Trop de livres !

3 minutes de lecture



Ma bibliothèque compte plus de six mille livres et comme notre univers, elle est en expansion permanente. Lorsque les livres trouvent un terreau propice, ils prolifèrent comme un organisme vivant et vous n'y pouvez rien. Chaque jour, les livres sont de plus en plus serrés sur les rayonnages, ils semblent s'introduire chez vous à votre insu, peuplent le moindre recoin, s'empilent comme des acrobates jusqu'à des hauteurs vertigineuses, colonisent tous les espaces et bientôt vous devez lutter pour ne pas être submergé par ce flux de bouquins, de brochures, d'atlas, d'encyclopédies, de grimoires, d'elzévirs et autre in-octavo.

Pour ranger ces ouvrages, il faut de nombreuses étagères, celles-ci sont réparties dans toutes les pièces de la maison y compris le sous-sol où se trouve la "réserve". C'est beaucoup pour une bibliothèque privée. En France plus de la moitié des bibliothèques municipales compte moins de trois mille documents. Cette énorme quantité de livres a intrigué ma petite-fille (cinq ans) qui m'a demandé un jour : "Papi, pourquoi tu as trop de livres ?". Cette question qui est à la fois une interrogation et une affirmation m'a conduit à réfléchir sur l'origine de mon appétence pour la chose livresque.

J'ai toujours aimé lire. Le premier livre dont je garde des souvenirs précis est un livre scolaire "Lectures actives pour le cours élémentaire" de G. et M. Duru éditions classiques Hachette (1953). Il contenait des extraits d'œuvres de divers écrivains et comptait de nombreuses illustrations relativement austères avec très peu de couleur. Je me souviens de quelques-unes des histoires "Un cochon en pain d'épice", "L'histoire d'un bébé vraiment minuscule". Lorsque je lisais ces récits, je n'étais pas capable d'analyser mes émotions, mais l'agencement des mots, qui par magie se transformaient en images dans mon esprit, me conduisait à une admiration béate pour les maîtres écrivains auteurs de ces textes. Il y a quelques années j'ai retrouvé ce livre dans la bibliothèque de mon oncle après son décès. Bien sûr, je ne suis pas certain qu'il s'agisse exactement de l'exemplaire de mon enfance, mais j'ai reconnu immédiatement l'édition, les illustrations et les textes.

D'où mon oncle tenait-il ce livre et pourquoi l'avait-il conservé ? Je ne voyais qu'une explication, c'était un rescapé du contenu de mon cartable d'écolier.

Ce livre ne me quitte plus désormais et je l'ai rangé dans le tiroir de ma table de nuit. Il n'est pas exclu qu'il soit à l'origine de mon envie d'écrire des petites histoires sur des sujets très variés comme ce fut le cas quelques années plus tard en classe de préparation au certificat d'études.

Mon instituteur avait une pédagogie que je trouvais assez avant-gardiste; il nous autorisait à choisir librement le sujet des rédactions que nous devions écrire. C'était pour moi un vrai plaisir, je pouvais laisser libre cours à mon imagination débordante et j'inventais des histoires de corsaires et de flibustiers, d'envahisseurs extraterrestres ou d'enquêtes policières. Mes rédactions avaient un certains succès, mon instituteur les montra au directeur de l'école qui se trouvait être aussi (mais je ne le sus que beaucoup plus tard) auteur de plusieurs romans. Un jour pendant la récréation le directeur vint me voir, j'avais une certaine appréhension, car il m'inspirait un peu de crainte, il n'était pas très grand, mais sa démarche assurée lui donnait un air martial que renforçaient une coupe en brosse et une voix grave à l'accent rocailleux mais chantant du sud-ouest et puis surtout, c'était le "directeur". Toutefois, mon appréhension fut rapidement dissipées, car loin de me reprocher quoi que ce soit, il me félicita pour mon imagination et me donna une pièce de 5 francs, ce qui acheva de me surprendre puis, en se tournant vers mon instituteur, il dit : "Voici un futur Simenon !".

C'était la première fois que j'entendais parler de Simenon, mais je me doutais qu'il y avait lieu d'être flatté. Le compliment était plus qu'immérité mais c'était encourageant et je trouvais là une raison de plus pour aimer les livres et le monde qui gravitait autour...

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 11 versions.

Recommandations

Vous aimez lire Gérard Legat (Kemp) ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0