Incertitudes

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Chaîne de l'Himalaya - Cabane de Votaël

Les prunelles rouges-argent du dragon se promenaient avec attention sur ce capharnaüm. Il n'en identifia pas la moitié, par contre certain des objets lui semblaient être des artefacts dignes d'intérêt. Un particulièrement lui faisait de l'œil. Il se présentait sous la forme d'un sautoir, orné d'un médaillon de métal gravé, avec au centre une améthyste à l'éclat très pur. 

Il l'avait déjà vu. L'hominidé le portait souvent quand il partait en voyage, cela lui servait entre autres, à passer inaperçu aux regards des hommes. "Il me serait bien utile" pensa Rékaël. 

Il se demanda si Votaël l'utilisait toujours. Il en doutait ; à son avis, son ami n'avait pas quitté le Tibet depuis un long moment et n'était pas près de le faire. "Il ne lui sert à rien !" se dit-il encore. 

L'adversaire attrapa l'artefact, l'examina d'un air rêveur, puis sans hésiter, le glissa dans la poche de sa veste de cuir, et s'éloigna légèrement. La porte de l'habitation s'ouvrit à cet instant-là, l'hominidé entra...

En le voyant près de son établi, Votaël s'exclama aussitôt :

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Détends-toi, je regarde juste...

— M'oui... ? Tu n'essaierais pas de me voler par hasard ? s'exclama-t-il en s'avançant vers lui. 

— Pour qui me prends-tu ? S'exclama le dragon faussement offusqué. 

— Pour le gredin qui m'a dérobé mon ultime flacon d'hydromel, la dernière fois que je l'ai croisé !

En même temps qu'il parlait, Votaël examinait attentivement, le contenu de son étagère, soudain il leva les yeux au ciel, gronda sourdement et s'exclama :

— Rends-le-moi !

— Quoi ? Hein ?

— Ne prends pas tes airs de fausse innocence, rends-moi mon médaillon d'invisibilité.

Les poings du dragon se serrèrent, ses yeux s'enflammèrent, et le feu de son ventre se mit à gronder. Sans se laisser impressionner, l'hominidé reprit :

— Ne tente pas de m'intimider, tu pourrais le regretter ! 

Il lui tendit la main. À regret et avec une mauvaise grâce évidente, le Dragon plongea ses doigts dans sa poche pour en extirper l'artefact. Il le plaça dans la paume de l'hominidé en tentant de négocier :

— Tu pourrais me le prêter ? Je te le ramènerais après ?

— Après quoi ? 

Rékaël se troubla, il balbutia :

— Quand j'aurai fait ce que j'ai à faire...

— C'est-à-dire ? 

— Je... Je ne peux rien dire...

La face simiesque de Votaël se teinta de soupçons, il referma ses doigts sur le médaillon et rétorqua sur un ton impératif :

— Prends tes affaires et sors de chez moi !

— Mais...

— Tu es encore là ? 

Bien que furieux, Rékaël n'insista pas. Il récupéra son bagage, et quitta l'habitation, en ayant soin de claquer la porte pour bien marquer son irritation. L'hominidé secoua la tête en soupirant : "Tsssss... ce tempérament..."  Puis il se rappela avoir oublié de lui dire quelque chose d'important...

Il courut vers la porte, l'ouvrit et lança au dragon, qui ne s'était guère éloigné de la cabane :

— Ne chasse plus sur ma montagne...

Rékaël pivota vers lui et répliqua : 

— D'abord, c'est celle de Terre-Mère, ensuite qui te dit que j'ai chassé ?

— Comment crois-tu que je t'ai repéré ? Tu as laissé de larges traces de ta sauvagerie que j'ai dû nettoyer en plus...

— Comment je fais pour me nourrir ? 

— Cela n'est pas mon problème... Ne braconne plus dans cette montagne.

L'adversaire sentit la menace dans la voix de Votaël, il n'y avait pas grand monde que le Dragon redoutait, mais son ami en faisait partie. Il concéda :

— D'accord !

Ensuite il fit volte face et s'engagea sur la sente qui descendait en direction d'une vallée proche. L'hominidé le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue ; il retourna à l'intérieur, prêt à reprendre ses activités quotidiennes.

Quant au Dragon, eh bien, en fait, il n'alla pas très loin, il se dénicha une petite anfractuosité pour s'y cacher jusqu'à ce qu'il fasse nuit. Il n'avait pas renoncé à s'approprier l'artefact de Votaël...


France - Allègre - Maison de Ludovic Gallier

En entrant dans la pièce à vivre de la chaumière, Penny remarqua immédiatement un homme très âgé, robuste cependant, aux cheveux blancs comme neige, longs et attachés sur la nuque par un lien de cuir ; il était habillé d'un jean noir, d'une chemise grise et d'une veste en toile marron. Son regard sombre et perçant pivota aussitôt sur la jeune fille, la mettant brusquement mal à l'aise. Il lui adressa un sourire carnassier, elle frissonna d'appréhension. 

Cependant Ludovic déclarait :

— Ah, te voilà réveillée, approche que je te présente à Côme, un excellent ami et un éminent membre de l'ordre du Cèdre.

— L'Ordre du Cèdre ? Répéta Penny sur un ton incertain, en évitant le regard scrutateur du nouveau venu.

C'est Odette qui lui répondit :

— Il s'agit de notre groupe druidique...

Elle ajouta assez vite, à l'adresse des deux hommes :

— Je la conduis à la cuisine, elle a très faim, vous parlerez après...

Elle entraîna sa petite-fille à sa suite, celle-ci ne résista pas, elle sentait toujours le regard de Côme dans son dos.

*****

En arrivant dans la cuisine, Penny eut la joie de voir Aden, elle se détendit légèrement, mais dit à sa grand-mère :

— Cet homme, Côme, il est... bizarre !

— Bizarre ? Que veux-tu dire ?

— Il me fait peur !

Elle frémit, Odette rassurante assura :

— Voyons, il est impressionnant, c'est vrai, mais je puis t'assurer que tu peux avoir confiance en lui.

Elle ajouta :

— Je retourne là-bas, je te laisse entre de bonnes mains, ajouta-telle sur un ton entendu, en fixant le jeune homme. 

La vieille femme quitta la pièce sur ces mots ; dès qu'elle eut refermé la porte, Aden invita Penny à s'installer à la table, en demandant avec une certaine inquiétude :

— Tu te sens vraiment mieux ? 

Elle le rassura d'un grand sourire et de la phrase suivante :

— Je pète la forme, rassure-toi !

Elle prit place à la table devant une assiette de porcelaine blanche, des couverts étincelants en inox, une serviette de table de tissu à carreaux rouges et un verre décoré d'un personnage de bande dessinée. "Il devait y avoir de la moutarde là-dedans." pensa-t-elle machinalement.  

Cependant Aden versa dans son assiette de la salade de tomates, avant de remplir d'eau son verre. Penny le remercia et commença à manger avec appétit. Le jeune homme lui adressa un chaleureux sourire, il posa non loin de son couvert quelques tranches de pain, puis sans façon, s'assit à ses côtés.

Penny rougit légèrement et se concentra sur les olivettes en rondelles qui remplissaient son assiette, afin de chasser son trouble. Soudain, elle entendit l'adolescent dire :

— Tu sais, je suis d'accord avec toi !

Elle releva la tête, pour le fixer avec une certaine surprise. Il devança sa question...

— À propos de Côme, je le trouve aussi effrayant.

Il précisa encore :

— Et je n'ai pas du tout confiance en lui.

Penny posa en tremblant sa fourchette dans son assiette, essuya ses lèvres avec la serviette et la reposa. Une peur presque irrationnelle menaçait de l'emporter. Avec douceur, Aden posa ses doigts sur ceux de la jeune fille et lui assura à mi-voix :

— Ne t'inquiète pas, je te protégerais de lui...

Elle riva ses yeux aux siens, si beaux, si francs, et sa frayeur se dissipa...

*****

Dans le salon, Ludovic venait de remplir deux verres d'une liqueur verte qu'il fabriquait lui-même. Il en offrit l'un d'eux à Côme qui s'étonna :

— Tu prends le risque d'en fabriquer encore ?

— Qui veux-tu qui le sache ? Personne ne vient jamais ici, à moins que tu n'aies l'intention de me dénoncer ? 

Le visiteur eut un vague sourire et cette réponse :

— Bien sûr que non...

Il trempa ses lèvres dans le breuvage, en but une gorgée, et le laissa approprier sa cavité buccale afin d'en apprécier toute la saveur. Il l'avala enfin, un cordon de feu l'envahit et s'estompa, sa langue claqua...

— Inimitable, tu es vraiment le meilleur ! dit-il ensuite.

Il posa son verre en concluant : 

— Tu as de la chance que personne n'ait jeté ton alambic !

— Mon fils est bien trop occupé à soigner sa carrière politique pour s'inquiéter de savoir ce que je fais dans ma chaumière. 

— Hum... Si ma fille pouvait m'oublier un peu !

Il secoua la tête avec humeur... puis alla fixer Odette à qui il demanda :

— Si tu me parlais un peu de Penny ? Elle a l'air d'une jeune fille d'exception.

Son regard, à cet instant, brillait de convoitise ; cependant, la vieille femme y fût aveugle, ainsi que Ludovic, et la grand-mère de l'adolescente raconta...

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