Une étrange jeune femme. 2.2

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Pierre Berthas, archéologue depuis sa jeunesse, n’avait jamais subit autant de catastrophe en si peu de temps. Cela faisait trente ans qu’il parcourait l’Égypte, passionné par son art antique, à en explorer ses temples monumentaux, loin de sa famille. Et jamais, au grand jamais, il n’avait connu ça. Ses fouilles se révélaient être un véritable désastre. Les hommes avaient peur et n’allaient travailler qu’à contrecœur – il avait dû doubler leur paye pour les convaincre de rester. Ce qui le laissait bien perplexe pour la suite. Devait-il écouter ses hommes, qui disait que le temple était maudit, et le quitter rapidement ou finir de tenir sa promesse ?

Il poussa un soupir et s’approcha de l’entrée. Tout cela commencé à devenir trop compliquer pour lui. Surtout qu’il avait un certain âge – soixante-cinq passé – et que sa santé n’était pas des meilleures ses derniers temps – il avait des problèmes cardiaques depuis quelques années. Chaque tache lui imposait un effort considérable et il avait tendance à s’essouffler vite. 

Las, il souleva la toile de la porte et se glissa à l’extérieur.

La première chose qu’il remarqua fut le soleil et la chaleur – infernale entre midi et deux. Un soleil de plomb, qui l’obligea à cligner plusieurs fois des yeux pour s’habituer à la forte luminosité. Puis, dès que sa vision redevint normale, il se tourna sur sa gauche, vers l’entrée du grand temple ocre, protégé par ses quatre immenses statues à tête animale assises sur un trône, réplique exacte du dieu Seth. Des voix étouffées, des coups de pioches, des raclements de pelles contre la roche, lui parvinrent. Aucun de ses ouvriers, occupés comme ils semblaient l’être, n’aurait pu l’appeler.

Rassuré sur ce point, il pivota sur le côté droit de sa tente, première d’une longue série de dix, pour englober du regard, le campement - établi après les travaux de déblaiement dans l’énorme cuvette ainsi formé -, les hautes falaises rocheuses et sablonneuse qui le surplombé de trois côtés, et la pente douce qui permettait d’accéder aux hauts plateaux et à ses véhicules. 

La large allée de sable, mêlé de caillou gris et de bout de roche saillante, qui longeait les deux grande tonnelle –indispensable pour l’ombre qu’elle procuré - et les nombreuses tentes, était vide. Personne ici non plus qui l’aurait appelé. A moins que quelqu’un se trouve dans les parties cachées du chemin situé entre et à l’arrière des abris en toile. Ce qui était peu probable.

Le vieil homme attendit une seconde avant d’hausser les épaules. Personne ne l’avait appelé. Il avait dû rêver et finirait comme ces vieux gâteux assis dans un fauteuil d’une maison de retraite, à parler tout seul ou à déambuler dans les couloirs en criant. 

Cette pensée le fit sourire alors qu’il soulevait la porte de toile pour retourner dans sa tente. 

Une odeur de viande grillé parvint à ses narines et lui fit suspendre son geste. Son ventre gargouilla tandis qu’il tournait son regard vers par la seconde tonnelle – la première servant à entreposer chaque objet découvert dans des caisses pour être expédier en France et à stoker tout le matériel indispensable à leur travaux - utilisé habituellement comme lieu de repos et de repas. Une brise légère fouettait la toile épaisse et la faisait claquer doucement, faisant remontait encore plus l’odeur vers lui. 

Il tourna son poignet pour regarder sa montre. Douze heures. Voilà pourquoi il avait faim. Ziad, un des ouvriers avec qui il était le plus intime, devait finir de préparer le repas. Curieux de savoir si ce n’était pas lui qui l’avait hélé, il s’avança sur le chemin, abaissant son chapeau sur sa tête pour ne pas être aveuglé. 

Cette quinzaine de mètres passé en plein soleil furent pire qu’un séjour dans un sauna, avec ce sable bouillant sous ses pieds, ses vêtements brulants qui lui donnait l’impression de surchauffer. Ces derniers temps, ses températures anormalement élevées pour la saison, lui était insupportable. Et ce fut avec soulagement, qu’il atteignit l’intérieur de la tonnelle et son ombre salvatrice, le visage trempé de sueur.

Pierre sortit un mouchoir de sa poche, s’essuya le front et ses tempes, tout en s’approchant de l’homme au teint mat, penché sur une des deux vieilles tables en fer, à moitié décoloré, qui faisait office de plan de travail, avec ses deux réchauds à gaz, ses plats en terre cuite, et ses flacons d’épices. Une cuisine certes rudimentaire, mais possédant avec ses deux étagères en fer empli de produit alimentaire et d’ustensile, le matériel nécessaire pour ne pas mourir de faim.

Car ici la cuisine n’avait rien de gastronomique. Au début les ouvriers se relayait à tour de rôle pour préparer les repas, mais la maladresse de certain, ajouté à des mélanges catastrophiques, avait fini par placer Ziad en cuisine définitivement. Ses plats étant beaucoup plus mangeable que ceux des autres. L’archéologue avait bien proposé son aide, mais tous avaient fermement refusé. Ils disaient que Mr n’avait pas besoin de le faire et qu’ils se débrouillait bien sans lui.

Pierre Berthas était très apprécié des travailleurs, qu’il payait plutôt grassement de manière à améliorer un peu leur quotidien de misère. Il avait toujours un mot gentil pour eux et faisait en sorte de ne pas les surcharger de travail. Il apprécier tous ses compagnons, avec ses qualités et ses défauts. Mais même s’il parlait avec facilité avec tout le monde, Ziad restait celui qu’il aimait le plus retrouver. 

Il avait connu Ziad lors de son arrivé dans le village. A cette époque-là, intrigué par les réponses évasives des habitants sur le temple du Dieu Seth, il avait cherché un logis dans l’intention de poursuivre ses investigations. Ziad qui livrait la boutique où il avait questionné le gérant, lui avait proposé alors de l’héberger. Durant plus d’un mois, Pierre avait vécu chez lui, dans une vieille ferme. Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble à discuter et de fils en aiguille, tous les deux étaient devenu amis. 

L’homme vêtue d’une large tunique grise et d’un turban blanc sur la tête, sentit sa présence, même si le bruit de ses pas était étouffé par le bord du grand tapis qui recouvrait le coin repas. Il se retourna vers lui, un couvercle à la main, et une cuillère de l’autre.

_Mr Pierre ? Fit-il étonné. C'est un peu tôt pour manger encore.

Ils s’arrêtaient tous de travailler à midi trente pile et prenait une pause déjeuner jusqu’à quatorze trente. Ses hommes en profitaient souvent pour faire une sieste, sur la multitude de coussins coloré disposé sur le tapis avant de reprendre leur labeur.

_j’ai cru t’entendre m’appeler, avoua pierre en détournant le regard.

Ce n’était pas tout à fait vrai, mais c’était un moyen comme un autre de savoir si la voix entendue était la sienne, sans passer pour un vieux fou.

_Non, Mr pierre, dit-il en désignant l’énorme marmite posé sur la plaque à gaz. Comme vous pouvez le voir, je suis bien occupé.

Ce n’était donc pas lui qui l’avait nommé, pensa l’archéologue tout en examinant avec soin l’intérieur de la tonnelle pour être sûr qu’il n’y avait personne d’autre qu’eux.

_Je vous trouve étrange aujourd’hui ? Dit Ziad en le voyant faire. Un souci ?

_Non, non, rien, dit-il en se forçant à sourire.

Ziad avait beau être un ami, il n’avait pas envie de passer pour un illuminé qui entend des voix. Aussi préféra-t-il changer de sujet.

— Que nous prépare tu de bon ?

— Flageolais et saucisse grillée, lui dit-il en désignant les plats qui bouillonnait doucement.

Le sourire de Pierre Berthas s’agrandit. Ce n’était pas de la cuisine gastronomique, mais à la longue on s’y habituer. Et puis quand on avait faim, tout était bon.

Le vent se leva, balayant le sable sur eux et sur le feu brulant. Chacun se tourna pour faire dos à la soudaine bourrasque qui ne dura qu’un instant.

— Flageolet au sable et saucisse grillé, plaisanta l’archéologue en époussetant ses vêtements.

Il aimait plaisanter et n’hésitait pas à sortir une blague stupide qui n’amusait que lui. Mais Ziad, toujours sérieux comme à son habitude, n’apprécia pas la taquinerie. Son visage mat se fit sévère alors qu’il se tourna vers lui.

— Il y a un couvercle ! Dit-il, mécontent, en désignant l’énorme marmite grise toute cabossé.

Mais il y en avait partout sur la table et il allait devoir nettoyer, ce qui ne l’amusait pas non plus.

— oui, pardon, dit-il en riant de son air vexé avant de s’arrêter d’un coup.

Pierre...

La voix, semblant provenir du temple, le fit sursauter. Il fixa Ziad d’un air ahuri avant de tourner la tête dans tous les sens à la recherche de l’origine de cet appel pressant.  

_Mr Pierre ? S'inquiéta Ziad à la vue de son changement d’attitude.

Le vieil homme ne l’entendit pas. Le cœur battant plus fort dans sa poitrine, il écouta les sons environnants : le crépitement des flammes du réchaud mêlé au bruit du vent, aux coups de pioche et de pelle frappant la roche dans le temple. D’où venait cette voix ? Et surtout, était-elle réelle ou sortait-elle de son imagination ?

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