Calme et conséquences

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Aden glissa le gratin de légumes dans l'antique fourneau de la cuisine. Puis il soupira et se demanda si, à présent, il pourrait se rendre auprès de Penny, juste pour savoir comment elle allait. Soudain il s'en voulut de son intérêt pour cette fille. "Quoi, tu la connais depuis quelques heures à peine et te voilà en stress pour elle ?" ainsi se morigénait-il intérieurement.  

Il avait beau tempêter contre lui-même, rien n'y faisait, il ne voyait que les yeux sombres et pétillants, les cheveux bruns qui retombaient en vagues souple sur le coton rose fuchsia du tee-shirt recouvrant ses épaules, le sourire qui illuminait son visage. L'adolescent revivait aussi le moment du malaise, sa surprise, son affolement, tellement de questions en fait, et si peu de réponse. Une se détachait des autres : "Qu'avait donc Penny que les autres ne possédaient pas ?"

Car il se l'avouait volontiers, et son ego de jeune mâle en était parfois regonflé de suffisance, il ne manquait pas de succès féminins, même si depuis quelque temps de nouvelles priorités repoussaient son bouillonnement d'hormones, parfois envahissant, au second plan.  

Penny, bien sûr, était différente, il le ressentait dans son cœur, dans son âme. Même si traduire en mots cette différence ne lui semblait pas possible pour le moment, cela ne changeait rien, il s'inquiétait pour elle et cela l'agaçait. 

Alors qu'il s'éloignait du fourneau pour se saisir de quelques œufs, nichés dans un panier d'osier, son grand-père entra dans la pièce.

— Où en es-tu ? demanda-t-il.  

— Je viens d'enfourner le gratin et j'allais casser les œufs pour l'omelette, dans vingt minutes tout devrait être prêt.

— Bien !

Ludovic allait repartir, mais Aden lui lança :

— Comment va Penny ?

Voilà, la question était posée, il la regretta en voyant les sourcils de son aïeul se froncer, et son regard se charger d'une lueur inquisitrice. Puis il parut se détendre :

— Elle dort toujours.

Le ton de Ludovic était laconique, il ajouta ensuite :

— Dépêche-toi de finir ce repas.

Il quitta la pièce. Aden n'eut pas d'autres choix que se remettre au travail...

****

Le vieillard traversa le salon pour rejoindre  la chambre où la jeune fille se reposait. Son regard accrocha la bibliothèque poussiéreuse avec ses étagères qui pliaient sous l'amoncellement de bouquins. Il y eut comme un déclic dans sa mémoire qui, l'âge aidant, s'avérait parfois  défaillante. Il murmura pour lui-même : "Voyons, j'avais ce manuscrit qui traitait des auras, hum... Je dois le posséder encore, à l'intérieur de ces pages... je trouverais sûrement des précisions sur ce Rékaël ?"

Il faillit s'avancer vers le meuble, mais y renonça en se disant qu'il s'en occuperait plus tard, quand Côme serait arrivé. Il l'avait appelé, après avoir terminé le cordial et effectué le rituel de protection ; heureusement que son téléphone fixe restait opérationnel, ce qui était une nécessité dans une zone blanche, tel que le bois où se trouvait sa maison. Ludovic n'aurait pas besoin de se déplacer, le chaman de son ordre lui avait promis de venir par ses propres moyens.  

Sans plus y songer dans l'immédiat, il rejoignit la pièce où dormait Penny...

Ludovic ouvrit le battant avec précaution, il grinça à peine, mais ce fût suffisant pour qu'Odette tourne la tête vers lui. Le vieil homme resta sur le seuil et chuchota :

— Comment va-t-elle ?

— Bien, son sommeil est profond et calme. Tout me laisse à penser que cette attaque, si attaque il y a eu, ne lui laissera aucune séquelle.

— Tu en doutes ? s'étonna Ludovic. 

— Non ! C'est juste que...

Elle s'arrêta. Ludovic entra dans la pièce, referma doucement la porte, et s'installa à ses côtés. Il dit ensuite :

— Tu te demandes pourquoi cette créature s'en est prise à elle ?

Odette acquiesça silencieusement. Ludovic la regardait ; sur son visage tendu et inquiet, il remarqua aussi à quel point elle était terrifiée. Pourtant la vieille femme ne s'alarmait pas si facilement. Le vieillard se voulut rassurant, il affirma :

— Côme saura nous éclairer et nous donner quelques réponses, j'en suis persuadé. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a su se défendre !

— Qu'est-ce qui te permet de dire cela ?

— Dans le cas contraire, ce dragon aurait laissé une trace sur elle, en l'examinant je n'ai rien perçu de tel. Bien sûr, je n'ai pas évalué son aura, cependant s'il avait laissé quoi que ce soit, je l'aurais senti, malgré tout. 

Odette soupira avant de répondre :

— Cela sous-entend qu'elle a hérité de mes capacités ; en toute franchise, j'aurais préféré que cela ne soit pas le cas, ainsi le dragon l'aurait laissé tranquille.

— Ça, tu n'en sais rien, je pense au contraire que c'est une chance pour Penny. 

La vieille femme ne répondit pas, elle se sentait trop fatiguée pour argumenter. Ludovic quitta son siège en concluant :

— Côme sera là  aux alentours de 14 heures. D'après Aden, nous pourrons manger dans une vingtaine de minutes. Je crois que tu peux la laisser à présent, elle ne risque plus rien, dans l'immédiat tout au moins...

Odette sourit et rétorqua :

— Je crois que je vais rester quelques minutes encore, préviens-moi quand le couvert sera dressé.

Ludovic n'insista pas, il hocha simplement la tête et quitta la pièce. Une fois seule, Odette reporta son regard sur Penny, l'esprit encombré de pensées pessimistes, elle s'assombrit...

Chaîne de l'Himalaya

Rékaël avançait péniblement, il se sentait aussi faible que lors de son réveil dans sa grotte, plus même, ce qui le mettait en colère. Traînant les pieds sur le chemin verglacé, il avait le plus grand mal à se diriger. D'autre part, la neige recommençait à tomber. En résumé, il était mal parti. Il pestait contre lui-même  : "Non, mais qu'est-ce qu'il m'a pris de m’en prendre à cette humaine !" 

C'était le drame de toute sa vie d'immortel, agir d'abord, réfléchir ensuite. Un étourdissement le saisit, il tomba à genoux sur la glace, de ses narines s'échappa encore une matière noire et visqueuse qui, en atteignant le sol, fit fondre la glace. Le dragon, cette fois, était incapable d'avancer. Le froid mordant le glaçait, le feu de ses entrailles menaçait de s'éteindre. L'adversaire perdait pied. 

Soudain il entendit des bruits de pas qui s'approchaient, lourds et rapides à la fois, une respiration profonde et régulière caractérisait celui qui s'avançait dans sa direction. Il fut vite devant lui. Rékaël voyait à présent deux pieds larges et couverts de poils. Une voix profonde aux accents remplis de déception, s'adressa à lui :

— Par notre Sainte-Mère la Terre, Rékaël, dans quel pétrin t'es-tu encore fourré ?

Surpris, il leva ses yeux rouges et argentés sur l'individu qui lui parlait, un faciès couvert d'une toison blanc cassé, au regard foncé le fixait, une bouche garnie de dents légèrement jaunies s'ouvrait, une buée argentée en sortait. Le visage simiesque se fendit d'un sourire désabusé, Rékaël n'en distingua pas plus, il perdit conscience...

La créature sans attendre, le souleva sans le moindre effort, le jeta sur une de ses épaules, et l'emporta... Lentement sa silhouette disparut dans le blizzard...

Forêt Amazonienne

Lophalia, après sa brève rencontre spirituelle avec Penny, se détendait. Que la jeune fille qu'elle avait choisie possède des capacités particulières l'étonnait, mais la rassurait aussi. Cependant, il allait falloir qu'elle apprenne à s'en servir. La chance avait voulu que son attaque instinctive à l'encontre de Rékaël fonctionne. Cependant l'Adversaire ne se ferait pas surprendre une seconde fois. 

La licorne se dirigea vers le petit cours d'eau qui traversait son refuge, l'eau y était encore claire et abondante, elle s'y abreuva. Puis soudainement, elle capta une onde spirituelle. Surprise elle se dit : "Tiens ? Il est toujours là ?" 

Cela faisait des dizaines d'années qu'elle n'avait plus senti sa présence. Cependant l'onde disparut aussi brusquement qu'elle lui était apparue. Devait-elle s'inquiéter ? En principe non, mais du temps avait passé depuis que cet être s'était retiré du monde, alors comment savoir ?

De nouveau l'inquiétude la saisissait...

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