~ La Danse de la mort ~

6 minutes de lecture

Nelly ouvrit les yeux, déçue.

Elle était persuadée que ce n'était pas le seul souvenir qu'elle avait ici, mais elle aurait préféré tout voir en une seule fois, sans avoir besoin de chercher dans chaque recoin quelque chose qui pourrait relancer son flashback. Elle ne put réprimer un haussement de sourcils lorsqu'elle vit que pendant sa courte absence mentale, les autres avaient commencé à s'entraîner... en utilisant leurs pouvoirs.

Son rêve avait au moins eu la bonne idée de lui rappeler qui étaient les habitués de cette salle. Elle reconnut donc les trois étrangers qui l'avaient suivie : Dario, Amarash et Maü.

Le premier était, à sa connaissance, un professionnel du clonage, mais uniquement le sien, malheureusement. Il se démultipliait à volonté et faisait de lui le parfait combattant de première ligne. Il pouvait envoyer une centaine de ses répliques parfaites au combat et mettre en port-à-faux ses ennemis, même nombreux, sans subir le moindre dégât... Nelly avait toujours pensé que c'était le plus fort de ses alliés. Il était brun, d'apparence banale mais toujours accompagné d'un affreux sac jaune qu'il portait en bandoulière, sans que personne ne sache réellement pourquoi.

Le second, Amarash, était quelqu'un que Nelly n'appréciait pas vraiment, de par sa ressemblance comportementale accablante avec Alfan. Mystérieux, ténébreux et égoïste, ils formaient la paire parfaite. Il possédait une chevelure, qu'on aurait plutôt tendance à appeler « crinière », longue jusqu'à ses hanches, d'un noir d'ébène. Habillé uniquement de vêtements sombres et discrets, Nelly ne l'avait jamais vu prendre part au moindre conflit ni même au moindre combat... Elle en venait à se demander quel rôle il pouvait bien tenir dans le groupe.

Le dernier par contre, elle se souvenait avoir eu un bon sentiment à son égard dans son souvenir. C'était le frère jumeau d'Amarash, mais à ses yeux, il était beaucoup plus appréciable. Elle avait senti une complicité avec cet homme dans sa chimère et décida qu'une fois l'entraînement – et la recherche de ses souvenirs dans cette maudite salle – seraient terminés, elle irai lui parler.

En attendant ce moment elle déambulait dans la grande salle, observant attentivement tout ce qui l'entourait quand une machine éveilla sa curiosité. Elle n'était guère plus grand qu'elle mais chacun de ses innombrables bras étaient équipés d'outils en tout genre : poignards, pinces, griffes métalliques, etc,... c'était également la seule qui ne s'était pas mis en marche automatiquement lorsqu'Alfan avait allumé le courant dans le bâtiment. Elle s’avança prudemment, son cœur battait la chamade et un doux sentiment de bien-être l'envahit...

« Monsieur le ténébreux » avait sûrement raison... Elle avait adoré cet endroit, mais sans savoir pourquoi, elle se sentait tout particulièrement attirée par le sujet d’entraînement qui se trouvait devant elle.


A l'autre bout de la pièce, Alfan l'observait l'air de rien et se tourna vers Amarash.

  • Elle va le faire. Je le sens.
  • Tu crois qu'elle a gardé ses capacités malgré tout ?
  • J'en suis sûr. Je l'ai vue à l'oeuvre, elle a entamé sa transformation.
  • C'est un problème non ?
  • Effectivement, mais, qui sait... peut-être qu'on pourra encore faire quelque chose contre ça plus tard.
  • Alfan, tu sais ce que ça implique si elle parvient à finaliser sa transformation. La prophétie se mettra en marche et nous ne sommes pas encore prêts à affronter ça.

Alfan marqua un temps d'hésitation puis, orientant à nouveau son attention vers la jeune fille répondit alors d'un air détaché :

  • Anak a peut-être raison, on ne sera sans doute jamais prêts avant alors... peut-être qu'il serait temps de faire face à notre destin à tous ?


Amarash comprit le message : le meurtre était annulé, ils vivraient désormais bientôt tous dans un monde d'incertitudes et de doutes. Il partit alors rejoindre son groupe, caché dans l'ombre.

Nelly quant à elle s'approchait de plus en plus du robot qui commença à bouger légèrement lorsqu'il sentit sa présence. Au premier mouvement elle eût un flash : elle se voyait, sueur à la tempe aller au devant de son premier entraînement. Instinctivement elle se plaça en face de lui et se mit à bouger de manière lente et gracieuse pour éviter les obstacles qu'il mettait sur son passage. Il faisait pour le moment, uniquement bouger sa base.

Composée de grandes barrières à différents niveaux, il les déplaçait pour le moment lentement, tandis que la jeune fille devait rester au même endroit en se baissant ou en sautant au bon moment, si elle ne voulait pas se faire frapper de plein fouet sur son côté latéral.

Ce moment semblait en suspension dans l'air. Nelly et sa machine semblaient ne faire plus qu'une chose et dansaient ensemble dans le vacarme des bruits de métaux rouillés, sur un rythme parfaitement synchronisé. Elle se courbait, se tordait, s'éloignait puis se rapprochait en tournant, se permettant même parfois des courbettes élégantes. Comme au milieu de ses rêves, il n'y avait plus qu'elle et son adversaire métallique dans cette pièce, elle avait fait une totale abstraction de tout le reste.

Des dizaines de flashs lui revenaient en tête à chacun de ses mouvements. Elle dansait, avec eux aussi, et se trouvait en parfaite symbiose avec ces deux éléments. Peu à peu ses sens s'éveillèrent, son ouïe s'affina, sa vue devint extrêmement attentive, ses mouvements s'assouplissaient, elle sentait au plus profond d'elle-même qu'elle avait toujours été faite pour ça et que là se trouvait son simple plaisir. C'est d'ailleurs grâce à ça qu'elle put esquiver le premier coup qu'il lança.

Un grand sourire illumina le visage de Nelly tandis que les coups s’enchaînaient. Le bonheur l’accueillais à bras ouvert alors qu'elle reprenait possession de sa vie et de ses souvenirs, évoqués par le moment. Le rythme accéléra jusqu'à ce qu'il ne soit presque plus possible d'éviter d'être touché.

A ce moment-là, Alfan sentit un long frisson lui remonter le long du dos, il voyait à nouveau devant lui la véritable Nelly, la Princesse à qui il avait tant de fois interdit tellement de choses. Alors que la douce danse s'était transformée en combat infernal, la jeune femme s'arrêta et ferma les yeux. Il esquissa un pas en sa direction au moment où une des nombreuses lames allaient entailler sa chair au niveau des côtes, avant de voir qu'elle gérait parfaitement la situation.

En effet, au lieu du dôme protecteur qu'elle avait créé à son insu lors de son malaise du matin-même, des petits écrans apparaissaient à chaque impact qu'elle aurait pu subir à quelques centimètres d'elle, la protégeant de toute blessure potentielle. Concentré au maximum derrière ses paupières à peine fermées, elle s'appliqua à démultiplier chaque sensation qu'elle possédait à cet instant et à les renforcer jusqu'à ce que les écrans se resserrent et créent un mur qui l'entourait. Tous les regards étaient tournés vers elle.

Ayant pris confiance en sa maîtrise de son pouvoir, qu'elle avait maintenant maintenu plusieurs minutes avant d'être sûre de parfaitement le contrôler, elle commença à lever doucement ses bras, jusque-là restés le long de son corps. Elle ne savait pas si ce mouvement était vraiment utile mais il l'aidait à se canaliser, elle sentait qu'elle avait besoin de comprendre et d'agir dans son combat comme elle aurait faits des pas sur une musique entraînante.

Plus ses bras allaient vers le haut, plus son écran protecteur se rapprochait de sa cible. Une fois les deux mains au dessus d'elle, elle relâcha sa tête en arrière et le mur qui jusqu'ici n'avait fait que la protéger se colla aux membres de la machine qui ralentit de plus en plus jusqu'à s'arrêter, les circuits grillés.

Nelly se rapprocha du cadavre métallique et l'effleura de ses longs doigts. Elle en rapprocha son visage et chuchota, comme en secret :

  • Je t'ai eue cette fois... Il est temps pour moi de passer à autre chose.


Elle resta un long moment devant ce qui avait été une machine de torture pour elle pendant des années, accroupie à ses pieds, comme en deuil.

  • Alfan,... dit Reendar.
  • Je sais. Je sais. Dit à Amarash qu'il l'emmène dès demain matin.
  • Très bien.

Reendar s'éloigna donc en direction du destinataire du message tandis qu'Alfan tourna les talons vers la porte de sortie.

Annotations

Recommandations

Orion

C'est le soleil qui m'invite à danser
Lumière j'aime tes effets, ce jour est doré
Danse, défile sur les toits que rêve les parfums
Le calin tableau vibre, la note d'une joyeuse fin
C'est un brin de silence qui étoile la divine heure
Crépite joliement en feu d'harmonie, l'éloge demeure
Descend, mon sourire souhaite embrasser ton lit
Tel un cœur chanteur au bras de la vie
Déshabille, colore, parsème l'ange qui me cueille
Réchauffe les regards, afin que le bonheur s'effeuille
Rime ciel et fleur, passion douceur
Du bleu aux ailes, de l'or à la cité des grandeurs
Caresse la note éthérée, la bise sèche mes pleurs.
2
2
0
0
Défi
Enigma

Petite fille sage et timide, Alice rêvait d'être transparente. Elle souhaitait se retrouver à l'intérieur ouaté d'une des boules de verre qu'elle collectionnait. Leurs décors féeriques et miniatures étaient autant d'espaces qui la rassuraient. Ses parents s'émerveillaient d’avoir une enfant si discrète, toujours raisonnable, jamais capricieuse, une vraie poupée. Sa docilité se lisait sur son visage aux traits fins et réguliers. Ses deux sœurs avaient beau l’asticoter, elle n'entrait jamais dans leur jeu. Leur différence d’âge fit que ses aînées se désintéressèrent rapidement d’elle, lui offrant une grande tranquillité.
Elève modèle, se détournant des mauvaises fréquentations qui auraient pu l’entraîner à commettre quelques bêtises, on ne la remarquait jamais. A force de bons résultats, elle devint la meilleure de la classe et se retrouva trop exposée à ses yeux. Elle décida alors de ne plus obtenir que des notes moyennes pour rester dans l’anonymat.
Adolescente, son caractère réservé s'affirma. Régulièrement sur ses bulletins scolaires, lui était reproché son manque de participation, considéré comme un handicap pour sa vie future selon ses professeurs. Elle passa ses années collège à raser les murs, esquivant les meutes sauvages de ses congénères. Solitaire, elle développa un monde intime riche, peuplé de musique et de littérature. Elle conversait en secret avec les héroïnes romantiques de ses romans préférés, ses seules amies.
A l'aube de ses seize ans, il lui devint impossible de passer inaperçue au lycée. Sa silhouette se féminisa à outrance. Elancé, possédant les formes épanouies aux endroits stratégiques, son corps attirait les remarques des garçons, ce qui la mettait très mal à l'aise. Pour que cela cesse, il lui fallait se caser au plus vite, histoire d'être à l'abri des convoitises. Ses hormones étant de la partie, son désir d’invisibilité s’estompa au profit de celui de devenir un jour maman. Son aura mystérieuse lui permit d'accaparer le plus séduisant jeune homme de sa promotion provoquant la jalousie de toutes les pimbêches du coin.
Adulte, elle se débrouilla pour trouver un travail administratif ne demandant pas trop de contact avec les gens. Elle aima se rendre dans son bureau qu'elle avait aménagé comme un petit cocon jusqu'au jour où elle donna naissance à son enfant. Dès lors, elle se consacra entièrement à son éducation avec bonheur. De retour dans la vie active, elle n’eut droit qu’à un poste subalterne, bien contente qu’on la reprenne... Elle s'en contenta, elle n’était pas du genre à faire de vagues, et n’espérait aucune promotion.
Sa fille finit par prendre son envol, il fallait bien qu’elle vive sa vie. Alice souffrit en silence et ne dit plus jamais un seul mot. Son monde se fissurait.
Lorsque son mari, lassé de vivre avec une personne mutique, s'installa avec une autre femme, elle resta sur sa réserve légendaire. Petit à petit, elle se retira du monde et s’éteignit comme la flamme d’une chandelle.
Peu après la disparition d'Alice, sa fille découvrit des milliers d'écrits de sa main. Toutes les paroles qu'elle n'avait plus prononcées, étaient couchées sur le papier. La jeune femme, devenue sculptrice, créa un arbre en métal d'acier qu'elle installa sur la tombe de sa mère. Elle y accrocha en guise de feuillage, les textes maternels. Quelques pages furent lues par les visiteurs du lieu, curieux et admiratifs de cette oeuvre d'art et de la personne qui l'avait suscitée. Exposés aux aléas du temps, les mots s'effacèrent, les feuilles s'envolèrent, transportées au gré des vents et du hasard, jusqu'à de rares lecteurs ignorant tout de cette histoire.

36
64
170
19
Lisa.D
« Un homme, un animal, un lien indissociable. Ainsi se construit l’Equilibre du monde. »

Dans un monde où chaque humain est lié mentalement à un animal représentant un élément de la vie, elles sont une anomalie. Trois sœurs liées aux trois éléments de la vie : l'eau, l'air et la terre. Leur venue annonce des changements.


NDA: A date, vous avez la partie 1 qui constitue un ensemble fini. La partie 2 est en rédaction.
32
68
269
108

Vous aimez lire PixL ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0