Une étrange jeune femme. 2.1

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Samedi douze octobre deux mille dix-neuf : j –21

Le vieil homme – on avait tendance à l’appeler ainsi à cause de ses longs cheveux blanc dégarni sur le front et les tempes, attaché en une courte queue de cheval – tira le grand carton rangé en dessous de la table de camps qui lui servait de bureau pour reprendre ses recherches quotidiennes, dans le but ultime de trouver l’objet à détruire et d’accomplir ainsi sa promesse.

Une promesse vieille de dix-sept ans, faite une nuit dans le jardin de sa demeure, au sud de la France, à une vague silhouette féminine apparue alors qu’il allait trépasser.

Seule sa voix – douce et glaciale en même temps – lui était resté. Jamais, il n’avait pu oublier ses paroles : Cherche et trouve le temple de Seth. Tu le trouveras dans le désert d'Arabie, à une centaine de kilomètres du Nil. Il y aura alors un objet que tu devras trouver et anéantir...

Il avait fouillé le désert pendant des années, sans jamais se décourager, jusqu’à qu’apparaisse par hasard le sommet du dôme du sanctuaire de Seth durant une tempête de sable où lui-même avait failli y laisser la vie.

Seth, dieu égyptien maléfique, symbole du mal, de la confusion et du désordre. Il était représenté comme un homme à tête animale difficilement identifiable. Selon les croyances anciennes, ennemi de la lumière, il apparaissait comme le maître des orages, des sombres nuages, et du tonnerre, mais aussi du désert.

De nombreuses semaines s’étaient écoulé depuis. Pierre Berthas, c’était son nom, avait fouillé salle après salle, avait sorti des tonnes de trésors, les avaient contemplés sous toutes les coutures, les avaient pris en photos, et les avait mis de côté. Cependant, il avait eu beau s’installer tous les jours avec cette montagne de cliché – il n’avait jamais pu se faire aux appareils photos numériques et aux ordinateurs -, il n’était pas arrivé à se décider, de peur de détruire une œuvre unique et inestimable. Et au final, la découverte de ce temple ne lui aura causé que des problèmes, et il ne savait même plus s’il devait s’entêter à tenir sa promesse (sans cette personne il serait mort) ou fuir ce lieux maudit.

Désabusé, l’archéologue se pencha sur chaise, et observa la centaine de photos classé avec soin par genre et par couleur, créant ainsi des dizaines et des dizaines de tas de photos.

Car il était maniaque, pas de la propreté spécialement, bien qu’il tînt une hygiène irréprochable sur lui, n’hésitant pas à se changer plusieurs fois dans la journée et à se couvrir de déodorant, de parfum, pour camoufler l’odeur tenace de la transpiration. Non, ce qui lui tenait le plus à cœur, c’était l’ordre. Il fallait que tout soit rangé, impeccable, et que rien ne traine sur les meubles ou par terre. Une manie – certes contraignante - qu’il tenait de sa mère, ménagère accomplie, et qu’il avait transmis à son propre fils. Et même ici dans une tente, il s’imposait le même rythme. Tout était scrupuleusement plié et classé par catégorie dans des caisses ou des sacs.

Las, il extirpa plusieurs tas d’images - des statues, des statuettes, des poteries, des bijoux, des armes et bien d’autres encore - et les déposa sur la table. Il défit un paquet, les disposa une à une comme un jeu de carte. Il prit ses lunettes – sans elle, il n’y voyait pas de près -, les mit sur son nez et examina avec attention chaque photo de colliers, de bagues, d’amulettes en or, garni de pierre précieuse. Trop commun et trop ordinaire, malgré leurs richesses et leurs beautés. Rien qui puisse être assez particulier pour être anéanti. Puis comme à son habitude, il les rassembla, les rangea, saisit un autre paquet et en ôta l’élastique.

Pierre...

Surpris, l’homme releva la tête d’un coup, lâchant la pile de photos qu’il tenait encore à la main. La trentaine de photos d’œuvres d‘arts égyptiennes, s’éparpillèrent sur le sol et glissèrent entre ses pieds et en dessous de la table pliante en fer qui lui servait de bureau.

— Oui ? interrogea-t-il, les sourcils relevés, dans l’attente d’une réponse.

A qui pouvait appartenir ce ton grave, rocailleux ? Il ne ressemblait aucunement à celle des nombreux ouvriers qui travaillaient ici. Mais sa mémoire pouvait lui faire défaut, entre cette chaleur infernale et la fatigue de son travail, arasant malgré la quinzaine d’hommes qui l’aidait au quotidien.

Intrigué, il se retourna sur sa chaise en plastique, la main appuyée contre le dossier, de manière à englober tout l’intérieur de la grande tente beige : Un lit de camp avec sa couverture verte bordée au carré (il tenait son habitude de son service militaire) ; une petite armoire d’appoint en tissu crème avec étagère et penderie (avec ses piles de vêtements soigneusement rangées, car oui, il était maniaque) ; une petite table en fer avec ses affaires de toilette (bassine, serviette, gant et tout le reste nécessaire) ; une caisse à outils ; un fusil chasse (jamais utilisé, mais indispensable à cause des prédateurs de type hyène et chacal). Et comme il s’y attendait, il ne vit personne d’autre que lui. Il était bien seul.

Il dévia son regard sur l’entrée de la tente, s’attendant à voir un de ses hommes soulever la toile pour s’approcher de lui. Quelqu’un qui aurait besoin de lui pour soulever une charge lourde, déblayer un passage, ou tout simplement lui annoncer une nouvelle catastrophe – quotidienne ses derniers temps.

— Un problème ? insista-t-il d’un ton plus fort.

Le silence fut sa seule réponse.

Le vieil homme crispa sa main sur le dossier de sa chaise, faisant blanchir ses phalanges, sous le coup de l’inquiétude. Plusieurs idées désagréables s’imprégnèrent en lui. Et s'il y avait eu un nouvel incident comme ce matin – un de ses hommes s’était fait piquer par un scorpion et avait dû être transporté d’urgence dans le village pour recevoir les premiers soins. S’il y avait eu à nouveau des blessés, voire pire, un ou plusieurs morts... Oui, mais si un accident s’était vraiment produit, n’aurait-il pas entendu crier ou hurler ? Ne serait-on venu le chercher en courant ?

Ne sachant plus quoi penser, il se redressa, les yeux toujours fixé sur la porte de toile. Personne. Les lieux restaient calmes et la voix ne se faisait plus entendre. Perplexe, il retira son chapeau beige - assortie à sa veste et à son pantalon en coton -, se gratta la tête, comme à chaque fois qu’il était nerveux, avant de le remettre en place. Le mieux pour effacer cette incertitude, était d’aller voir ses ouvriers.

Tous avaient été engagé après la découverte du temple dans le village voisin – seul présent à des kilomètre à la ronde – niché dans une colline rocheuse.

Au début, ils étaient une quarantaine à déblayer le sable qui recouvrait le monument, intact et inviolé depuis des siècles. Puis à mesure que l’immense dôme apparaissait, que la roche sculptée se découvraient, les sourires s’étaient effacés à la découverte du propriétaire des lieux, Seth.

Les hommes les plus superstitieux avait quittés les lieux. De quarante, ils s’étaient retrouvés à trente. Malgré tout le travail avançait bien, et les quatre gigantesques statues d’homme à tête bestiale disposés en paire autour de l’entrée scellée leurs étaient apparu.

Cinq ouvriers, terrorisés par la série de hiéroglyphe qui la surmontait – ici demeure le Dieu Seth, quiconque y pénétrera sera puni de sa vie – s’en allèrent à leur tour par peur de s’attirer les foudres divines. Alors, ils ne furent plus que vingt-cinq à dégager les étroites galeries, à découvrir ses chambres obscures et à retirer ses œuvres d’art poussiéreuses.

Le temple était extraordinaire, tant par la beauté de ses sculptures et de ses peintures que par la richesse de ce qu’elle contenait. Chaque nouvelle découverte avait plongé le vieil homme dans un état de béatitude. Surtout la dernière salle, le sanctuaire du dieu lui-même, condamné par un mur de pierre. Elle fut la plus extraordinaire, avec sa chapelle rouge, son idole animale, et cette montagne de trésor digne des plus grand des voleurs, qui brillait de mille feux à la lueur des lampes torche.

C’est là, à cet instant précis, que les premiers incidents avaient commencé, au début anodin, puis de plus en plus grave, allant jusqu’à provoquer la mort de certains ouvriers. Serpents, scorpions, chute de pierres, tempête de sable et bien d’autre chose encore semblaient s’être ligué pour faire cahoter ses travaux. Et de vingt-cinq, ils étaient passé à quinze. Il avait perdu dix hommes en seulement cinq jours ! Dix hommes blessé ou décédé par accidents !

Depuis les rumeurs les plus folles courait dans le campement. On disait le dieu Seth trop présent dans le temple. On le comparait à un esprit malin, qui prendrait plaisir à faire le mal autour de lui. Les ouvriers, inquiets, s’attendaient à tout instant à voir apparaitre le dieu pour les emporter dans l’outre-tombe.

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