Une étrange jeune femme. 1.1

5 minutes de lecture

Plusieurs heures s’étaient écoulées depuis le départ de la longue barque en bois effilé. Les rives sablonneuses et désertiques avaient disparu, remplacées par une large galerie souterraine sombre et glaciale. L’embarcation y évoluait d’un rythme lent et régulier, tiré en avant par une force invisible.

À son bord, la jeune femme, dont les yeux restaient fermés et les bras croisés sur sa poitrine, semblait revenir à elle. Quelque chose perturbait son sommeil.

Elle gémit doucement. Ses paupières tressaillirent. Une grimace de mécontentement apparut sur ses lèvres.

Un monstre...

Elle bougea nerveusement la tête, d’un côté puis de l’autre, marmonnant des mots incompréhensibles. Ses jambes se plièrent et se détendirent brusquement à plusieurs reprises, comme pour tenter de fuir à reculons.

Une bête toute noire qui se rapproche d’elle en ricanant...

Ses gémissements se transformèrent en plainte. Son visage, son corps, se contractèrent sous le coup d’une intense frayeur. Elle ramena un bras contre sa poitrine, releva l’autre en l’air pour se protéger et repousser cet être invisible.

Une gueule qui fond sur elle... Des crocs larges et acérés...

Sa bouche s’ouvrit et laissa échapper un long cri de terreur. Elle secoua violemment la tête, se débattit de façon désordonnée.

Ce poids qui lui comprime la poitrine... Ses dents qui se rapprochent de sa gorge... Cette douleur fulgurante...

— Non !

Son hurlement désespéré la fit revenir à elle. Elle ouvrit grand les yeux, les poings serrés contre la poitrine et fixa d’un air hébété l’obscurité qui l’entourait.

Durant de longues secondes, elle retint sa respiration, les muscles contractés, s’attendant à voir cet être démoniaque fondre à nouveau sur elle. Mais la bête n’était plus là. Elle ne voyait plus ses yeux rouges luirent dans le noir. Elle n’entendait plus ce rire infernal résonner autour d’elle. Elle ne sentait plus son souffle chaud sur sa peau. Disparu. Elle avait disparu, comme si elle n’avait jamais existé.

Elle releva une main tremblante vers son cou et en toucha délicatement la peau laiteuse. Elle ressentait encore ses crocs qui avaient empoigné sa chair et lui avaient coupé le souffle. Venait-elle de faire un cauchemar ? Elle referma les yeux avant de les rouvrir tout aussi soudainement, tracassée par la fraicheur de l’air environnant.

Elle toucha sa peau glacée, descendit sa main le long de sa poitrine et de son ventre, avant de sursauter de surprise. Elle était toute nue ! Pourquoi ? Jamais elle ne s’était couchée ainsi ! Ce n’était pas dans ses habitudes. Elle portait toujours une nuisette avant d’aller au lit.

L'esprit encore embrumé de sommeil, elle laissa de côté ses questions et étendit son bras à la recherche de sa couette. Elle avait froid et aurait aimé se couvrir. Mais au fur et à mesure que ses doigts tâtonnèrent autour d’elle, une impression désagréable l’imprégna. Son lit ne pouvait être aussi dur et ne tanquait pas.

Elle crut un instant être tombé de son lit dans la nuit sans s’en rendre compte. Ce qui expliquerait ce sol dur qu’elle ressentait sous elle. Cependant, elle rejeta vite cette idée. Entre son lit et le mur, se trouvait un grand tapis blanc, au poil long et épais, et elle n’en ressentait nullement son doux contact sous elle.

Voulant en savoir plus, elle examina le sol de la main, paume grande ouverte pour mieux en ressentir le contact, remarquant plusieurs détails étranges. De fines rainures, parallèles les unes aux autres, qui s’étendaient régulièrement sur la longueur. Des parties lisses. D’autre plus rugueuse. Qu'est ce que tout cela voulait-il dire ?

Ses informations eurent du mal à se frayer un chemin dans son cerveau endormi, et elle due le tâter à nouveau, du bout des doigts, avant qu’une image finisse par surgir dans son esprit. Des planches en bois ! Elle était couchée sur des planches en bois !

L'incompréhension la saisit. Le sol de sa chambre était uniquement fait de carrelage, et pas de plancher ! Et surtout, le chauffage tempérait la pièce et diffusait une douce chaleur. Jamais il ne pourrait y faire aussi froid.

Mais où se trouvait-elle donc ? Et pourquoi faisait-il si noir ?

Les yeux grands ouverts par la frayeur, elle fixa cette obscurité qui l’entourait de toute part. Des ténèbres si profondes qu’elle ne distinguait même pas son propre corps. Ce silence, seulement troublé par un léger clapotis, finit de l’inquiéter. Elle ouvrit la bouche, autant surprise qu’effrayé, sans dire un mot. Puis la panique l'envahit. Elle devait se lever, savoir où elle se trouvait vraiment !

Elle avait presque réussi à se mettre debout – certes péniblement – lorsque qu’un vertige la saisit. La tête lui tourna, ses jambes flageolèrent, et elle s’écroula par terre. Sous le choc, le sol se mit à vaciller, puis à tanguer violemment. La jeune femme se tint immobile, n’osant plus bouger, le temps que ce mouvement, qui lui donnait presque le mal de mer, se calme. C’est qu’elle se sentait si faible, comme si elle venait de se réveiller d’une longue inconscience, sans avoir aucun souvenir d’accident ou de maladie.

Elle fouilla dans sa mémoire à la recherche des derniers évènements vécus, sans que nulle réponse ne remonte dans son esprit. Elle ne se souvenait de rien. Même pas son prénom. La peur de l’inconnu se glissa en elle et s’y étendit telle une traînée de poudre. Elle se redressa précipitamment avant que le sol se déroba à nouveau sous ses pieds et qu’elle retombe sur les fesses.

La douleur dû à sa chute, la fit revenir à elle. Elle se rassit, ferma les yeux et respira lentement pour se calmer. Paniquer ne lui servirait à rien et ne l’aiderait pas, au contraire.

Un bruit qu’elle n’avait pas relevé jusqu’à présent l’interpella. Un clapotement régulier, comme des vagues frappant la coque d’un bateau, résonnait à ses oreilles. De l’eau ! Il y avait de l’eau tout autour d’elle ! Et elle n’eut plus besoin d’examiner cet assemblement de planches en bois pour comprendre où elle se trouvait : dans une barque !

Une image sortie de son esprit l’envahit. La barque de Kheper ! L’embarcation dont se servaient les morts pour rejoindre le paradis d’Osiris. Celle qui voguait sur le fleuve de l’enfer dans les légendes égyptiennes !

Qu'est ce que tout cela voulait-il dire ? Avait-elle quitté le monde des vivants ? Était-elle morte ?

Elle secoua la tête. Non ce n’était pas possible. Se retrouver dans le royaume des morts égyptiens était impossible ! Inimaginable !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 6 versions.

Vous aimez lire Marine Desvoivre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0