Une étrange jeune femme 2.7

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Un long grognement, féroce, hargneux, retentissant dans le lointain interrompit ses pensées. La bête ! Celle qui avait assassiné Nahel ! Celle qui avait saccagé leur garde-manger à plusieurs reprises, qui hurlait la nuit pour les laisser transis de peur. Oui, il en était sûr, c’était elle !

Le vieil homme ouvrit grand les yeux, le visage décomposé, s’imaginant la bête débouler dans le campement pour s’attaquer à tout ce qui bouge. Son cœur qui avait repris un rythme presque normal, s’accéléra à nouveau. Il se leva d’un bond, se précipita à l’extérieur. Il devait savoir, être sûr que ses craintes ne soit pas justifié.

Après avoir un regard sur la tonnelle où les voix joyeuses des ouvriers s’était tu – ils devaient faire la sieste -, il reporta instinctivement son attention sur le haut du temple. Un loup doré - un animal s’apparentant au chacal en un peu plus gros -, d’une taille impressionnante, se tenait sur le sommet du dôme rocheux, juste au-dessus de l'entrée principale.

Pierre, fit un pas en arrière, les yeux fixés sur le long museau rougi et la large poitrine ensanglantée, qui désignait l’animal comme le meurtrier de Nahel. Son pied cogna une pierre et il faillit tomber en arrière. Il se retint de justesse en battant des bras, la tête toujours tourné sur le prédateur.

Sa physionomie devint agressive. Son dos – aux long poil gris roux hérissé - se tendit, sa tête se baissa vers lui, oreilles couchées sur son crâne. Son front se rida, ses yeux se plissèrent. Son museau se fronça, retroussant ses babines rose sur ses crocs blanc acéré.

Le vieil homme se recula encore, effrayé par ses yeux rougeâtres qui le fixait avec animosité. Il heurta la toile de la tente, la souleva de ses mains tremblantes et se précipita à l’intérieur à la recherche de son fusil. Si cette bête venait à l’attaquer, il n’aurait nul autre moyen de se défendre.

Inquiet qu’elle ne dévale la roche et ne se précipite vers lui pour lui sauter à la gorge – ce qui lui laisserait peu de chance de survie - il fouilla des yeux les abords de l’armoire. Où était ce maudit fusil ? Habituellement il le laissait debout contre le meuble en tissu. Mais là il n’y était pas ! Il l’avait changé de place !

Son cœur battit la chamade dans ses oreilles, l’empêchant de réfléchir correctement. Où l’avait-il mis ? Sur une des tables ? Avec les sacs et sa caisse à outils ? Sur le lit ? Ah oui, c’était ça, en dessous du lit ? Il l’avait pris hier soir près de lui, après avoir entendu ses hurlements nocturnes, et en arrangeant les couvertures ce matin, son pied l’avait fait glisser sous le sommier.

Il s’y précipita, se pencha, et tâtonna le sol d‘une main tremblante, tout en jetant des coups d’œil inquiet sur la porte en toile. Enfin, il sentit le contact rassurant du manche en bois sous ses doigts. Il le saisit et ramena vers lui. Soulagé d‘avoir de quoi se protéger, il se redressa, vérifia le chargeur et l'enclencha.

L’arme tenu droit devant lui, tel un chasseur aguerri - ce qu’il était loin d’être, car il n’avait jamais tué un animal de sa vie - il ressortit sur le chemin, à l’affut de tous ce qui bouge, le doigt sur la gâchette, prêt à appuyer, si la bête surgissait au détour d’une tente et bondissait sur lui. Mais le calme était revenu et le dôme, à nouveau vide. Il baissa son arme. L'animal avait disparu.

Nerveux, il retourna dans sa tente et se mit à tourner en rond, son arme serrée contre lui comme un doudou. Il ne comprenait pas. D’habitude, Les loups dorés étaient craintifs de nature. Ils ne cherchaient pas à attaquer l’homme, mais plutôt à les fuir, alors pourquoi ? Qu’avait donc cette bête de si particulier ?

Trop de catastrophe était déjà survenu et de nouvelle pourrait se produire avec la présence de cette bête qui ne craignait pas les hommes et les attaquait sans pitié. Il devait agir dès à présent avant qu’un nouveau mort apparaisse. Tenir sa promesse, puis après partir.

Il alla dans sa caisse à outil, en tira une puissante lampe torche – l'intérieur du temple était toujours très sombre - et un marteau solide. Avec ça la figurine n’y réchapperait pas et se briserai en mille morceaux. Alors il aurait accompli sa mission et pourrait rentrer.

Son fils qui s’inquiétait pour sa santé, serait content de son retour. Il pourrait recommencer une nouvelle vie, loin de cette chaleur de misère qu’il ne supportait plus et de ce sable sans fin. Cela serait aussi l’occasion de reprendre contact avec sa fille, Chloé. Des années et des années avait passé sans qu’il ne puisse la voir ou lui parler. Il était grand temps de renouer des liens avec elle.

Oui, c’était ça, dès que cet objet serait détruit, il retournerait au village et téléphonerai à son fils pour la faire revenir chez eux. Cela serait plus facile si c’était Alexis qui l’appeler, puisqu'il avait encore des contacts avec elle. Et après il rentrerait et pourrait couler des jours heureux.

Décidé à accomplir son plan, il sortit de la tente, déposa ses affaires à son pied – Il ne pourrait pas utiliser son arme correctement avec sa deuxième main encombrée par la lampe et la massue – et écouta à nouveau le silence autour de lui troublé par quelques ronflements. La bête semblait vraiment absence. Mais jusqu’à quand ? Il devait prévenir ses hommes immédiatement et les faire partir.

Après avoir jeté un coup d’œil au coin repas de l’intérieur de la tonnelle, et vu ses compagnons affalés l’un contre l’autre sur les petits coussins, à moitié endormi, il se mit en quête de Ziad. C'était lui le plus sensé de l’équipe et il saurait gérer cette situation d’urgence.

Il n’eut pas à le chercher bien loin, et eut juste à tourner le regard. Celui-ci couvrait les plats inutilisés et les ranger dans le garde-manger.

Pierre toussota légèrement pour lui faire remarquer sa présence, lui faisant signe de le rejoindre sur le terrain plat situé entre le camp et le temple, de manière à avoir une vue dégagée si le loup venait à ressurgir.

— Mr pierre, lui dit-il en le suivant sur l’allée sablonneuse. Vous étiez où ? Cela fait trois quart d’heure que vous étiez parti. Tout le monde a déjà pris son repas.

— Aucune importance, dit-il plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu.

Manger pour le moment était le cadet de ses soucis.

Ziad observa le vieil homme, sur ses gardes, qui jetait des coups d’œil régulier à droite et à gauche. Son visage fermé, son corps aussi tendu qu’un arc, sa main crispée sur son fusil, ne lui laissa présager rien de bon.

— Et pour Nahel ? S'inquiéta-t-il.

Pierre reporta son attention sur lui. Devait-il dire la vérité ou mentir à son seul ami véritable ? Mais la faiblesse le prit et il s’entendit répondre.

— Introuvable.

Ziad, hocha la tête, consterné, avant de reprendre en désignant son arme.

— C’est cette bête, n’est-ce pas ?

— oui, mais je n’ai pas le temps de t’expliquer. Va réveiller les autres et partez tous !

Si Ziad fut surpris, il ne le montra pas. Juste un haussement de sourcils fut perceptible.

— Je m’en occupe, dit-il simplement, imperturbable. Et vous ?

— Je vous rejoindrais après. J’ai quelque chose à faire d’important à faire avant.

Pierre regarda l’homme hocher la tête, prêt à partir en courant, avant de le retenir par le bras et de lui confier son fusil.

— Là où je vais, je ne pourrais pas m’en servir.

Oui, il ne pourrait tenir que deux chose, indispensable, à la main. Sa lampe torche et sa massue.

— Surtout ne trainez pas, ordonna-t-il. Rassembler le minimum d’affaire et repartait vite pour le village.

Il en allait de leur vie. Car cette fois ci, il en était sûr, quand la bête reviendrait, elle n’épargnerait personne.

— Entendue, dit Ziad en s’éloignant vers la tonnelle.

L’archéologue récupéra sa lampe torche, sa massue laissé au pied de sa tente, et prit le chemin du temple d’un pas rapide, écoutant machinalement Ziad crier à ses compagnons de se lever immédiatement pour préparer leurs bagages. Et tandis qu’il remontait les marches de l’escaliers, un brouhaha affolé s’éleva derrière lui. Il s’imagina sans peine les hommes se précipiter dans leur tente pour ramasser leurs effets personnels et les fourrer à la va vite dans un sac.

Approche

Le vieil homme s’immobilisa devant la porte de pierre, la main crispée sur son marteau. Encore cette voix, qui semblait provenir cette fois ci du cœur de l’édifice. Et si les rumeurs lancées par les ouvriers étaient vraies ? Et si le dieu Seth était vraiment présent dans le temple ? Et s’il avait cherché à tuer tous ceux qui avait violé son sanctuaire ?

Cela pourrait être une explication à tous ses derniers évènements étranges. Mais pragmatique comme il était, il refusa d’y croire et passa l’entrée, d’un pas ferme. Les dieux n’existaient pas. Tout comme cette voix. Tout cela sortait de son imagination, dû à la chaleur et ses morts retrouvé les uns après les autres. Ne pas oublier sa mission et ignorer tout le reste :

Rentrer dans le sanctuaire, s’approcher de l’idole, la frapper en mille morceaux, puis repartir.

Décidé, comme jamais, il traversa la première salle avec sa longue allée de statue de Seth, main levée en avant comme pour repousser les visiteurs. Puis la seconde, plus petite, plus sombre, mais aussi large et empli des mêmes colonnes, ignorant les chuchotements qui s’élevait du sanctuaire en face de lui.

 Quelques secondes plus tard, il déboucha sur la grande salle obscure. Ténébreux. Voilà le mot qui pourrait définir cette pièce de forme conique, qui ressemblait plus à une grotte qu’autre chose. Très large sur l’avant, elle s’étendait sur une quinzaine de mètre, et se terminait par une grande cavité décorée qu’il avait appelé la chapelle, avec en son milieu la grande table de pierre rouge sombre.

 Une odeur de fauve emplit ses narines. Il frissonna, autant de dégout que de froid. Il faisait toujours beaucoup plus froid ici que dans les autres salles. Par moment un courant d’air s’échappait de la roche de la chapelle, froid à en geler le visage et les mains, à en glacer les os. C’était désagréable, vraiment désagréable. Tout comme cette impression de présence - comme s’il y avait quelqu’un qui l’observait, caché quelque part - et cette impression de malaise.

Pressé dans finir au plus vite, il alluma les six torches accrochées le long de la façade rocheuse, histoire de ne pas louper sa besogne faute de lumière. Les flammes vacillantes éclairèrent les murs irréguliers couverte de chaque côté de peinture coloré. Des images d’hommes et de femmes au temps de l'Égypte ancienne. Des images du dieu égyptien Seth.

On pouvait y retrouver toute l’histoire de ce temple, de ces débuts jusqu’à sa fin, de ce dieu idolâtré et vénéré, couvert de présent, puis condamné à l’exil.

Ce même dieu qui reposait à présent dans la chapelle sous la forme d’une statuette animale et qu’il devait détruire.

Des ricanements, aussi léger que le vent, retentirent à nouveau autour de lui. Pierre Berthas ne put s’empêcher de sursauter, lâchant sa lampe qui tomba sur le sol et roula sur plusieurs mètres.

Il s’appuya sur la table de pierre, la ramassa en jurant, avait de relever la tête précipitamment vers la statuette, ayant eu l’étrange impression de voir luire ses yeux d’un rouge écarlate.

Non ce n’était pas possible. Ses yeux fait de rubis, ne pouvait s’illuminer d’un coup, comme une ampoule qu’on allume et qu’on éteint.

Il se releva, mis de côté l’anxiété qui menaçait de l’envahir et se répéta mentalement sa phrase magique : 

S’approcher de l’idole, la frapper en mille morceaux, puis repartir... 

Il se s’avança vers la chapelle, se tint juste devant.

La frapper en mille morceaux, puis repartir.

Il raffermit sa prise sur la massue, leva la main et le bras bien haut, juste au-dessus de l’idole, qui s’était remis à luire d’une façon encore plus intense, prêt à frapper.

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