Une étrange jeune femme. 2.8

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Puis son geste se fit hésitant, ses yeux perplexes. Cette statuette, c’était comme si elle lui parlait... Et ses yeux rouges, fait de pierre précieuse, avaient l'air si brillants. Devrait-il vraiment la détruire ? Ne serait-il pas dommage de la réduire en pièces ?

Il baissa son bras et lâcha son arme sans s’en rendre compte. Il se rapprocha plus près, fasciné par cette voix qui lui promettait mille et une merveille. Toutes ses penses s’évanouirent, remplacé par un seul sentiment, l’envie de la toucher. Un désir incontrôlable qui lui disait de la prendre et de ne faire qu’un avec lui.

Il tendit le bras et effleura l’idole du bout des doigts. Immédiatement, à son contact, un fort courant électrique parcourut sa main et traversa tout son corps. L’intensité, non mortelle, mais douloureuse, le fit sursauter. Surpris, il lâcha sa lampe, qui cessa de fonctionner en heurtant le sol.

 Un coup de vent glacé envahit la pièce, soufflant toutes les flammes des torches d’un coup et plongeant les lieux dans un noir total.

Pierre Berthas revint à lui, pestant en lui-même, contre ce maudit courant d’air qui avait éteint toutes les lumières, le plongeant dans une obscurité totale, et contre son manque d’attention. Il devait détruire cette idole et non la prendre avec lui ! Que lui arrivait-il donc ?

Mais bon, il n’était pas trop tard. La massue était encore là, quelque part par terre. Il n’avait qu’a rallumer une torche pour la retrouver et la frapper avec. Il fouilla alors dans ses poches pour en sortir un briquet. Un souvenir de l’époque où il fumait, avant d’arrêter à la suite de son accident vasculaire d’il y a moins deux ans. 

L’archéologue alluma son briquet zippo et tendit la main en avant, dirigeant la flamme vers l'idole. Tout paraissait normal mis à part ce courant d’air, encore plus froid que d’habitude et qui le fit frissonner. 

Sans plus trainer, il fit quelques pas sur le côté pour rallumer la torche la plus proche. Un sentiment de malaise l’envahit à nouveau et le fit se retourner vers la chapelle. Cette voix à nouveau. Elle l’appelait, le priant de le rejoindre, de ne faire qu’un avec lui.

Alors, sans s’en rendre compte, il s’avança, toujours plus près, jusqu’à qu’il se trouve plus qu’à quelque centimètre d’elle. Sa raison avait à nouveau disparu. Seule subsistait l’envie de toucher l’idole à nouveau et de la prendre dans ses mains. 

Hypnotisé, il leva le bras, et la saisit fermement dans sa main. Un froid glacial lui piqua les doigts, remontant telle une trainé de poudre dans sa main, dans son bras gauche, en raidissant tous les muscles. Sa bouche s’ouvrit de surprise et de douleur mêlé tandis que sa poitrine se serrait, comme comprimé par un corps étranger. Tous ses muscles se crispèrent de douleur, rendant son visage grimaçant, et faisant trembler son corps tout entier.

La vue brouillé, le souffle coupé, il fit un pas hésitant en arrière, tentant de porter sa main à son cœur qui battait de façon désordonnée et avec peine. Puis, avec un cri sourd, il s’écroula par terre, inanimé, sa main serrant l’idole, désormais ouverte et vide.

De longue secondes s’écoulèrent sans que le vieil homme ne semble revenir à la vie. Puis, comme par miracle, ses yeux s’ouvrirent d’un coup. Il releva le bras et porta sa main ridée devant son visage, la tournant d’un côté et de l’autre. Un sourire se forma sur ses lèvres, suivit d’un léger rire.

Il se releva souplement, sans difficulté, sans se préoccuper de la lampe au verre brisé qui gisait sur la roche, qui aurait pu jeter un peu de lumière sur ces ténèbres, aussi noire qu’un puit sans fond, qui l’entourait de toute part.

Après avoir jeté un bref regard autour de lui, il reprit le passage obscur pour sortir du sanctuaire, sans lumière avec lui pour le guider, sans se tenir sur la roche pour ne pas tomber, comme si ces yeux était devenu animal, comme il voyait où ses pieds le conduisait.

Un coup de feu, suivit des cris étouffés par la roche du temple lui parvint alors qu’il s’engageait dans la deuxième salle, tout aussi sombre, avec juste une faible lumière qui émanait de la pièce suivante. Cela ne le gêna pas. Il continua à marcher d’un pas pressé.

De longs hurlements terrifié, suivit d’un nouveau tir retentirent de l’extérieur, provoquant un sourire sur le visage du vieil homme alors qu’il s'engageait dans la première salle. Il traversa la longue allée de statue de Pierre—qui semblait sourire elle aussi-, en sifflotant, avant de rejoindre l'extérieur. 

Des voix paniquées. Des bruits de course, de chute, de moteur qui démarre. De nouveaux hurlements strident, cette fois ci de douleur et de souffrance. Il rit doucement, le visage joyeux, alors qu’il atteignait la sortie du temple. 

Un véritable champ de panique soufflait dans le campement. Des hommes couraient dans tous les sens, sortant précipitamment des tentes, abandonnant leurs sacs à dos n’importe où, se précipitant maladroitement vers la pente douce qui menait à la sortie. L'allé sablonneuse était jonché de bagages renversés, de bouteilles d’eau et autres vivres pour contenter la bête au pelage fauve argenté qui les talonner de près en grognant comme un démon rendu fou furieux. Les cinq derniers retardataires galopaient à tout a l’allure, n’hésitant pas à pousser son voisin le plus proche pour avancer plus vite, pour rejoindre le haut plateau et les deux camionnettes prêtes à s’élancer à tout instant.

Le loup doré gagna avec facilité le dernier fuyard qui grimpait la pente. Il bondit en avant. Ses griffes acérées frappèrent son dos, déchirant son débardeur, raclant la peau et l’entaillant profondément.  Il manqua happer sa nuque de sa mâchoires puissante de quelques centimètres et poussa un grognement de colère d‘avoir louper sa proie.

L'homme tomba en avant, en hurlant de surprise, de peur et de douleur. Sa tête et son torse heurtèrent violement le sol. Il dévala la pente à toute vitesse, roulant dans le sable et finissant sa course une dizaine de mètre plus bas, sonner par un coup à la tête porté contre des rochers saillants. Il n’eut pas le temps de reprendre ses esprits que l’animal qui avait suivi sa descente, lui saisissait un bras, provoquant de sa part un nouveau cri de douleur.

La bête mordit de toutes ses forces le membre dénudé et le secoua en grognant comme une poupée de chiffon, sous les yeux affolés d’un autre de ses compagnons qui tenait une arme. Un coup de feu résonna, frappant le sol à quelques centimètres de son encolure, qui surprise lâcha son bien, pour tourner son regard rouge vers son agresseur, les babines retroussées sur ses crocs ensanglanté. Puis en une fraction de seconde elle s‘élança sur lui, lui laissant juste le temps de s’écarter et de sauter dans l’un des véhicules en marche, qui aussitôt bondit en avant.

Pierre Berthas passa la porte, descendit les marches, et observa sans émotion le dernier homme qui tentait de se relever en hurlant, son bras brisé et ensanglanté pendant le long de son corps. Mal lui en prit. Son cri perçant attira à nouveau l’attention de la créature rester sur le haut de la dune, le regard flamboyant de rage fixé sur la voiture qui s’éloignait dans un nuage de sable. Elle se retourna, tête tendue dans sa direction, la gueule entrouverte. Puis sans crier garde, elle s’élança et bondit sur lui, le renversant sous son poids. Une seconde plus tard, ses crocs se refermèrent sur sa gorge, étouffant ses derniers cris.

L’animal s’acharna sur le corps sans vie une minute avant de se rendre compte de la présence du vieil homme, quelques mètres plus loin, debout sur le devant du temple. Son corps se tendit au maximum, prêt à attaquer à tout instant, tandis que ses yeux rougeâtres le fixaient avec attention, un léger grognement s’échappant de sa gorge.

Tout aussi soudainement l’attitude agressive du chacal se stoppa net. Ses oreilles se baissèrent sur son crâne. Ses grondements se changèrent en gémissement. La tête baissée en signe de soumission, il trottina en direction de l’humain, en se dandinant des fesses, la queue frétillante.

Le chacal rejoignit l’archéologue et se frotta affectivement contre ses jambes, la queue battant l’air à toute vitesse, en poussant des petits cris joyeux. 

Le vieil homme ne bougea pas d’un poil à la vue du fauve à se coté, du sang frais qui recouvrait sa poitrine et qui imprégnait un peu plus son pantalon beige à chacun de ses passages. Au contraire son visage sérieux s’éclaira d’un sourire. Il détendit la main et la posa sur l’encolure de la bête, comme s’il s’agissait d’un simple chien et non d’une bête sanguinaire.

— Oui, moi aussi je suis content de te revoir, dit-il en caressant sa tête toute poisseuse de sang.

Le canidé lui lécha plusieurs fois la main, avant de se calmer et de se tenir à ses côtés.

— Bien que vais-je faire à présent ? dit-il, en examinant sans émotion le campement déserté.

Apres une dernière tape sur la tête de l’animal qui se coucha sur le sable pour nettoyer son pelage, il se dirigea vers la première tente et pénétra à l’intérieur. Il observa une seconde son allure impeccable.

— Bien trop propre et bien trop rangé, se murmura-t-il à lui-même.

Oui, cela manquait de désordre. Un peu de fouillis sur la table, quelques vêtements qui trainent, cela ne faisait pas de mal quand même. Puis son regard fut attiré par la table et ses deux cadre photo délicatement posé sur le fond. Il fronça des sourcils, plissa les yeux, avant de se rapprocher d’un pas rapide.

— Non ! Pas possible ! S'écria-t-il en observant l’image du plus près.

Il sera les poings, pris d’une soudaine colère, avant de détendre ses doigts et de se saisir d’un geste vif du premier cadre. Au fur et à mesure qu’il examina l’enfant blond, l’allée de sphinx alligné les uns contre les autres, le temple ocre aux larges colonnes en contrebas, ses statues de femme à tête de fauve, sa physionomie changea. 

Le trait de son visage, devenu aussi dure que de la pierre, se contractèrent de fureur. La haine emplit son regard. Une lueur rouge, telle une coulée de sang, envahit ses iris et les colorèrent d’un rouge écarlate. 

Voir son temple à elle ici ! Comment était-ce possible !

Le vieil homme détendit son bras et jeta violemment le cadre par terre. Il le frappa de son pied. Une fois, deux fois, puis trois fois. Les montant en bois se disloquèrent. Le verre se brisa en mille morceaux. La photo se froissa et s’écorcha en plusieurs endroit. Mais cela ne l’arrêta pas. Il s’acharna encore sur l’objet, comme pour l’anéantir, le faire disparaitre...

Une longue minute passa avant qu’il ne retrouve un semblant de calme. Il repoussa les morceaux de verre de son pied pour en dégager la photo. Puis il se baissa, la saisit fermement de sa main gauche, se releva et la ramena devant ses yeux rouge rageur. Du sang s’écoulait de ses doigts entaillés. Il n’y preta pas attention. Pris par un nouvel accès de colère, il déchira l’image en deux, en quatre, puis en multitude de petits morceaux avant de les projeter brusquement en l’air.

Cela ne se passerait pas comme cela ! Il y veillerait ! Il la retrouverait, dû-t-il parcourir le monde, et la détruirait !

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