Une étrange femme. 2.3

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La sensation d’une main qui se pose sur son épaule le fit revenir à lui. Il posa son regard sur son compagnon, qui l'avait rejoint sans qu’il s’en rende compte, et qui l’observait anxieusement.

—  Désolé, murmura-t-il en se massant les tempes, sentant un mal de tête l’envahir. 

— Vous vous sentais bien ? se soucia Ziad en l’examinant avec attention.

Tous connaissaient ses soucis de santé actuel qui lui causé des palpitations, des essoufflements ou des douleurs occasionnelles.

— Oui, répondit-t-il en essayant de lui sourire.

Mais sa légère grimace ne trompa pas Ziad.

— Vous devriez rentrer chez vous, insista-t-il. Votre place n’est pas ici.

Pierre ne répondit pas. Il soupira, toujours tracassé. Deux fois qu’il entendait cette voix inconnue alors que Ziad ne semblait pas l’avoir perçu.

— Ziad ? Demanda-t-il pour en avoir le cœur net. Tu n’as rien entendu ?

L’homme qui l‘observait toujours avec sollicitude, répondit.

— Non, pourquoi ?

— pour rien... dit-il en s’éloignant de quelques pas jusqu’à atteindre le bord de l’entrée de la tonnelle.

Le campement avec son allée ensablé longeant les grandes tentes beiges, lui parut bien vide.

— Où sont les autres ? Demanda-t-il les yeux fixé sur le temple

— A l’intérieur, dit Ziad en désignant à travers la toile le monument. Ils dégagent une galerie attenante à une des chambres. Une nouvelle salle apparemment.

Pierre Berthas hocha la tête. Impossible, comme tout à l’heure, que ce soit eux qui l’ai appelé.

Ziad alla reposer sa cuillère et referma le couvercle de sa marmite pour venir le rejoindre, le visage embêté.

— Il faut que je vous dise...

— Oui ? Dit-il en se retournant vers lui

— Nous avons discuté les autres et moi. Et...

Il ne se finit pas sa phrase, gêné. Mais l’archéologue comprit facilement ce qu’il voulait lui dire. Lui et les autres ouvriers voulaient le quitter.

— Après l’accident de ce matin, reprit-il d’un air sérieux, nous avons parlé tous ensemble.

— Et vous ne voulais plus continuer, finit Pierre à sa place.

— oui. Ce temple est maudit. Trop d’accident. Trop de mort. Nous ne voulons pas perdre encore l’un des notre.

— Je comprends...

Oui il comprenait bien. N’importe qui aurait peur après tout ce qui c’était passé : deux hommes piqués par des cobras dans leur sommeil, un homme tué sur le coup par la chute de la tête d’une des statues de l’entrée, un autre piqué par des scorpions, un autre attaqué par des dizaines de rats, deux ensevelis dans une tempête de sable et un autre ensevelit dans l’effondrement d’une galerie.

Le visage de Ziad parut soulagé.

— Nous partirons à la fin de la journée, après le travail.

Pierre hocha à nouveau la tête. Ainsi il allait se retrouver tout seul.

— Venez avec nous, enchaina-t-il avec empressement. Vous serais toujours bien accueilli dans le village. Il y aura toujours une place chez moi ou chez n’importe quel villageois.

— Je ne sais pas... dit-il d’un ton hésitant. J’ai besoin d’y réfléchir...

Partir et retrouver sa famille, comme il l’espérait depuis quelque temps, car il était las de cette vie rythmée par les fouilles. Mais sa promesse, qu’adviendrait-elle alors ? On lui avait sauvé la vie et il avait promis.

— Je vous donnerais une réponse ce soir, dit-il le dos tourné en levant la main pour le saluer

Posté sur le milieu du chemin, il se tourna vers le temple. Son regard se posa sur le dôme et ses quatre statues d’homme assises sur un trône, dans un état impeccable malgré les siècles qui s’était écoulé, qui en gardait l’entrée. Ses énormes sculptures, impressionnante par leur taille – plus de vingt mètres de haut – et par leur réalisme, semblait défier quiconque de pénétrer à l’intérieur du temple. Quiconque grimpait la quinzaine de marche au milieu d’eux pour atteindre l’entrée, ne pouvait s’empêcher de se sentir aussi minuscule qu’une fourmi, s’imaginant sans peine les yeux mesquins s’illuminer, les gueules bestiales s’entrouvrir et se tourne vers eux, et leurs mains se lever pour les saisir et les écrabouiller.

Cette réflexion, prononcé la première fois par un des ouvriers, l’avait toujours fait rire, depuis le premier jour où il avait atteint la porte scellée. Une porte qui s’été révélé très difficile à ouvrir, même à plusieurs, à cause des grains de sable qui s’étaient insinués dans les rainures.

Il se souvenait de cette journée comme hier. Le temps était encore plus ensoleillé qu’aujourd’hui et la chaleur beaucoup plus présente, rendant l’humeur de chacun encore plus râleuse.

La porte ne bougeait pas malgré la force de ces six hommes costaux qui la poussait de tout leur poids. Quelque chose empêchait la porte de s‘ouvrir, comme elle avait été scellée par du mortier depuis des siècles. 

Après plusieurs essais infructueux, et des hommes dépités qui s’essoufflaient en vain, l’archéologue - qui ne voulait pas abandonner si près du but – proposa de s’y prendre autrement. Il fit chercher des outils, des burins et des marteaux, dans l’intention de forcer la porte.

Leurs armes à la main, les ouvriers reprirent leur travail et frappèrent inlassablement la fine rainure de l’encadrement, faisant sauter petits morceaux après petit morceaux.

Ses bruits de coup régulier, attirèrent un homme resté dans le campement, occupé à une autre tâche. Et au fur et à mesure qu’il observait la scène, son visage mat se décomposa et il se mit à courir vers eux.

— Mr pierre, s’exclama Abdel à travers les bruits de coup dans la pierre. Vous ne devriez pas !

L’homme entièrement vêtue de noir, tout affolé, se dépêcha de gravir la quinzaine marches pour venir le rejoindre, faisant retourner le reste des ouvriers. Ceux-ci cessèrent leur travail pour le regarder avec curiosité.

— Abdel ? Qu'est de qui se passe ? demanda l’archéologue, surpris par son attitude.

Pourquoi Abdel, un homme habituellement sensé, calme et posé, paraissait autant terrifié par l’ouverture d’une simple porte ? Il le savait superstitieux – il évitait de s’approcher du temple et préférait travailler dans le campement – mais à ce point !

L’homme, très agité, s’arrêta devant lui, le souffle court.

— Il ne... il ne faut pas... l’ouvrir, bredouilla-t-il sans arriver à reprendre sa respiration.

Puis après avoir levé la tête pour contempler d’un air affolé les immenses statues bestiales, il reprit.

— Le message inscrit au-dessus, dit-il en désignant d‘une mains tremblante les signes gravés dans la pierre qui entourait le dessin du dieu Seth. C’est un message d’avertissement !

Ses dernières paroles prirent un ton si impératif que les ouvriers en l’entendant relâchèrent leurs outils et les laissèrent tomber sur les dalles envahit de sable pour se rapprocher d’eux, inquiet à leur tour.

L’archéologue grommela dans sa barbe, contrarié d’être ainsi interrompu et leva la tête pour observer la série de hiéroglyphe qui semblait avoir été gravé à la va vite. Il les lu à son tour avant d’hausser les épaules.

— C’est juste pour faire peur au pilleur.

— Non ! S'écria Abdel en secouant la tête. Vous n’avez pas entendu parler des légendes ?

Des murmures affolés se propagèrent d’ouvrier en ouvrier, et l’un d’eux Khalil prit la parole : 

— Il a raison, beaucoup de rumeurs courent par chez nous sur ce temple. 

— Oui, reprit un autre. Si nous contrarions le dieu, il pourrait se venger.

Et un brouhaha confus se mêla entre les ouvriers. Pierre qui écoutait sans rien dire, sentit l’agacement le gagner. Les dieux n’existaient pas et il n’y avait aucune raison d’avoir peur.

— Stop ! S’écria-t-il pour les faire taire. Moi aussi j’en ai entendu certaine ! Et justement, ce ne soit que des légendes !

Les six travailleurs se tuent. Ils se regardèrent l’un après l’autre, hésitant sur la marche à suivre.

Abdel, dont les yeux paraissaient terrifiés, s’écria encore plus fort :

— Non ! Toute histoire a sa part de vérité ! Ecoutez !

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