Une étrange femme. 2.4

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Et il s’était mis à raconter l’histoire telle que son père lui avait conté, le père de son père, le père du père de son père... et ainsi de suite jusqu’à d’ancienne génération.

<Il est dit que dans des temps reculés, bien avant l'âge pharaonique, le dieu Seth aurait conquis le pays tout entier et aurait choisi le grand désert d'Arabie pour en faire sa demeure.

Il asservit tout les hommes, les obligeant à travailler jour et nuit sur la construction de son palais. Il les traitait comme des bêtes de sommes, de vulgaires insectes sur lesquels il avait droit de vie et de mort. Leur peine à trainer les blocs de pierre, leur souffrance endurée pour creuser la roche, le faisait sourire. Il se riait de tout, même de leur mort.

Toutes ses tâches ingrates mêlé à la famine, épuisèrent ces humains et les affaiblirent. Ils tombèrent à terre comme des mouches et ne se relevèrent pas. Et ce qui manquait l’appel, furent réquisitionné d’office sous les coups de fouet et les injures.

Aucun village ne fut épargné. Les hommes les plus vaillant, disparurent les uns après les autres, laissant les femmes, les enfants et les vieillards pour cultiver la terre, nourrir le bétail, faire le pain, le vin et autre met rare pour contenter le dieu insatiable et ses collaborateur aussi avide que lui.

La nourriture se fit rare. Le lait des femmes se tarirent et les bébés décédèrent. Les enfants, pas mieux loti, regardèrent, de leurs grands yeux désespérés, creusés par la faim et la soif, passer les files de chariots empli de cette nourriture qu’ils leur manquaient si cruellement.

Pendant des mois et des mois on leur préleva la majeure totalité de leur céréale, légumes, volaille, chèvre, cochon et bœuf. La misère s’installa partout. La population baissa. Alors les hommes restants, la peau sur les os, complotèrent pour faire cesser cet esclavage.

Les plus rebelles furent sacrifier sur l’autel du sanctuaire, pour le plus grand plaisir du dieu qui se délecta de voir le sang couler. Puis quand les dernières salles furent peintes, et le temple achevé, les hommes décidèrent d’en faire sa dernière demeure.

De chuchotement en chuchotement, ils trouvèrent un vieux chamane dans un village reculé qui inventa un sortilège puissant, capable de réduire le dieu Seth à la taille d’une souris. Une prison de roche, marqué de symbole capable de le retenir, fut creusé en cachette. 

Ils exécutèrent leur plan lors d’un nouveau sacrifice et profitèrent du moment où le dieu, debout contre la table de pierre, leva ses deux bras armés d’une dague, les yeux étincelant de joie. Et c’est à ce moment-là, juste quand le dieu allait frapper l’homme innocent que le sorcier lança le sort.

Le piège se referma sur le dieu, incrédule, qui se vit rapetissir et devenir minuscule. S’engagea alors le jeu du chat et de la souris dans lequel le dieu devint perdant et finit condamner dans sa prison.

Quand les portes furent scellées et que le message d’avertissement fut inscrit dans la pierre, les hommes se relayèrent jour et nuit pour enfouir le temple sous des tonnes de sable. Nul ne devait le découvrir.

Libéré de l’emprise du démon, ils établirent un campement, qui se transforma en village, devenant les gardiens de ce lieu d’exil où résider le dieu. >

— Baliverne, s’exaspéra Pierre Berthas. Les dieux n’existent pas. Ce n’est qu’un temple ! Un simple temple !

Le visage d’Abdel se ferma et il se détourna vers l’escalier.

— vous verrais bien par vous-même ! S'écria l’homme en descendant les marches. Moi en tout cas je ne serais pas témoin de votre descente aux enfers.

L’archéologue lui lança un regard air furieux avant de lui répondre :

— Je ne vous retiens pas ! 

Puis il se tourna vers les autres ouvriers qui avait écouté la scène avec un mélange de fascination et de frayeur.

— Que ceux qui veulent partir parte ! Pour les autres je leur offrirai une prime !

Quatre autres ouvriers levèrent tête et s’éloignèrent à leur tour. Et les coups de bourrin reprirent jusqu’à que la pierre cède et que la porte s’entrebâille.

Ils s’étaient mis à dix, dix hommes fort et vigoureux pour la pousser. Et durant les quelques secondes que dura son ouverture, se mêla au grincement de la pierre qui frotte le sol rocheux un grognement rageur.

Pierre Berthas revint à lui. A y réfléchir, il aurait dû écouter Abdel. Cela aurait peut-être éviter tous ses soucis, et tous ses drames. C’est qu’il y en avait eu tant. Autant de mort que sur les doigts de sa main et une promesse toujours non tenue.

La première semaine, fut marqué par la découverte des deux premières grandes salles, avec ses larges piliers ocres sculptés qui soutenait le plafond rocheux peint en rouge, ses hauts murs décorés de scène coloré représentant le dieu Seth et ses serviteurs, et son allé de statue géante à son effigie. Mais se fut aussi le début de quelque évènement étrange :

De nombreuses torches enflammés accrochées au mur qui s’éteignaient subitement et régulièrement, comme si un lutin malicieux s’amusait à y soufflait dessus ; Des courants d’air glacé qui sortait de nulle part pour chatouiller les pieds ; Des chuchotements légers qui retentissaient d’un coup avant de s’éteindre ; Et d’autre chose encore qui fit croire à certain ouvrier que les lieux étaient hantés et qui ne les firent rentrer à l’intérieur qu’avec crainte.

La deuxième semaine, fut la plus extraordinaire. De courtes galeries furent dégagé d’un côté et de l’autre de la deuxième salle et leur fit découvrir de grande chambre emplie de trésor, elle-même donnant sur de nouveau boyau et de nouvelle chambre tout aussi riche. Un trésor digne de la caverne d’ail baba, avec que des objets de valeur. Mais ce qui le stupéfia et l’intrigua ce fut cette pièce toute exigu, d’à peine deux mètre de long et de large, caché dans un recoin.

Une chambre sommaire, taillé grossièrement dans la roche et qui semblait inachevé, sans décoration ou peinture, contenant juste un sarcophage poussiéreux négligemment posé sur le sol inégal, comme pour se débarrasser de lui. Un petit sarcophage qui s’était révélé être un des plus beau qu’il n’est jamais vu, tout en or, peint avec soin et délicatesse, avec à l’intérieur un chat momifié. Il n’en revenait pas encore.  

Ce fut aussi le moment des désagréments brutaux et imprévisibles :

Des hurlements stridents qui retentissaient dans la nuit et faisaient trembler tout le monde de peur ; De bref grognements féroces qui résonnait dans le temple ou dans le campement. Le garde mangé qui fut découvert pillé à plusieurs reprises, sans dessus dessous, avec des sacs éventrés, des flacons brisés et des paquets déchiquetés ; Des manches en bois d’outils qui fut retrouvé rongé ; Des caisses qui furent démantibuler par des crocs et des griffes ; Et d’autre signe de la présence d’une bête qui errait sur le campement qui rendirent les hommes nerveux et craintif, sursautant au moindre bruit suspect, et se déplaçant plus qu’avec une arme, couteau ou fusil, sur eux.

La troisième semaine fut la plus terrible, malgré sa joie d‘expédier les premières caisses dans sa demeure en France, lorsqu’ils découvrirent le sanctuaire du dieu en personne. Cette salle, aux peintures détaillées retraçant toute la vie du dieu, était rempli d’une montagne de trésor qui atteignait presque le plafond par endroit. Une richesse inégalée qui contrastait avec l’aspect lugubre de la grande table de pierre de sacrifice - encore rougi du sang des anciens hommes offert au dieu -, et de cette étrange cavité rocheuse, peinte en rouge, recouverte de symbole, avec sa statuette noire aux yeux rubis niché à l’intérieur. Et c’est à l’instant qu’ils commencèrent à vider les lieux et à en emporter toutes ses merveilles que débuta les premières catastrophes. Une malédiction émise par le dieu en colère, d’après les hommes qui ne rentraient plus qu’à reculons dans le sanctuaire, le corps tremblant, le visage et les yeux terrifié, dont la foudre allait s’abattre sur eux.

Le premier jour, dès la première sortie des ouvriers chargé de trésor à la main, une des têtes des quatre colosses de pierre se coupa, comme tranché par une lame invisible. Elle ricocha plusieurs fois, sous le regard horrifié des deux hommes qui se tenait à coté, avant de chuter lourdement sur la tête du premier homme, l’écrabouillant comme une crêpe, et de se briser en deux sur le sol. Le choc partagea la pierre en plusieurs gros morceaux qui ricochèrent sur le deuxième le frappant à la poitrine et lui enfonçant la cage thoracique. Il n’eut aucune chance de surgie et s’étouffa avec son propre sang.

Le deuxième jour, des serpents très venimeux, des cobras royaux, se glissèrent sous une des tonnelle, rampant à l’abri des regards jusqu’au coussin où deux hommes se reposaient. Ils frappèrent à la vitesse de l’éclair et s’enfuirent aux premiers hurlements. Les deux compagnons, piqués dans l’artère fémorale, décédèrent quelques minutes plus tard. Ils ne purent rien faire et emportèrent les corps jusqu’au village pour les enterrer dignement.

Le troisième jour, ce furent les scorpions qui envahirent les abords du temple, se camouflant grâce à leur cuirasse grise et jaune parmi les pierres et le sable, attaquant tout ce qui bouge. Deux hommes qui descendaient l’escalier chargé comme des bœufs réussirent à les éviter. Mais le troisième, moins agile, ne se déplaça pas assez vite. Il se fit piquer à la cheville, glissa, se tapa la tête contre une des marches de pierre et se fractura le crâne. Mort sur le coup.

Le quatrième jour des dizaines et des dizaines de rats élirent domicile dans le temple. On ne les voyait pas, mais on les entendait, on sentait leur présence : des mouvements furtifs ; des yeux qui se reflétait dans les lampes ; des petits couinements ; des griffes qui racle la roche. Un homme qui s’était attardé tout seul dans le sanctuaire en fit les frais. Une nué de rat lui sauta dessus, grimpant sur ses vêtements, s’accrochant à ses cheveux. Il en eut tellement sur lui, qu’il ne put hurler sa peur et sa souffrance, face à ses petites créatures qui enfonçait leur longue dent dans sa peau, pour le mordre avec avidité. Il fut retrouvé une demi-heure plus tard, après le repas, à moitié dévoré.

Le matin du cinquième jour, le sanctuaire se vidait toujours, malgré la terreur qui se lisait dans chaque regard. Les murs et le sol de la galerie tremblèrent sur le passage de deux ouvriers chargés chacun d’une caisse emplie d’objets précieux. Des petits cailloux leur tombèrent dessus, puis des pierres plus grosses, qu’ils évitèrent de justesse. Une seconde plus tard, le plafond au-dessus de leur tête céda et qu’une montagne de gravas tomba sur eux. Ils finirent écrasés sous des tonnes de pierres.

L'après-midi du cinquième jour, un nuage jaune annonçant une tempête de sable apparut dans le ciel, tourbillonnant juste au-dessus du temple et de son campement. Chacun partit en courant se réfugier dans les tentes pour attendre la fin de l’intempérie. Mais quand le calme revint au bout de quelques minutes, deux hommes furent retrouvés mort au milieu du chemin, à moitié enseveli, les yeux fermés et la bouche ouverte rempli de sable.

Pierre Berthas, lui, avait eu beaucoup plus de chance que ces malheureux ouvriers. Il avait bien eu quelques soucis avec les rats qui lui avait mordu la jambe, s’était retrouvé en face d’un serpent agressif enroulé sur lui-même dans sa tente, et avait reçu quelque pierre sur la tête. Mais dans l’ensemble il n’avait eu plus de peur que de mal.

Le vieil homme était toujours perdu dans ses pensée, lorsqu’un cri le fit revenir à lui. 

— Mrrr Pierreeee !

Un homme âgé d’une vingtaine d’année, Sohan, descendit les marches du temple en courant, tout affolé.

— Mr Pierre ! s’écria-t-il en le rejoignant. Mr Pierre !

L’homme s’arrêta juste devant lui, essoufflé et complètement paniqué.

— Du calme ! Lui intima le vieil homme. Que t’arrive-t-il ?

Sohan prit le temps de prendre sa respiration avant de répondre d’une voix tremblante.

— C’est mon frère ! Nahel !

L’anxiété gagna à son tour le vieil homme. Pourvu qu’un nouvel incident ne se soit pas produit. Cette idée accéléra son cœur et lui provoqua une légère douleur et des fourmillements dans le bras.

— Qu’est-ce qu’il a ? S'inquiéta-t-il en ouvrant et en refermant la main pour atténuer cette sensation d’engourdissement.

— Il a disparu ! Cria Sohan, les yeux agrandis par la peur de ne plus trouver son petit frère qui venait à peine de fêter sa majorité.

— Disparu ? Répéta-t-il Pierre bêtement.

Un homme ne pouvait pas disparaitre comme cela. Il devait bien être quelque part.

— Tu l’as bien cherché partout ? Demanda-t-il.

Sohan se contenta d’hocher la tête, tout en regardant autour de lui, avec l’espoir de voir apparaitre son frère au détour d’une tente.

— Dans le campement et dans le temple ? Continua Pierre

— Oui, dit Sohan en reportant son regard sur lui. Il n’est nulle part. J’ai regardé partout et personne ne la vue.

Le visage de l'archéologue se fit grave. Tout cela ne laissait presager rien de bon.

— Où a-t-il été vu pour la dernière fois ? Demanda-t-il.

— Il décharger un sac de gravas dans l’endroit habituel, aux abords du temple. Et après plus aucune nouvelle.

Sohan attrapa alors le bras du vieil homme et le serra tout en disant d’une voix bouleversée.

— Il faut le retrouver !

Pierre tenta de se montrer rassurant, malgré son inquiétude. 

— Ne te tracasse pas, dit-il en posant sa main sur son épaule. Je vais le retrouver. 

Une lueur d’espoir éclaira à nouveau les yeux du jeune homme.

— Vraiment ? Le supplia-t-il.

— oui, promis. Tu peux aller travailler l’esprit tranquille.

— Merci, Mr Pierre, répondit-il avec soulagement tout en le lâchant.

Sur ses paroles, il le salua de la tête et repartie en courant vers le temple. 

Resté seul et tracassé par ce qu’il venait d’entendre, l’archéologue observa le camp vide. Une disparition, avec tout ce qui s’était passé ses derniers jours, ne présagé rien de bon. Il espéra, cependant, réussir à retrouver Nahel en vie. Après tout, Sohan et son frère s’était peut-être croisé, tout simplement, et ne se serait pas vu. Il n’était pas mort, quelque part. Enfin, il l’espérait...

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