons cette nuit lorsqu'il a frôlé l'overdose, l'appel passé à H, le souhait de mon petit frère qu'il garde le silence sur tout ça.

Je l'écoute attentivement et finis par sourire avec colère, les sourcils froncés à leur paroxysme.

— Génial, génial.

Je me recule, et commence à tourner les talons pour quitter les lieux lorsque Rafaël attrape ma main.

— Un conseil tu me lâches, et tu me lâches maintenant.

Il s'exécute, et je lui lance un regard noir par-dessus mon épaule.

— Je vais aller récupérer mon frère, si tu n'y vois pas d'inconvénients. Et toi, s'il s'avère que Donni l'a effectivement drogué, tu devrais commencer dès maintenant à te chercher un nouveau bras droit.

Et sur ces mots dégoulinant d'une fureur sourde, je quitte la maison, le ventre retourné et le cœur au bord des lèvres.

   Les messages de Rafaël s'accumulent sur mon portable, je les ignore.

Après ma virée chez Hugo, je suis comme convenu passée récupérer Damian, qui loin d'être en bon état, a eu du mal à ne serait-ce que regagner la maison. Le pas traînant, le teint blafard, il s'est écroulé sur le canapé du salon, et m'a demandé pardon avant de se rendormir.

Une épave. Un vrai fantôme, défoncé par les restes de MD et de traumatisme de la veille.

Mon premier réflexe a été d'appeler Fiona, de lui demander de passer la soirée avec moi.

Mes doigts tremblent légèrement en sélectionnant son contact dans ma liste.

— Allô ?

À peine deux sonneries que sa voix chantante s'élève à l'autre bout du fil.

— Fi c'est moi. Dis... Dam m'en a encore fait une, tu pourrais venir passer la soirée à la maison ?

Ma voix est plus faible que je ne l'aurai voulu. Je passe pour une fille épuisée, au bout du rouleau, ce n'est pas mon but.

— Bien sûr ma chérie. Je peux passer récupérer les jumeaux si tu veux, comme ça tu restes à la maison avec notre Dami.

— T'es un ange.

— Je sais, je sais. Grâce à vous, j'aurais ma place au paradis.

Elle rit un peu, et raccroche. À nouveau seule avec le silence de notre maison vide, je rejoins le salon et m'assois au bout du canapé, juste à côté des pieds de mon frère.

Endormi, presque paisible, il serait difficile de l'assimiler à un jeune venant de presser la gâchette pour la première fois de manière fatale. Le bras sous la tête, ses traits sont tranquilles, loin de l'état que m'a décrit Rafaël.

Mon portable vibre à nouveau :

« Ari, on peut parler s'te plaît ? » - Rafaël.

Cette fois-ci, le sang me monte à la tête et je réponds, aussi sèchement que possible.

« Pas ce soir. J'ai des trucs à gérer si tu vois ce que je veux dire » - Ariana.

À côté de moi, Damian bouge un peu. Il se tourne sur la droite, papillonne des yeux.

— Tu veux monter dans ta chambre mon cœur ?

— … non. Je peux avoir de l'eau ?

Je hoche la tête, et me lève pour aller lui chercher un verre d'eau. Le temps que je revienne, il a changé de position. Lorsque je m'assois, il se replace, et appuie sa tête sur mes genoux. De la main, je caresse ses cheveux ébène, retrace les traits de son visage, le regarde se rendormir.

J'oublie le temps qui passe, à le regarder dormir. Des souvenirs remontent, de ceux qui réchauffent le cœur et font oublier la misère du présent. Lui et moi avons presque neuf ans d'écart. Alors, lorsqu'il est né, j'étais déjà âgée : je me rappelle de sa petite tête dans la chambre de ma mère à l'hôpital, je revois ses premiers pas, ses premiers mots, sa première chute à vélo. Sa passion pour les telenovela ridicules dont ma mère s'abreuvait, son aversion pour le football et son amour pour la série Icarly.

Comment tout ça a t-il pu aussi mal tourner ?

On toque à notre porte. Je n'ai pas envie de le déranger, alors je lance un « Entrez ! » que j'espère assez audible. La porte s'ouvre, et je suis presque soulagée en voyant Samuel passer l'encadrement de la porte du salon.

— Raf m'a dit que je vous trouverais ici, sourit-il.

Il s'approche, dépose un baiser sur ma joue, et s'assoit au pied du canapé en tailleur, à même le sol.

— Comment il va ?

— Et toi ? je rétorque en avisant ses cernes.

Il me répond que tout va bien, ponctue le tout d'un sourire lumineux dont lui seul à le secret. Ses yeux sont francs, je ne remets pas sa parole en doute.

— J'ai récupéré les cours de Dam...

Il sort de son sac à dos une pile de feuilles photocopiées qu'il pose sur la table basse. Puis, il retourne son regard sur son petit ami.

— Il m'a fait flipper cette nuit, finit-il par lâcher.

— Je suis désolée Samuel.

— T'as pas à l'être. C'est pas toi qui l'a forcé à prendre cette merde.

Ses derniers mots sont secs, douloureux ; il s'en rend compte, et détourne les yeux, la mâchoire crispée.

Il tend la main, et caresse la joue de mon frère avec un air peiné au visage.

— Les flics vont l'arrêter ?

— Aucune chance. Il n'y a pas de caméras de surveillance sur les quais.

— Ils doivent se douter que c'est un Cortez qui a tiré.

— C'est certain. Mais je vais t'avouer un truc Sam : les flics préfèrent nous laisser gérer tant qu'il n'y a pas de perte civile.

Il murmure un « C'est flippant » que je note assez tremblant, avant de relever les yeux vers moi.

— Je vais peut-être vous laisser ?

— Non mon chat, reste.

Le petit surnom que je lui donne le fait rougir, alors je passe une main dans ses cheveux, le sourire aux lèvres.

Samuel est tellement à l'opposé de son frère : on lui accorderait le bon dieu sans confession, tandis que Rafaël inspire la fuite et le doute. Je suis ravie que mon frère se soit trouvé quelqu'un comme lui pour l'épauler.

Avec sa tendance à provoquer, autant par les vêtements que par l'attitude, j'avais peur qu'il ne finisse au bras d'une femme ou d'un homme superficiel, pauvre d'esprit et attiré uniquement par sa jolie gueule.

Sam est à des années lumière de ce genre de personnes. Il porte aujourd'hui la fameuse salopette qui avait tant fait parler mon frère il y a des semaines maintenant.

Je baisse les yeux sur Damian lorsqu'il remue à nouveau. Je doute qu'il se soit vraiment rendormi depuis tout à l'heure, et constate son petit sourire lorsqu'il croise le regard de Samuel.

— Yo.

— T'es qui pour dire ''yo'', rétorque mon frère en souriant.

— Moi aussi je suis content de te voir.

Ils rient tous les deux, alors je décide d'échanger ma place avec Samuel, qui l'accepte bien volontiers.

— Merci pour la place chaude, me sourit-il.

— Oh mais de rien, c'est un plaisir.

Mon frère se cale plus confortablement contre lui, et le laisse caresser ses cheveux en se laissant retomber dans la somnolence.

Fiona et les jumeaux nous rejoignent quelques dizaines de minutes plus tard. Mikky et Danny me sautent au cou, des restes de chocolat autour de la bouche.

— Vous avez encore arnaqué Fiona ?

— C'est elle qui a proposé ! rétorque Danny.

— C'est vrai je plaide coupable. Je leur ai pris un donut au chocolat sur le chemin du retour.

Je vais pour étreindre Fiona, qui me serre contre elle avec affection. Ses lèvres embrassent ma tempe, et je note sa jolie combinaison noire et ses talons hauts.

Si comme mon frère j'avais été bisexuelle, Fiona aurait tout à fait été mon type de fille. Élégante, le sourire lumineux et le tempérament joyeux, tout ce qui nous manque dans cette famille.

Elle me dépasse, et sourit jusqu'aux oreilles en voyant Samuel.

— Baby Sammy, como està ?

— Està bien y tù ?

— Oh, tù hablas español ahora ?

Samuel sourit, et lui indique ''un peu'' avec ses doigts. Mon amie l'embrasse sur le front, et se penche pour empaumer le visage de Damian et déposer un baiser sur son nez.

Puis, elle revient vers moi en m'interrogeant du regard.

— MD..., je susurre.

— Merde, sérieux ? Ça pue ça.

— À qui le dis-tu. Je dois appeler Lu, je crois qu'elle était avec lui hier soir.

— Cette fille est une puta.

— Elle est aussi paumée que lui.

Fiona acquiesce. Nous gagnons la cuisine et nous asseyons à table, tandis que je sors mon portable.

Le contact de Lu annoté de ''urgence seulement'' me fait un drôle d'effet : je n'ai jamais eu beaucoup de contact avec elle, et n'ai je crois, encore jamais utilisé son numéro de téléphone.

Fiona me soutient du regard, alors j'appelle.

Messagerie, presque immédiatement.

— Lu c'est Ariana, je crois que tu l'as remarqué vu la vitesse à laquelle tu as raccroché. Je veux savoir ce qui s'est passé hier, alors tu as intérêt de me rappeler. Et au cas où tu te poserais la question oui, c'est une vraie menace. À toi de voir si t'as envie de tout prendre pour Donni et les autres.

Je raccroche et jette mon portable sur la table avant de me prendre la tête entre les mains.

Fiona se lève et vient m'étreindre, le menton sur le haut de mon crâne.

Si je dois retenir un point positif de mon métier d'escort, c'est bien elle.

Elle ne peut pas se rendre compte d'à quel point dans cette merde, les mains sont rares pour nous remonter à la surface.

Plus d'assistante sociale, pas de soutien des professeurs et directeurs des écoles, plus de job, H qui part en vrille, Rafaël qui le suit, je ne sais plus où donner de la tête.

Ma gorge se noue une nouvelle fois, et je me sens asphyxier dans mon propre corps.

L'autre jour j'ai osé demander à mon frère s'il arrivait encore à respirer. Quelle question hypocrite lorsqu'on est soi-même maintenue par un simple masque à oxygène.

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