12 - Rafaël

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Rafaël

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   D'un œil fatigué, je regarde les pages de mon dossier défiler à l'écran. Elles se succèdent à grande vitesse, me donnent presque le tournis. À ma montre, il est dix-huit heures, je suis sur mon affaire depuis presque trois heures.

La lassitude commence vraiment à me gagner.

Je suis au point mort depuis bientôt dix jours : pas de nouvelles rentrées d'information, pas de découvertes, pas d'avancées. Jay m'avait prévenu : « Si tu ne saisis pas le taureau par les cornes, tu finiras par te fatiguer avant lui ». Il avait raison.

La fiche de Ariana attire mon regard, je détaille une nouvelle fois sa photo, ses informations.

Vingt-trois ans. Ex-membre des Cortez. Deuxième de la fratrie. Escort girl.

Que puis-je ajouter d'autre ? Le reste, ce sont des informations ridicules sur ses relations, son caractère, des éléments franchement inutiles, mais que je suis obligé de compléter pour ''le bon traitement'' du dossier par mes supérieurs. Qu'ils aillent se casser le cul a découvrir sa taille exacte, on en reparlera après.

Comme une bénédiction, mon portable sonne, et à la vue du nom de mon frère, j'ai presque envie de sauter de joie.

— Hello jeune homme, je souris dans le micro.

Sa voix enjouée me répond, me demande comment je vais, me décrit avec précision la longue balade à cheval qu'il a faite cet après-midi. Avec ses mots parfois maladroits, il me parle de nos grands-parents, de leur talent pour la cuisine, mais aussi du goût un peu trop prononcé de son grand-père pour le tir de poulet. Il me fait rire, me raconte sa petite vie d'ado de quatorze ans isolé dans le ranch familial.

— Tu as eu des news de notre très cher voisin ?

— Oui, je dois l'appeler ce soir. Pourquoi ? Il était au parloir cet après-midi.

— Vraiment ?

Je repose rapidement mon portable à côté de moi, et trouve la fiche de Montgomery, dit Monty Cortez.

— Ouais, apparemment, ça s'est pas super bien passé. Il avait pas l'air bien par message.

— Tu sais pourquoi ?

— Il m'a jamais vraiment expliqué, mais je crois qu'il a pas de supers relations avec son père...

Dans la colonne ''famille'', j'entre le nom de Damian, et y ajoute un rapport conflictuel entre parenthèse.

— Qu'est-ce que tu tapes à l'ordi ? Ça résonne dans mes oreilles.

— Rien, un mail pour Jay. Il viendra pas ce week-end au fait, un truc lui est tombé sur le coin du nez.

Il rigole, et je comprends à son rire qu'il n'est pas du tout touché par cette nouvelle oh combien dramatique.

— Tu sais si Ariana était avec lui au parloir ?

— Bah oui, évidemment. Elle allait pas le laisser y aller tout seul !

Je prends note dans ma tête, de chaque petite information que je peux glaner de cet appel téléphonique.

J'ai l'impression d'être un traître envers Samuel.

— Je vais te laisser, mamy a besoin de moi pour préparer le repas.

J'acquiesce en silence, et lui souhaite une bonne soirée, avant de raccrocher.

Ce ne serait pas honnête de nier que sa présence me manque. Ses blagues parfois nulles, ses pas précipités dans les escaliers, son nez qui se retrousse lorsqu'il est contrarié. Et surtout, les paquets de gâteaux vides qu'il sème derrière lui avec une application frôlant le perfectionnisme.

C'était la meilleure solution, de l'éloigner quelques jours. Et, maintenant que je sais que Damian a revu son père, en plus de tout ce qui lui arrive déjà, je me dis que la situation aurait pu déraper. Dans sa fiche, j'ai noté que face aux émotions trop fortes, il peut rapidement se mettre en danger, ou mettre en danger les autres. L'alcool qu'il boit, la drogue qu'il prend, sont des signes plutôt clairs de ses périodes que je qualifierai de ''basses''. Je le soupçonne également d'avoir une vie sexuelle peu conventionnelle, mais je n'ai encore rien pour pouvoir le rentrer dans sa fiche. De plus, le premier soir où il s'est introduit chez nous, après avoir passé la phase une de ''l'initiation'', Ariana m'a fait passer une enveloppe qui contenait des cachets. Deux, exactement. Deux sortes de traitements différents, mais complémentaires. L'un pour lutter contre les bouffées d'angoisse, l'autre agissant comme calmant émotionnel. Je me suis senti un peu coupable de regarder dans cette enveloppe, mais je devais savoir ce qu'il prenait en présence de mon frère.

Mon instinct me fait dire que quelque chose dans cette famille est brisé de façon plus profonde qu'ils essayent de nous le faire croire.

Un nouveau message sur mon portable attire mon attention, et je ne peux m'empêcher de remettre en cause mes croyances sur les coïncidences.

« Repas chez moi ce soir ? Tu es sans enfant je crois ? » - Ariana.

Un sourire étire mes lèvres, tandis que je rédige ma réponse.

« Tout dépend, comment est votre situation familiale ce soir ? » - Rafaël.

« Dam a prévu de passer la soirée dans sa chambre, et de ne rien manger. Je t'expliquerai. Et les jumeaux sont en soirée pyjama » - Ariana.

« Va pour moi, on se dit vingt heures ? » - Rafaël.

« On se dit quand tu veux » - Ariana.

   Je regarde Ariana s'affairer autour de moi, survoltée. L'impression qu'elle ne sait pas quoi faire de son corps transpire de ses pores. Elle court presque de la cuisine au salon, oublie un verre, y retourne, en ramène un mais qui n'est pas de la bonne taille, soupire, et recommence son manège.

— Tu voudrais pas t'asseoir ?

— Je voudrais surtout réussir à te servir un coup à boire.

— Tu veux que je t'aide alors ?

— Jamais de la vie !

Elle me pointe d'un doigt menaçant, et me gronde de rester assis sur le canapé, ce que je fais sans rechigner. Pas du tout envie de la contrarier, surtout dans l'état où elle se trouve.

Je suis arrivé il y a vingt minutes maintenant, et j'ai déjà eu le temps de croiser Louka, un ami à elle, et Damian qui effectivement, n'avait pas du tout l'air dans son assiette. Il descendait pour remplir sa bouteille d'eau, alors j'ai pu l'informer que mon frère comptait l'appeler. Il a juste souri, et m'a souhaité une bonne soirée. Figé, crispé, je ne l'avais encore jamais vu dans cet état.

— Ok, on est bon, s'exclame Ariana en s'asseyant face à moi.

— J'aimerais bien savoir à combien est ton rythme cardiaque là.

— Aucune idée, et j'ai pas envie de savoir.

Habilement, elle débouche une bouteille, et me serre un bon verre de vin rouge au nom latin.

Je trouve ça étonnant, cet héritage culturel que Ariana tente de combattre, tout en continuant à le faire perdurer par petites touches. Ses spécialités par exemple typiquement mexicaines, le vin qu'elle vient de me servir, la décoration qui reste très typique, l'espagnol qu'elle assure vouloir arrêter, mais qu'elle continue de glisser dans presque toutes ses phrases. On ne peut pas combattre ses racines, c'est ce que j'essaye de me dire.

Nos parents à Samuel et moi, étaient pour l'un Néo-zélandais, et pour l'autre anglaise. J'estime avoir beaucoup pris du côté culturel de ma mère, au détriment de celui de mon père. Le fait que nous ne l'ayons pas connu y joue peut-être pour quelque chose : un refus, un rejet.

— Alors ? Sam m'a dit que vous aviez été voir votre père cet après-midi ?

Elle se crispe légèrement, et je me rends compte que j'aurais peut-être pu être un peu moins direct.

— Notre père oui. Ce sera la dernière fois. Pour moi en tout cas.

Sa voix est sans appel, et ne donne pas l'envie d'en savoir plus. Elle est en colère c'est certain, mais aussi et surtout blessée. Ça se sent aux variations de ton dans sa voix.

Monty Cortez, un véritable symbole, le chef le plus brutal que le gang ait connu, selon les témoignages et les articles que j'ai épluchés ; responsable de nombreux trafics en tout genre, allant de la drogue aux armes de guerre directement revendus à d'autres gangs plus au sud, il est aussi passé par le meurtre à de nombreuses reprises, mais une zone d'ombre persiste. Il y a deux ans, il a été arrêté pour achat et revente de cocaïne à échelle régionale. Il en a pris pour deux ans et six mois. On ne prend pas autant, simplement pour de la revente de cocaïne. Si on la fabrique, oui, mais il n'a jamais été question de labo, ou alors je me suis mal renseigné.

Cependant, quelques semaines avant son arrestation trois jeunes femmes ont disparu après une sortie en boîte de nuit, largement fréquentée par les Cortez. Passée sous silence à l'époque, cette affaire vient de refaire surface : les disparitions ont repris, et la police est sur les dents.

Sauf que Monty est encore en prison.

Doucement, j'attrape la main de Ariana, et la serre au creux de la mienne.

— Tu sais, on choisit pas sa famille.

— À qui le dis-tu, soupire t-elle en me rendant mon étreinte. Dam m'a rien dit, lorsqu'il est sorti de la salle des rencontres. Mais il a vomi en rentrant à la maison. Il me soutient que c'est une indigestion, un truc qui n'es pas passé. Je sais pas ce que l'autre fils de pute lui a dit, mais ça lui a retourné l'estomac.

Je hoche doucement la tête, réfléchis à un moyen de lui changer les idées, de lui faire oublier tout ça, toute cette merde qui semble graviter autour d'eux comme la lune autour de la Terre.

— T'as une enceinte ?

— Dans la cuisine oui, pourquoi ?

Je lui indique de rester assise, et me relève pour rejoindre la cuisine, et attraper une petite enceinte sans fil rouge, négligemment posée sur le plan de travail. En quelques clics, je la connecte à mon portable, et lance I'm still standing de Elton John. Ce choix semble l'interroger aux premiers abords avant que doucement, elle n'agite la tête, le sourire aux lèvres.

Lorsque Sam n'est pas bien, je lui mets toujours de la musique. Ça lui change automatiquement les idées, alors j'imagine que ce mécanisme doit marcher sur d'autres.

Le son est un peu fort, et doit sûrement monter jusqu'à la chambre de Damian, mais qu'importe ? Lui aussi pourra bénéficier des bienfaits de la musique.

— Elton John ? Je te voyais plus punk.

— Peut-être, je souris en me rasseyant en face d'elle. Mais je trouve vraiment cette chanson géniale, pas toi ?

Elle opine, et continue de secouer la tête, tout en buvant une gorgée de vin.

Ses yeux sont rivés sur moi, elle ne me lâche pas du regard. Ses yeux infiniment bruns, ses longs cils et son sourire, qui s'agrandit à mesure que les secondes passent.

— Tu disais qu'on choisit pas sa famille tout à l'heure. Tu crois qu'on peut choisir qui y rentre et qui ne mérite pas d'y rester ?

J'acquiesce, et elle attrape mon portable toujours connecté à l'enceinte, pour lancer une autre chanson, plus pop, plus lente aussi. Happier de Marshmello, je la reconnais presque tout de suite. Mon frère l'écoutait beaucoup au moment de sa sortie, entre deux morceaux de reggae.

— Tu danses ?

Elle s'est levée, et me tend la main. Je n'avais jamais remarqué les cicatrices à ses paumes, et m'en étonne : ce n'est pas faute d'avoir regardé ses mains pourtant.

Je lui souris, et me lève avant de saisir sa main, et d'essayer de combler son envie de danse, malgré mon piètre talent. Elle essaye de me guider, je lui marche sur les pieds, et elle rit. Elle rit pour de vrai, de bon cœur, malgré ma maladresse et mes yeux rivés sur mes pieds pour tenter d'éviter les siens.

Je n'ai jamais ressenti une chose pareille pour quelqu'un. Ça en ferait presque mal par moment, lorsque le cœur se contracte trop fort pour exploser l'instant d'après.

« Juste une mission », me rappelle la voix de Jay dans ma tête. Ça fait quelques temps que ça a dépassé ce stade. Bien sûr, je ne la perds pas de vue, car si je n'arrive pas à la régler, il n'y aura bientôt plus de corps à serrer contre le mien.

Ses mains courent lentement le long de ma nuque, caressent mes cheveux, et retracent l'os de ma mâchoire.

— C'est cool de pas être parent de substitution pour une fois, me souffle t-elle.

J'acquiesce, et agite un peu les doigts que j'ai enroulés autour de sa taille.

Elle se rapproche un peu plus, et mon cœur s'emballe. Apprendre à gérer sa respiration, son rythme cardiaque, garder la tête froide ; tous ces gestes appris à West Point s'effacent pour laisser les commandes à l'auto-pilotage.

Je la vois se hisser sur la pointe des pieds, pour simplement effleurer mes lèvres des siennes, volatiles et aguicheuses.

— Et si Dam descend..., je murmure.

— Il prendra exemple.

Je frémis, lorsqu'enfin, la chaleur de ses lèvres englobe les miennes. C'est doux, expérimenté et habile, tout mon contraire. On sent qu'elle a l'habitude, qu'elle sait comment faire, alors que comme pour la danse, j'essaye d'apprendre, ou plutôt de réapprendre sur le moment.

J'ai déjà eu des aventures bien sûr, mais aucune ne méritait que je m'applique comme je dois le faire ce soir. Elle inspire, se serre encore plus contre moi, sa poitrine contre la mienne, son bassin proche du mien.

Une tension s'évapore, quitte mes épaules, à mesure que mes lèvres vont et viennent de sa bouche à son cou, puis le long de sa mâchoire. Sa peau est salée, ce qui au premier abord me surprend, et au second me conquis.

Elle se cambre un peu plus, m'offre un accès illimité à la douceur de sa peau et au parfum enivrant de ses longs cheveux brun.

Ma résistance tombe, et je m'abandonne.

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Elle frémit dans sa petite chemise en soie. L'air est plus frais qu'à l'accoutumée mais elle n'y prête pas attention. Accoudée au balcon de son appartement, tout en haut d'un de ces immeubles haussmanniens, elle rêvasse. Elle porte une cigarette à ses lèvres, inspire et expire doucement, lentement, pour savourer chaque instant. Des bruits de klaxons au loin. Des éclats de rire. Tintement de cristal, des verres que l'on entrechoque. La ville à l'heure du coucher, tiraillée entre deux mondes, s'assoupit paisiblement. Le soleil a maintenant disparu mais le ciel porte encore la marque rosée de ses rayons. Ils s'effacent, sans bruit, petit à petit, sans que personne ne le remarque. Tout à coup il fait plus sombre et les ombres grandissent dans la rue. Elle observe le ciel. Peu d’étoiles sont visibles dans la capitale. Son seul véritable défaut d’après notre citadine. Et ce soir, même la lune et sa lumière si familière se font désirer.
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Elle esquisse un sourire. Elle aime ces moments, seule, seule avec ses pensées. Quand l'odeur de la nuit vient titiller son nez. Cette odeur de feu de bois et de liberté si propice à l'imagination. Quand l'irréel prend soudain la place du réel. La nuit est comme une parenthèse dans la réalité, tout semble possible, à portée de main, les rêves les plus fous aspirent à se réaliser, les peurs les plus effroyables paraissent plus menaçantes, plus dangereuses. Dans l'ombre, les amants se réunissent, les caresses se font plus douces, les étreintes plus passionnées. C'est le temps de toutes les promesses mais aussi de toutes les trahisons. Cela ne dure cependant jamais très longtemps, bientôt le soleil refait surface, piégeant les moins prudents ou rassurant les plus angoissés. Les cheminées, sur les toits de ces grands immeubles se détachent dans le ciel sombre, tels des géants silencieux qui agissent dans l'ombre. Elles ne bougent pas, ne respirent pas et pourtant sont là, comme veillant sur les habitants endormis. Certaines laissent s'échapper doucement une fumée grise, signe de chaleur et de foyer, de retrouvailles et de longues soirées.
De la musique au loin. Un tourne disque sans doute. Elle tend l'oreille, essaye de deviner l'artiste joué, du piano, de la musique classique. Elle ferme les yeux et se laisse guider par la mélodie. Bientôt tout son corps s'anime et elle esquisse quelques pas sur son balcon. Entre les géraniums et le basilic. Elle virevolte et ses pieds quittent le sol, elle s'envole. Elle est époustouflante. Et pourtant si fragile. Son corps frêle, caché sous son léger vêtement porte des cicatrices. La vie est dure dirait-on. Mais elle est là, dans son nouveau chez-elle, preuve vivante du renouveau. Elle a repeint la salle de bain en jaune. Pour éclairer la pièce comme un soleil a-t-elle déclaré. Un beau jaune tournesol qui a fait grimacer sa mère. Elle est aussi très fière de son tapis bariolé déniché le matin même dans une brocante. Il se marie parfaitement avec le canapé gris du salon. Parfait pour réchauffer ses pieds l'hiver, à défaut d'avoir une cheminée. Pourtant elle a espéré, dans sa naïveté enfantine, pouvoir trouver un appartement avec un petit poêle. Pour le crépitement du feu. Mais Paris et son petit budget en ont malheureusement décidé autrement. Tant pis, elle s'est promis, qu'un jour elle aurait une piscine et une cheminée. Et une véranda fleurie où elle pourrait s'installer tranquillement pour lire, dans un fauteuil aux gros coussins moelleux. Un hamac au fond du jardin, entre deux grands arbres majestueux. Elle rit. Pour tout et n'importe quoi à la fois. Et quand elle rit tout son visage resplendit. Elle est époustouflante. Elle a toujours attiré les regards. Des hommes célibataires, fiancés ou mariés. Ils l'abordent, la complimentent, cherchent à la charmer par des paroles doucereuses ou des promesses en l'air. Mais, d'un pincement des lèvres, d'un regard hautain ou d'un geste agacé de la main, elle les repousse. Et, déçus, ils s'en vont en conquérir d'autres. Plus abordables et plus sensibles à leurs charmes. Ces femmes, si fiévreuses de plaire et si avides d'attention, qui n'hésitent pas à gratifier leurs prétendants de regards en coin ou de paroles mielleuses.
Elle porte à ses lèvres son verre de cognac et ses bracelets au poignet tintent doucement. Une jeune fille ne doit pas boire d'alcool fort comme ça toute seule. Foutage de gueule. Elle n'a qu'à faire de ces principes de la bonne société. Pourquoi donc ne pourrait-elle pas profiter de ce petit plaisir ? Et puis les règles ne sont-elles pas faites pour être bafouées ? Ses doigts blancs et fins entourent délicatement le verre, ses ongles légèrement vernis sont coupés courts. En un coup d’œil on devine qu’elle n’a jamais vraiment été intéressée par les travaux manuels. Non, la peau de ses mains est beaucoup trop fine, n’a jamais été abimée par la sueur ou la crasse. Elle est plutôt du genre avocate. Ou quelque chose dans les livres peut-être. Elle est réfléchie et mesurée. Mais les yeux pétillants et le regard malicieux. Elle regorge de vitalité, de joie et de volonté.
Bientôt elle soupire. Peut-être est-il temps pour elle de retourner se coucher ? Elle hésite. Son lit l’attend, et, avec lui, ses draps propres aux senteurs de lavande et son bien-aimé. Et puis, le réveil sera difficile si elle tarde trop. Mais elle s’interdit de penser au lendemain, à la sonnerie de son téléphone qui viendra la tirer de sommeil, l’enlever à son repos. Elle s’accorde encore quelques minutes. Juste le temps de mémoriser cet instant. Elle ferme les yeux. Faites que le temps s’arrête, faites que demain n’arrive jamais.
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"Viens mon amour, Rachel, viens te recoucher, il est tard." Chuchote-il. Elle sourit et lui emboite le pas, sa main dans la sienne.
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