4 - Damian

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Damian

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   Chez Duke ? Et puis quoi encore ? J'ai déjà du mal à supporter ce mec durant les horaires de cours, alors me le coltiner pendant toute une soirée ? Plutôt m'offrir à Ariana et à ses réprimandes, la mort sera certes douloureuse, mais moins longue.

Quant à Lu... c'est un peu le même problème que pour H. Hier soir, elle était là, et j'ai croisé son regard impassible entre deux coups de poing et un revers de barre à mine. Le besoin de m'éloigner des Cortez, c'est aussi un besoin de m'éloigner de ses membres. Et Lu est définitivement l'une de leurs membres les plus assidus.

— Je sais pas trop...

Et c'est vrai.

Ce matin, lorsque j'ai quitté le cours, je ne m'attendais absolument pas à ce quiconque ne me suive. Je savais que la majorité des gens de ma classe seraient trop occupés à partager les vidéos de mon exploit pour ne serait-ce que s'intéresser à ce qui se passait vraiment pour que je réagisse ainsi.

C'est toujours comme ça : on évite de suivre l'acteur à la sortie du théâtre, cela pourrait gâcher la pièce que l'on vient de voir. Et puis, ce n'est pas comme si ils n'étaient pas habitués à mes épisodes d'hystérie.

Alors, lorsque la porte des toilettes s'est ouverte sur Samuel, un électro-choc m'a parcourut. Quelqu'un au final, s'inquiétait de savoir comment j'allais. Et malgré ça, j'ai tout de même trouvé le moyen d'être désagréable avec lui.

On a un peu parlé, lui et moi. Rapidement, lui tentant de m'approcher, moi le fuyant avec une détermination toute expliquée. La confiance, le relâchement, ça ne se donne pas au premier venu.

Après coup, je me suis demandé pourquoi Samuel m'avait suivi, et j'en suis arrivé à une conclusion : il est nouveau, il connaît pas les étiquettes. Pour lui ce matin, je n'étais pas le frère de H, ou le mec facile, mais juste moi. Juste Damian Cortez, qui venait de quitter le cours d'histoire après avoir balancé des vulgarités pas possibles au prof, Damian Cortez et sa gueule ravagée, Damian Cortez qui venait de passer la nuit à voir la déception dans les yeux de sa sœur.

J'étais tellement heureux, lorsque je l'ai vu rentrer dans ces fichus toilettes : enfin quelqu'un se préoccupait de moi. Mais j'étais aussi et surtout terrorisé, qu'il capte la brèche, qu'il voit la faiblesse, les marques sous l'anti-cerne.

— Il t'est arrivé quoi au visage ?

Le son de sa voix est plus proche. Il a dû se tourner sur le côté pour pouvoir mieux me parler.

— Mon pote Julio organise une soirée la semaine prochaine, pour Halloween. Ça te dirait d'y aller avec moi ?

— Tu viens de répondre à ma question par une autre question ?

— Peut-être.

Je croise mes bras derrière ma tête, et inspire à pleins poumons. Ça fait du bien de parler avec quelqu'un de neutre, quelqu'un qui ne sait rien de tout ce qui se joue ici depuis quelques années.

Samuel, c'est un peu une bulle d'oxygène.

— Je suis pas sûr... elles ont l'air un peu violentes les soirées où tu vas.

— Quoi ?

— Mec, la dernière fois tu as carrément vomi sur le trottoir.

— T'es pas obligé de boire.

Il rigole, et je l'imite. C'est vrai que comme premier contact entre lui et moi, le fait de presque vomir sur ses chaussures a quelque peu dû l'effrayer.

— Tu vas tout de même y réfléchir ?

— Je vais y réfléchir.

Je souris pour moi, satisfait que dans ce noir d'encre, il ne capte pas mon soulagement qu'il accepte au moins d'y réfléchir.

Puis, c'est le noir, le vrai : je m'endors en quelques secondes à peine.

   Le matin, d'ordinaire, je suis réveillé par le doux son de la voix de Ariana bramant les prénoms des jumeaux à travers toute la maison. C'est violent, mais au moins ça a le mérite de me mettre directement dans le feu de l'action.

Ce matin, c'est un tout autre réveil auquel j'ai droit, qui pour le coup, n'a le mérite que de me faire haïr un peu plus les personnes s'évertuant à conserver de vieux réveils des années soixante.

Lorsque celui de Samuel se met à sonner dans la chambre, un glapissement m'échappe, et j'ai le réflexe d'enfouir ma tête sous la couverture. Mon colocataire lui, ne semble pas dérangé puisqu'en quelques secondes, il a coupé le réveil, ouvert les volets, et tiré la couverture que je tenais pourtant avec force entre mes poings serrés.

— Debout, c'est six heure trente.

— Putain mais t'es un grand malade ! Les cours commencent à huit heures !

— Et ?

Je me redresse en grimaçant de douleur, et me passe une main sur les trapèzes. Ils sont aussi tendus qu'hier, voir plus, et me lancent à chaque mouvement.

— Je t'avais dit que tu allais pas être bien.

— Et j'avais quoi comme autre solution ?

Il roule des yeux, constate que j'ai raison, et m'offre donc un pouce en l'air.

Je roule rapidement le tapis de sport, le rends à Samuel, et inspecte l'état du sweat que j'ai eu sur le dos hier . Il sent approximativement bon, ça fera l'affaire.

— Un conseil, met un coup de déo dessus.

— Cette journée, va être un véritable enfer.

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire nous nous succédons dans la salle de bain accolée à la chambre de Samuel, et j'en profite pour faire un rapide constat sur l'évolution de mes hématomes. Si je devais évaluer ça sur une échelle de zéro à dix ou zéro serait un visage parfait et dix une bouillie sanglante de chair et d'os broyées, je me situerai à peu prêt à six et demi. Peut être même sept. Mon arcade a gonflé et suinte d'un liquide transparent relativement écœurant, ma mâchoire est bleue, noire, jaune par endroits, et mon nez semble avoir encore doublé de volume durant la nuit.

Un gémissement m'échappe à la vue de ce massacre, et Samuel passe la tête par la porte pour prendre connaissance de mon état.

— Je mettrai pas un pied au lycée dans cet état.

— Tu devrais quand même faire un saut aux urgences, ton arcade est vraiment pas belle à voir.

Je me retourne vers lui, inspire à pleins poumons, et m'apprête à lui exposer mes arguments contre une virée à l'hôpital, lorsque la voix de Ariana s'élève du rez-de-chaussée.

— Damian Cortez ! Descends immédiatement !

Comme quoi, mon répit n'aura été que de courte durée. N'empêche que ces quelques heures de vie grappillés auront été agréables. Je ferme les yeux, récite mon « Ave Maria » tout en me protégeant d'un signe de croix rapidement exécuté.

— Damian !

Mais qu'est-ce qu'elle fait chez les Portgas déjà ? À sept heure du matin en plus. Elle m'a attendu en bas des marches toute la nuit, ce n'est pas possible autrement.

— Dépêche-toi, dernière édition !

— Oh j'arrive là ! Laisse-moi prier !

Je l'entends rugir en bas des marches, et Samuel m'encourage d'une légère étreinte sur mon épaule.

— Je te rejoins dans deux minutes, je termine mon sac.

— Prends ton temps, deux minutes lui suffiront amplement à m'égorger vif et me dépecer.

Résigné, je descends les marches au ralenti, tente de prolonger mes derniers instants de vie. Avant d'atteindre la dernière marche, j'ai le temps de réaliser que je vais mourir sans avoir atteint mes quinze ans, ce qui est plutôt triste.

Puis, c'est le choc : Ariana qui fond sur moi, je me prépare à l'impact, mais au lieu d'une gifle ou d'un coup de de pied, ce sont ses bras qui m'encerclent et me serrent contre elle. Mon visage est ramené contre son cou, dans ses épais cheveux bruns, dont j'inspire l'odeur avec soulagement. Son étreinte est chaude, pleine de réconfort.

La gifle vient juste ensuite.

Ça résonne comme un coup de fouet dans toute la maison des Portgas, mais il me semble bien que la trajectoire de sa main, visait ma joue la moins touchée par les coups de l'avant-veille.

— Je devrais te tuer Damian. Te lapider en place public, puis envoyer tes restes au premier foyer de la région ! Tu mériterais que je te redonne un coup de poing sur l'arcade, petit con.

— Ariana...

— Callate ! Tontucio ! Tu te rends compte de l'angoisse pour moi ?

Et elle me resserre contre elle.

Que ceux qui osent dire que les clichés des telenovelas ne sont pas fondés se reprennent : ils le sont, et j'en paie chaque jour les dérives. Ma sœur en est l'exemple type avec ses mots qui vont et viennent de l'espagnol à l'anglais, ses grands gestes aussi expressifs que ses yeux où danse un brasier ardent.

Rafaël est assis à la table de leur salle à manger, et boit un café fumant qui me fait de l’œil. Il nous observe d'un regard à la fois amusé et hautement impressionné – effrayé ? – par le sang bouillant de ma sœur.

Samuel nous rejoint quelques instants plus tard, un sweat Mickey Mouse sur le dos.

— Tu vas pas aller au lycée avec ça ? C'est pire que la salopette !

— Parle correctement à Samuel ! Il t'a sauvé les fesses !

Nouveau taquet derrière la tête.

— J'ai tout de même le droit de m'exprimer non ?

Elle me fusille du regard, et commence à m'incendier une nouvelle fois, totalement en espagnol, la voix stridente et le volume sonore bien trop haut pour l'heure qu'il est.

— Ariana c'est vulgaire ça ! je m'écrie lorsqu'un mot un peu tendancieux tique à mon oreille. Et puis arrête de hurler comme ça !

— Parce que tu penses que si je chuchote ça va mieux rentre dans ta petite tête de con ?

Elle chuchote maintenant, la bonne blague.

— Moi je pense pas non. Alors profite qu'on soit chez Raf et Sam, parce qu'une fois à la maison ça va regueuler sec.

Quelle heure est-il ? Trop tôt pour retourner me coucher j'imagine.

Samuel nous a contournés et nous fixe d'un air ahuri. Peut-être que ça peut lui paraître étrange et excessif, mais pour moi c'est la norme. Depuis le temps que je vis avec Ariana, je me suis habitué à son sale caractère et ses besoins irrépressibles de déverser toute sa colère et son stress sur moi, avec son piment et ses hurlements caractéristiques. Un jour elle a hurlé comme ça sur Mikky : il a pleuré.

Ariana me pousse à table, où je prends place devant une tasse encore vide que Rafaël ne tarde pas à me remplir de cacao.

Génial.

Samuel s'assoit en face de moi, ses cheveux complètement en vrac, mais fier d'avoir été défendu par la furie Cortez, bien qu'une petite ombre suspicieuse ne persiste au fond de ses yeux bleus. Je sais ce qu'il se dit : pourrait-elle aller jusqu'à le tuer ? La réponse est « certainement », alors je serais lui, je ne tarderais pas à prévenir la police.

— Bien, commence Rafaël en tendant une assiette couverte de toast à son frère. Comme je l'ai dit à Sam hier soir, ce qui s'est passé hier matin, et hier soir, ce sera la première, et la dernière fois. Ariana et moi, nous avons d'autre choses à faire qu'aller nous battre avec votre conseillère.

L'image de madame Aubra aux prises avec Ariana et Rafaël me donne envie de sourire, mais je me retiens ; autant éviter de se prendre un coup de cafetière en plus de la gifle, du taquet et du dictionnaire des vulgarités en espagnol.

— De ce fait, plus de coup d'éclat en cours d'histoire...

— … plus de fuite du cours d'histoire...

— … et surtout plus de vagabondage, et de fugue sans me prévenir ! Imagine si madame Kaya était passée à la maison hier après-midi !

— Madame Kaya... ?

— Elle était au rendez-vous hier après-midi. Et devine quoi grâce à tes exploits, tu vas avoir le droit à trois heures par semaine avec un éducateur ! Génial non ? Tu es heureux ? Tes conneries ont payé ! Et dernière nouvelle : l'éduc, c'est la dernière case avant le foyer, pour toi et les jumeaux. Apparemment, je sais pas vous élever.

Elle descend une tasse entière de café noir sans rechigner, et s'en resserre une immédiatement après.

Je donnerais cher pour avoir sa fréquence cardiaque, là maintenant.

— Au fait, enfin c'est juste une question hein..., commence Samuel, mais pourquoi tu es là ?

Il pose la question à ma sœur, qui lui lance un regard entre la colère et la lassitude.

— Car comme vous vous êtes ligués contre nous, et que je ne peux plus compter que sur Rafaël, nous avons décidé de vous prendre au saut du lit, pour que ça rentre mieux.

— Votre stratégie me paraît pas très réfléchie.

Parfois, j'aimerais que ma bouche reste close, malgré les idées de pique qui me viennent en tête.

J'avale tant bien que mal mon cacao bien trop sucré, et picore raidement un morceau d’œuf au plat dans mon assiette, l'estomac au bord des lèvres.

Quoi que j'en dise, me faire foudroyer de la sorte de bon matin a le don de me couper l'appétit.

Nous terminons tous le petit déjeuner dans le silence, et avant même que Samuel ou moi n'ayons pu ouvrir la bouche, Rafaël prend la parole, bien plus calme que sa voisine d'en face.

— Au vu de ce qui s'est passé hier Sam, Ariana et Damian vont passer la journée ensemble. Ils ont des choses à se dire. Mais toi, tu vas y aller, et tu vas même aller présenter tes excuses à Taylor.

Dommage que mon portable n'ait plus de batterie : j'aurais donné cher pour garder cette tête de Samuel en photo.

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Bientôt elle soupire. Peut-être est-il temps pour elle de retourner se coucher ? Elle hésite. Son lit l’attend, et, avec lui, ses draps propres aux senteurs de lavande et son bien-aimé. Et puis, le réveil sera difficile si elle tarde trop. Mais elle s’interdit de penser au lendemain, à la sonnerie de son téléphone qui viendra la tirer de sommeil, l’enlever à son repos. Elle s’accorde encore quelques minutes. Juste le temps de mémoriser cet instant. Elle ferme les yeux. Faites que le temps s’arrête, faites que demain n’arrive jamais.
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